L’art de la rectitude par le discernement du Cœur 13/14

Vers quelle sorte d’abîme tend une société qui bannit tout discernement, et dans laquelle ses élites n’ont qu’une tête bien pleine, à défaut d’être bien faite ? Françoise Bonardel nous invite, dans ce treizième volet du séminaire de Vézelay à reconsidérer l’importance du Cœur : nous réapproprier sa symbolique et redécouvrir ses vertus. A travers les représentations et rituels égyptiens, les textes grecs (le Phédon de Platon) elle tisse un continuum de nature alchimique entre Extrême-Orient et Occident, entre bouddhisme et christianisme apophatique…

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Un voyage au cours duquel elle convoquera des penseurs aussi éparpillés dans le temps que dans l’espace : Carl Gustav Jung, Chögyam Trungpa, René Alleau, Marc Aurèle et la Table d’Emeraude.

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« Le vieillissement du coeur est une loi organique, immuable et banale. Mais le faire mûrir, en conscience, constitue un acmé d’ordre initiatique et alchimique », nous-dit Françoise Bonardel.

Aux antipodes d’une mièvrerie dont nos sociétés sécularisées sont friandes (résultat du dévoiement d’un certain christianisme, comme le fustige Jean Borella, ndlr), il ne s'agit pas d’avoir simplement « bon cœur », avatar fréquent d’une bonne conscience posturale et mensongère.

Non, il s’agit d’affûter son regard, ses perceptions et émotions, et atteindre cette justesse que promeuvent la plupart des traditions spirituelles.

L’initiation, formelle ou non, donne alors à l’homme les clés de compréhension de sa mission de « gardien », des choses terrestres, et lui ouvre les portes vers un espace se situant au-delà des simples évolutions de nature biologique ou psychique....

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* Pour rappel, films déjà disponibles du séminaire de Vézelay « Initiation, transmission, rites de passage et figures de passeurs de l’Antiquité à nos jours » :

Volet 1 : Initiation, transmission, transformation : introduction au séminaire de Vézelay
Volet 2 : L'initiation, une transformation intérieure sélective, ou élective ?
Volet 3 : Le voyage initiatique, une quête vers son Orient intérieur
volet 4 : Prolégomènes à la vie divine
volet 5 : Qu’est-ce qu’une Initiation traditionnelle ?
volet 6 : Mithra, un lien secret avec le Soleil
volet 7 : Hermès et Thot comme figures de passeurs
volet 8 : Anubis et Saint Christophe, figures de passeurs
volet 9 : La dialectique du Héros et de l’Initié - (Les épreuves 1/2)
volet 10 : Les Hymnes Homériques à Déméter, archétype de l’Initiation  - (Les épreuves 2/2)
volet 11 : Gratitude (et ingratitude) des Grecs à l’endroit des Egyptiens - (Tradition et Transmission 1/2)
volet 12 : Gratitude et ingratitude des chrétiens à l’égard des gnostiques, et des païens - (Tradition et Transmission 2/2)
volet 13 : L’art de la rectitude par le discernement du Cœur - (Transformation 1/2)
volet 14 : La métamorphose de l’homme par le non-agir et l’observation de l’ordre cosmique - (Transformation 2/2)

Remerciements à Lorant et Francette Hécquet (librairie L’Or des Etoiles de Vézelay) pour leur accueil et organisation.

Extrait de la vidéo

Alors donc, il nous reste deux heures pour une troisième et dernière partie qui va réunir ce que nous avons vu jusqu'à présent et essayer d'ouvrir encore davantage la perspective en nous attachant cette fois-ci à la notion de transformation qui est le troisième terme et le terme ultime de ce processus dans lequel nous nous sommes engagés depuis vendredi. On va procéder en deux temps. D'abord, j'aimerais conduire avec vous une réflexion sur la notion de transformation elle-même et les différents sens qu'elle peut revêtir.

Ce n'est pas tout de dire que l'initiation, la transmission conduisent à la transformation. Encore faut-il savoir ce qu'on entend par là, qu'est-ce que ça veut dire, transformation. C'est un terme qui est en soi très vague et qui peut renvoyer à des réalités qui n'ont strictement rien à voir avec le processus initiation-transmission. Il y a des transformations qui vont exactement en sens inverse de ce que nous entrevoyons à travers la logique même de ce processus initiatique et traditionnel.

Dans cette perspective, j'aimerais bien que nous nous arrêtions un petit peu à l'équivoque, à ce que le terme qui va apparaître au cours de la réflexion, le terme de déification, de devenir Dieu, qui est le but d'un certain nombre d'initiations, que nous nous arrêtions sur les équivoques qu'il peut comporter et en particulier sur la difficulté qu'il y a à le penser dans un contexte comme celui où nous vivons où son plus proche équivalent c'est maintenant la notion de transhumanisme sur laquelle j'aimerais bien quand même que nous nous disions quelques mots parce qu'il y a là une proximité avec la déification qui est pour le moins inquiétante selon le sens qu'on lui accorde.

Alors, cette notion de transformation, c'est une notion extrêmement vague qui peut tout aussi bien désigner le passage d'une forme à une autre, transformation, c'est-à-dire on traverse les formes et on passe d'une forme à une autre que le passage d'une forme, de nombreuses traditions nomment le sans-forme, c'est-à-dire l'au-delà des formes puisque chaque forme appartient au monde manifesté, donc à un monde relatif, éphémère, changeant.

Eh bien, ce que visent la plupart des traditions, c'est quelque chose de l'ordre de l'au-delà des formes. Alors, je vous en donne quelques exemples, c'est ce que vise la métaphysique chez Platon par exemple et peut-être encore davantage chez son successeur Plotin. Quand Plotin nous parle de l'un, de l'un qui est au-delà de l'être, au-delà de l'essence, eh bien, ça veut dire que nous entrons là dans un domaine dont il est d'ailleurs difficile de se faire une idée mais dont nous supposons l'existence comme étant le couronnement d'une démarche ascensionnelle qui est décrite aussi bien dans les dialogues de Platon que chez Plotin.

Et pour parler de cet un, suprasensible, Plotin n'a plus que des métaphores, des images. Il dit simplement qu'on entre en contact avec cette réalité, etc. Donc, cet au-delà des formes semble bien l'objectif ultime des grandes métaphysiques. J'en ai cité deux exemples, mais aussi de ce qu'on appelle la théologie apophatique, la théologie négative.

Je ne sais si cela vous parle, mais si vous voulez, c'est une théologie qui s'est toujours développée parallèlement à la théologie dite cataphatique ou positive. Autrement dit, la théologie positive vous parle de Dieu, vous parle de Dieu comme un être tout-puissant, transcendant, omnipotent, bienveillant, etc. Accumule les adjectifs pour tenter de vous dire qui est Dieu, ce qui de la part d'un humain n'est pas sans présomption.

Alors que la théologie apophatique, dite du mot apophasis négation, la théologie apophatique renonce à cette ambition et vous dit qu'on ne peut plus désigner Dieu que par des négations, parce qu'il n'est pas. Donc, c'est une voie négative et c'est une voie qui a été empruntée par beaucoup de mystiques, qui dans la description de l'expérience mystique s'exprime surtout par des négations. Cette voie, vous la trouverez chez Maître Ecart, mais vous la trouverez aussi chez ce personnage un peu énigmatique qui est Denis Lariopagite et qui a écrit, entre autres, une théologie mystique qui vous dit que Dieu n'est plus que ténèbre, n'est-ce pas ?

Il vous parle de Dieu en termes de ténèbres, mais ce n'est pas la ténèbre qui s'oppose à la lumière parce que ce ne serait pas Dieu, c'est la ténèbre qui est en quelque sorte la quintessence de la lumière, c'est une ténèbre d'une nature très particulière. Mais c'est aussi la finalité, c'est en ces termes que les textes expriment aussi ce qu'est l'éveil dans le bouddhisme. L'éveil ne peut plus être désigné que par des négations, c'est-à-dire par la suggestion de la réalisation de la vacuité, shunyata en sanscrit, et la réalisation de la vacuité c'est la réalisation de l'au-delà des formes.

Alors c'est extrêmement difficile à penser, n'est-ce pas ? Le bouddhisme distingue en effet le monde des formes et le monde de l'au-delà des formes, même si, et ça ne simplifie pas la tâche, même si le Mahayana, c'est-à-dire le grand véhicule, c'est pour ça qu'il faut se garder de parler du bouddhisme en tant que tel, parce qu'en fait il y a des bouddhismes, et si le Mahayana, donc le grand véhicule, affirme que cette distinction entre les formes et l'au-delà des formes, entre le plein et le vide, puisque évidemment l'au-delà des formes c'est le vide, la vacuité plutôt, et bien que cette distinction est encore tout à fait relative, tout à fait conventionnelle, et que l'être véritablement éveillé doit être capable de voir le vide dans les formes et les formes dans le vide.

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