Mithra, un lien secret avec le Soleil 6/14
La Mystique serait-elle d’essence « Yin », féminine, car passive* ; et l’Initiation serait-elle « Yang », masculine, car volontaire… ? Telle est la question que pose Françoise Bonardel en préambule de ce sixième film**. Dans le film précédent, elle avait spécifié les caractéristiques de l’Initiation Brahmanique. Une initiation relevant du « premier type », selon la classification établie par Mircea Eliade, car le consentement de l’enfant-impétrant n’était pas sollicité. Ici elle aborde la « seconde » catégorie de l’Initiation : celle où le récipiendaire choisi délibérément d’entrer dans une société secrète.
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Elle aurait pu prendre l’exemple d’une tariqa soufie ou d’une loge maçonnique, mais son choix s’est porté sur l’initiation mithriaque….


Les Mystères de l’Initiation à Mithra : « un livre d’images dont le texte serait perdu ».
Une expression que l’on doit à l’archéologue français Robert Turcan.
A l’aide de l’iconographie disponible et des fragments d’informations (notamment les noms des différents grades, les constellations, les libations, la symbolique du Taureau) que les archéologues et historiens ont trouvé dans les différents mithraea, Françoise Bonardel reconstitue ici ce qui ressemble véritablement à un puzzle initiatique…
Souhaitez-vous découvrir « ce culte à la fertilité », ce lien particulier d’amitié et de fidélité au Soleil HELIOS, où « l’initié devient un sauveur qui délivre l’homme de sa fatalité » ?
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* Pour rappel, films déjà disponibles du séminaire de Vézelay « Initiation, transmission, rites de passage et figures de passeurs de l’Antiquité à nos jours » :
Volet 1 : Initiation, transmission, transformation : introduction au séminaire de Vézelay
Volet 2 : L'initiation, une transformation intérieure sélective, ou élective ?
Volet 3 : Le voyage initiatique, une quête vers son Orient intérieur
volet 4 : Prolégomènes à la vie divine
volet 5 : Qu’est-ce qu’une Initiation traditionnelle ?
volet 6 : Mithra, un lien secret avec le Soleil
volet 7 : Hermès et Thot comme figures de passeurs
volet 8 : Anubis et Saint Christophe, figures de passeurs
volet 9 : La dialectique du Héros et de l’Initié - (Les épreuves 1/2)
volet 10 : Les Hymnes Homériques à Déméter, archétype de l’Initiation - (Les épreuves 2/2)
volet 11 : Gratitude (et ingratitude) des Grecs à l’endroit des Egyptiens - (Tradition et Transmission 1/2)
volet 12 : Gratitude et ingratitude des chrétiens à l’égard des gnostiques, et des païens - (Tradition et Transmission 2/2)
volet 13 : L’art de la rectitude par le discernement du Cœur - (Transformation 1/2)
volet 14 : La métamorphose de l’homme par le non-agir et l’observation de l’ordre cosmique - (Transformation 2/2)
Remerciements à Lorant et Francette Hécquet (librairie L’Or des Etoiles de Vézelay) pour leur accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
La deuxième catégorie d'initiation, selon la classification d'Eliade, mais elle est tout à fait, je dirais, tout à fait basique, et elle me semble pouvoir être acceptée comme telle. Alors, cette deuxième catégorie, c'est dit Eliade, d'ailleurs, toutes les espèces de rites d'entrée dans une société secrète ou une confrérie. Donc, ce sont des rites auxquels l'initiable, j'emploie ce mot, ce n'est pas très joli, ou le postulant, comme vous voulez.
Dans l'antiquité, on disait le myste, celui qui participe au mystère sans être encore initié, bon, l'initiable, va être obligé de se soumettre afin d'être accepté, intégré et de gravir les échelons, petit à petit, qui sont propres à chacune de ces sociétés. Donc là, nous sommes dans le cadre d'une initiation volontaire, d'un choix, en rapport avec des affinités que l'on peut avoir avec telle ou telle société, et il y a donc là un cas de figure différent.
Alors, on pense aux mystères antiques, c'était absolument pas obligatoire d'être initié au mystère, mystères antiques, on pense à la franc-maçonnerie, par exemple, ou bien à la rose-croix, qui est aussi une société de ce type, ou bien à une confrérie soufflie, par exemple, une tarika. Je voulais vous dire que si vous êtes intéressé par les rituels d'initiation brahmanique, il y a un ouvrage qui fait autorité à ce sujet, c'est l'ouvrage de Margaret Sinclair Stevenson, qui a été traduit en français sous le titre « Les rites des deux fois nés », ça a été publié au Soleil Noir en 82.
Alors, vous avez aussi l'ouvrage classique de Louis Dumont, « Homo Hierarchicus », mais qui s'attarde moins sur l'initiation à proprement parler, alors que l'ouvrage de Margaret Stevenson est centré sur les rites initiatiques propres aux brahmanes en particulier. – Ça veut dire qu'il n'y a pas de secret sur ces rites, par exemple ? – Non, non, il n'y a pas de secret. – D'accord.
– Non, non, exactement. Non, non. Alors, il y a toujours un moment secret. Il y a toujours un moment secret, mais, si vous voulez, il n'est pas secret par obligation.
Le moment secret, c'est celui de la transmission. Parce que la transmission, à beau être codifiée, le passage est toujours plus ou moins secret. Ce que ressent l'initiable face au maître, on peut dire que c'est le noyau secret. Mais c'est parce que tout ne peut pas être dit, et la transmission est pour une part rationnelle, pour une part irrationnelle.
Mais ça n'est pas, effectivement, vous avez raison de le soulever, ça n'est pas secret. Alors, donc, pour illustrer ce deuxième type d'initiation, entrer, délibérer, volontaire, dans une société secrète, qui a ses propres rituels. Donc, j'aurais pu choisir la franc-maçonnerie, j'en dirais quelques mots à propos des symboles. Ça m'a paru plus intéressant.
Je parlerai des mystères des Leusis, c'est incontournable, à propos du scénario mythique. Parce que la thèse d'Eliade, et je crois qu'il a raison, c'est qu'au fond, toute initiation repose sur un récit mythique originel, que l'initiation a pour but de réactualiser. Alors, si j'ai pris les mystères de Mitra, c'est à la fois parce que nous avons affaire incontestablement à une société initiatique fermée, d'autant plus fermée qu'elle n'accueillait que les hommes.
Les femmes en étaient exclues. Et il se trouve que ces hommes étaient en majorité, semble-t-il, des soldats. Le culte de Mitra s'est développé dans le bassin méditerranéen. Il y a eu des ramifications extrêmement profondes et lointaines, en particulier sur le trajet des légions romaines.
Donc, si vous voulez, c'est un culte qui est tout à fait particulier dans la mesure où, je dirais, qu'il rassemble les critères d'une société fermée, ritualisée et avec une hiérarchie. Alors, la difficulté, et c'est un peu pour ça aussi que je l'ai choisi, la difficulté, c'est qu'il n'y a pas de récit mythique, justement. C'est-à-dire que le récit mythique relatif au mystère du Mitra est très pauvre, voire inexistant.
C'est l'iconographie qui le remplace. Alors, vous avez choisi la scène fameuse, vous l'avez à la fin, la tauropthonie. Bon, je vais en dire quelques mots. L'un des meilleurs commentateurs de ces mystères, qui est Franz Cumont, a rassemblé ces documents iconographiques et un autre commentateur, qui se nomme Robert Turcan, dit que l'art mitriate est comme un livre d'images dont le texte serait perdu.
Donc, nous sommes confrontés à un exemple dans lequel le récit mythique fondateur nous manque, d'où la difficulté d'interpréter véritablement ce mystère. C'est un mystère, mais comment l'interpréter ? Et ça, ce n'est pas seulement parce que les gens n'ont pas parlé, c'est aussi parce qu'on ne sait pas vraiment. Alors, on en est réduit à quelques hypothèses.
On sait donc que ce mystère, d'origine indo-persane, était réservé aux hommes, qu'il s'est répandu dans le monde romain au premier siècle de notre ère, et qu'il a attiré de très nombreux soldats des légions romaines. Alors, ce qu'on connaît, par contre, avec précision, ce sont les sept grades auxquels on pouvait être initié. Je vous les cite, du plus bas jusqu'au plus haut. Il y avait le grade de Corbeau, Corax, le grade de Nymphus, qu'on traduit par jeune époux, le grade de Milès, de soldat donc, le grade de Lyon, Léo en latin, le grade de Perse, puisque c'est un rappel de l'origine aujourd'hui contestée, mais enfin, c'est l'origine persane de ce mythe, le grade d'Héliodromus, c'est-à-dire d'émissaire du soleil,