Initiation, transmission, transformation : introduction au séminaire de Vézelay 1/14
Veuille la transformation. Sois enthousiaste, oh ! De la flamme par laquelle une chose te quitte, en gloire de métamorphoses…. Ecrivait Rainer Maria Rilke dans « Sonnets à Orphée », en 1922. Nous rappelle Françoise Bonardel, en introduction de son séminaire « Initiation, transmission, transformation. Rites de passage et figures de passeurs de l’Antiquité à nos jours ».
Alors que l’évolution biologique conduit chaque individu à une mort certaine, l’humanité a parallèlement cherché, depuis ses origines les plus lointaines, à s’abstraire du cours fatal de l’existence grâce à des pratiques d’ordre initiatique permettant une transformation en profondeur du « statut existentiel » de l’être humain (Mircea Eliade).
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Qu’est-ce en effet qu’une initiation sinon l’entrée dans une vie nouvelle, allégée du sentiment de fatalité pesant sur la psyché ? C’est à mieux comprendre le lien entre ces trois séquences et figures de la vie « traditionnelle » - initiation, transmission, transformation – qu’est consacré ce séminaire au cours duquel seront évoquées quelques-unes des figures majeures incarnant ce processus dans l’imaginaire collectif :
Osiris et Hermès, le Christ et saint Jean-Baptiste, saint Christophe…


« Initiation » reste cependant un terme assez vague tant qu’on n’examine pas attentivement les formes singulières prises au cours des âges par ces rites de passage dont certains perdurent dans nos sociétés, parfois sous des formes devenues profanes.
Des Mystères d’Éleusis et des rituels orphiques au baptême chrétien, de l’individuation au cheminement de l’Apprenti Maçon, il s’agit toujours de laisser derrière soi le « vieil homme » (saint Paul) afin d’accéder à la fameuse vita nuova chantée par Dante : une vie rajeunie, régénérée, intemporelle voire immortelle.


S’agit-il là d’une illusion tenace dans laquelle se complaît l’humanité, ou d’une réalité psychique et spirituelle qu’éclaire aujourd’hui la psychologie jungienne ?
Autant de questions fondamentales embrassant, à l’instar du Tao et du Logos, des considérations universelles et de tout temps éternelles...
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* Pour rappel, films déjà disponibles du séminaire de Vézelay « Initiation, transmission, rites de passage et figures de passeurs de l’Antiquité à nos jours » :
Volet 1 : Initiation, transmission, transformation : introduction au séminaire de Vézelay
Volet 2 : L'initiation, une transformation intérieure sélective, ou élective ?
Volet 3 : Le voyage initiatique, une quête vers son Orient intérieur
volet 4 : Prolégomènes à la vie divine
volet 5 : Qu’est-ce qu’une Initiation traditionnelle ?
volet 6 : Mithra, un lien secret avec le Soleil
volet 7 : Hermès et Thot comme figures de passeurs
volet 8 : Anubis et Saint Christophe, figures de passeurs
volet 9 : La dialectique du Héros et de l’Initié - (Les épreuves 1/2)
volet 10 : Les Hymnes Homériques à Déméter, archétype de l’Initiation - (Les épreuves 2/2)
volet 11 : Gratitude (et ingratitude) des Grecs à l’endroit des Egyptiens - (Tradition et Transmission 1/2)
volet 12 : Gratitude et ingratitude des chrétiens à l’égard des gnostiques, et des païens - (Tradition et Transmission 2/2)
volet 13 : L’art de la rectitude par le discernement du Cœur - (Transformation 1/2)
volet 14 : La métamorphose de l’homme par le non-agir et l’observation de l’ordre cosmique - (Transformation 2/2)
Remerciements à Lorant et Francette Hécquet (librairie L’Or des Etoiles de Vézelay) pour leur accueil et organisation.
© Texte Françoise Bonardel
Extrait de la vidéo
Alors, le voyage d'hiver. Le voyage d'hiver, figurez-vous que l'idée nous en est venue, puisque Laurent a participé à cette élaboration, l'idée nous en est venue en plein été. Voilà, j'ai eu la chance de passer une partie de l'été à Vézelay, un été qui a été absolument somptueux, et dans la grande chaleur, je dirais presque caniculaire, même si c'était août et pas juillet, eh bien tout d'un coup cette idée du voyage d'hiver, d'une réflexion sur ce thème, enfin disons dans cette tonalité musicale, s'est imposée.
Alors en août, et j'insiste d'emblée sur cette donnée astrologique, en août le cours descendant du cycle solaire est déjà amorcé, n'est-ce pas ? Et peut-être que c'est ça qui inconsciemment nous a sollicité, comme pour nous rappeler, si vous voulez, le lien, et vous allez voir l'importance de cette question dans ces journées, le lien qui unit le Christ et le Baptiste, saint Jean Baptiste. Pourquoi ? Parce que l'un, je vous rappelle, décline pour que l'autre grandisse, et le cycle solaire, si on le lit dans cette perspective, nous rappelle ça, que ce déclin, n'est-ce pas, c'est ce qui prépare la montée de cette lumière qu'est le Christ, comme le rappelle l'évangile de Jean, n'est-ce pas, où Jean, le Baptiste, est qualifié de témoin de la lumière, mais qui n'est pas la lumière elle-même.
Donc je vous renvoie à ce passage de l'évangile de Jean en 3 à 30, où effectivement le Baptiste rappelle qu'il faut qu'il décline pour que le Christ grandisse. Alors je ne sais pas, je ne pense pas qu'on, consciemment, c'est ce qui nous est venu à l'esprit, mais en réfléchissant après coup, je me suis dit, au fond, nous sommes en plein dans le sujet, là, effectivement, n'est-ce pas, nous sommes déjà au cœur de ce mystère cosmique, avant même d'être chrétien, n'est-ce pas, et nous sommes, nous, aujourd'hui, là maintenant, encore plus proches du cœur même de ce mystère, puisque nous sommes, nous approchons de ce point de retournement de la lumière qu'est le solstice.
Donc tout ça pour vous dire que, au fond, consciemment ou pas, dans la chaleur et la splendeur de l'été, eh bien, a commencé à se dessiner dans nos esprits cette idée, donc, d'un cycle descendant, et d'un cycle descendant qui prépare la venue de la lumière, le Christ pour une part, mais aussi la lumière en tant que telle, puisque bien sûr la célébration du solstice est très antérieure au christianisme.
Alors voilà le contexte. Plus simplement, et je vous renvoie là à votre expérience personnelle, je crois que chacun et chacune d'entre nous sent bien, particulièrement en ce moment, qu'il s'agit là d'un moment unique dans l'année. Ce moment où l'énergie vient à manquer, je pense qu'on a de plus en plus de mal à se lever, etc., on sent bien que quelque chose est en train de s'épuiser, n'est-ce pas, à mesure que la lumière se fait plus rare, et que dans cette période, il n'y a au fond pas d'autre solution que de s'abandonner à la mélancolie, c'est quand même une période difficile pour certaines personnes, ou de chercher en soi, d'ailleurs chaque jour qui avance plus profondément, et bien une lumière intérieure.
C'est la période de la recherche de la lumière intérieure. Cette lumière intérieure, je dirais comme on en voit dans les dans les tableaux de Rembrandt, de Georges de Latour, cette lumière intérieure. C'est l'époque de l'année donc, je crois, où la notion de vie intérieure prend tout son sens. Si notre vie intérieure n'est pas mobilisée, sollicitée en ce moment, elle ne le sera jamais, elle ne sera pas quand la lumière est éclatante et qu'on ne pense qu'à s'extravertir, n'est-ce pas, voilà.
Donc, au fond, l'idée a germé, elle a fait plus que germer, elle a pris corps, que c'était malgré les difficultés, et merci d'être tous là malgré toutes ces difficultés, les routes sont pas bonnes, il fait nuit tôt, certains viennent de loin, etc. Et bien que malgré ces difficultés, ça valait quand même la peine de tenter l'expérience. C'est-à-dire au fond de cette espèce comme ça de rencontres, alors même que nous sommes au creux du creux du creux, n'est-ce pas, et que la lumière vient à manquer, c'est ça.
L'intériorisation donc devient plus que jamais nécessaire et je crois que c'est une bonne, ce sont de bonnes conditions justement pour parler d'une question comme celle qui nous rassemble aujourd'hui. Alors, à cette époque donc, et j'en ai bientôt terminé, ce n'est pas Saturne qui est prisonnier de Jupiter, c'est un thème mythologique bien connu qui a donné matière à un très beau poème de Hölderlin, mais c'est celui qu'on appelle le grand, le grand aciturne, Saturne le grand aciturne, et bien c'est Saturne qui règne en maître sur une terre en état de latence, de mort apparente, la nature est en état de mort apparente, voire de putréfaction, s'il n'était pas aventureux de comparer cette période d'intériorisation de la lumière à l'anigredo alchimique.
Et vous allez voir que c'est une question qui ressurgit, qui ressurgira périodiquement. Est-ce que nous sommes en train de vivre quelque chose de l'ordre d'une nigredo ? Il faut faire très attention à ça, pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas, dans la période de latence que nous vivons, il n'y a pas le côté dramatique de la nigredo.
La nigredo c'est la mort, le démembrement, décapitation, enfin c'est des images très très violentes en général, et la putréfaction elle-même. Donc non, c'est autre chose, ce n'est pas exactement ça, d'autant qu'il serait tout à fait aventureux de considérer que ce cycle de la lumière produit nécessairement une transmutation de la matière. Ce n'est pas parce que le printemps va revenir que nous assistons à un processus alchimique de transmutation.
Donc je crois qu'il faut bien saisir la tonalité fondamentale de cette période, n'est-ce pas, et ne pas en faire prématurément une transmutation. Donc cette comparaison avec une transmutation alchimique n'est valable, à la rigueur valable, que si cette période nocturne, il y a quelque chose de nocturne au sens