Qu’est-ce qu’une Initiation traditionnelle ? 5/14

« Au cœur de toutes les religions se trouve un noyau central, de dimension ésotérique et initiatique. Ceux qui préservent ce noyau, ce sont les Initiés », nous-dit Françoise Bonardel en introduction de cette cinquième partie* du séminaire « Initiation, transmission, transformation, rites de passage et figures de passeurs de l’Antiquité à nos jours ».

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
49:59
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

Dans la première partie de son intervention, Françoise Bonardel s’interrogera de savoir si l’Initiation ne constituerait-elle pas une « enclave », traditionnelle, au sein de nos sociétés modernes. Les Initiés seraient alors des « passeurs », des « transmetteurs » entre deux mondes, le monde moderne et le monde traditionnel.

bonardel vezelay 5 traditionnelle 1bonardel vezelay 5 traditionnelle 2

« Chaque initié devient gardien du monde »

L’Initiation permettrait d’atteindre une connaissance plus fine du monde manifesté et cet élargissement de conscience s’accompagnerait d’une compréhension intuitive des mondes subtils et de ses hiérarchies.... Une modification de l'Etre que Mircea Eliade qualifiait de « changement de statut existentiel ».

Dans un second temps, Françoise Bonardel nous spécifiera la première des grandes initiations : celle des Brahmanes. Elle nous indiquera les rituels et obligations quotidiennes que suivent ces futurs protecteurs de la Loi Cosmique ; le Dharma.

A l’instar du célèbre stoïcien Marc-Aurèle qui prônait une « liberté individuelle, conscience cosmique », souhaitez-vous lever le voile sur ce que l’on appelle l'Initiation traditionnelle, celle par laquelle parviennent à se  conjuguer « Ordre du Monde » et « Ordre Cosmique » ?

------------------

* Pour rappel, films déjà disponibles du séminaire de Vézelay « Initiation, transmission, rites de passage et figures de passeurs de l’Antiquité à nos jours » :

Volet 1 : Initiation, transmission, transformation : introduction au séminaire de Vézelay
Volet 2 : L'initiation, une transformation intérieure sélective, ou élective ?
Volet 3 : Le voyage initiatique, une quête vers son Orient intérieur
volet 4 : Prolégomènes à la vie divine
volet 5 : Qu’est-ce qu’une Initiation traditionnelle ?
volet 6 : Mithra, un lien secret avec le Soleil
volet 7 : Hermès et Thot comme figures de passeurs
volet 8 : Anubis et Saint Christophe, figures de passeurs
volet 9 : La dialectique du Héros et de l’Initié - (Les épreuves 1/2)
volet 10 : Les Hymnes Homériques à Déméter, archétype de l’Initiation  - (Les épreuves 2/2)
volet 11 : Gratitude (et ingratitude) des Grecs à l’endroit des Egyptiens - (Tradition et Transmission 1/2)
volet 12 : Gratitude et ingratitude des chrétiens à l’égard des gnostiques, et des païens - (Tradition et Transmission 2/2)
volet 13 : L’art de la rectitude par le discernement du Cœur - (Transformation 1/2)
volet 14 : La métamorphose de l’homme par le non-agir et l’observation de l’ordre cosmique - (Transformation 2/2)

Remerciements à Lorant et Francette Hécquet (librairie L’Or des Etoiles de Vézelay) pour leur accueil et organisation.

 

Extrait de la vidéo

Les initiations traditionnelles Alors, nous allons assez rapidement aborder la question des initiations traditionnelles. Je vous propose néanmoins de faire une sorte de petit récapitulatif. Alors, nous pourrions lire ensemble dans cette perspective le texte numéro 5, c'est-à-dire le texte de Mircea Eliade, mais pour gagner du temps et parce que ce texte peut-être ne nous apporterait pas d'éléments vraiment nouveaux par rapport à ce qui a été dit hier, je vous propose simplement une sorte de récapitulation des quelques questions que nous nous sommes posées et que nous allons être amenés à continuer à nous poser tout au cours de ces journées.

Alors, d'une part, et c'est ce que souligne Mircea Eliade dans le texte 5 donc, nous avons déjà vu hier que la question de l'initiation, à savoir de sa réalité, est-ce que c'est une réalité ou est-ce que c'est une illusion, de ses modes opératoires, de son efficacité réelle ou symbolique, et bien que cette question marque un point de rupture entre les sociétés traditionnelles et les sociétés modernes, dont Eliade souligne avec raison l'hostilité ou au moins l'indifférence, tandis que Guénon, par opposition, voyait au contraire dans la modernité, dans le monde moderne, un monde foncièrement hostile aux initiations et porté à la subversion des valeurs traditionnelles.

Donc, ma question ce serait, est-ce que l'initiation constitue une sorte d'enclave traditionnelle au sein des sociétés modernes ? Ce que je veux dire par là, c'est-à-dire qu'en fait, si on prend acte de cette opposition entre l'esprit traditionnel et l'esprit moderne, et bien on peut s'interroger, on doit même s'interroger sur la portée des initiations dans le monde moderne. Est-ce que les sociétés initiatiques constituent simplement une sorte d'enclave, avec le risque évidemment d'une sorte d'isolement, d'une sorte de monde à l'intérieur du monde, ou bien, et ce serait là une hypothèse beaucoup plus intéressante, est-ce que les initiés du monde moderne, dans le monde moderne, sont appelés à faire bouger les lignes, c'est-à-dire à modifier ce clivage entre monde moderne et société traditionnelle, c'est-à-dire à être au fond des passeurs.

Est-ce que c'est ça leur vocation, c'est d'être des passeurs entre ces deux mondes, parce qu'après tout, ils vivent à cheval, on peut dire, entre deux mondes. Si l'initiation se rattache au monde traditionnel, les initiés vivent entre deux mondes. Alors, comment, quel est leur rôle exact ? Et ça je pense que c'est une question qui va nous amener à la réflexion que nous allons conduire sur le passeur, le passage, est-ce qu'ils ont une vocation de passeurs ?

La deuxième question que nous avons commencée à esquisser hier, concerne les relations entre initiation et religion. Et ça c'est une question que nous allons continuer à aborder sous des angles différents. Initiation et religion. Et quand je dis ça, ce n'est pas seulement le christianisme, même si dans nos sociétés il est au premier plan.

Autrement dit, est-ce qu'il n'y a d'initiation qu'au sein d'une religion, même si on ne prononce plus ce mot ? C'est le cas du christianisme, j'aurai l'occasion d'y revenir en parlant de la transmission de la tradition chrétienne et de sa formation, même si le mot n'est plus prononcé, pourquoi ? Parce que le mot appartiendrait au monde païen, au monde d'avant les grands monothéismes par exemple, et que d'autres formes, d'autres cérémonies, d'autres formes de rituels auraient pris la place.

Ou bien, est-ce qu'il faut considérer que l'initiation, que la voie initiatique est une voie parallèle aux grandes religions ? Alors, avec quel type de relation ça s'est à voir ? Ou bien, carrément extérieur aux grandes religions ? Autrement dit, le cheminement initiatique n'aurait rien à voir avec le cheminement religieux, voire même peut-être lui serait hostile, pourquoi pas ?

Donc, la question demeure, quelles sont les relations possibles des voies initiatiques avec les religions ? Quel type de relation entretiennent-elles ? Est-ce que l'initiation est une voie spirituelle autonome qui n'a pas directement à voir avec les religions ? Alors, la question que nous n'avons pas jusqu'alors abordée, et dont je voudrais quand même vous dire quelques mots avant de passer aux rituels initiatiques à proprement parler, c'est une question qui a été soulevée depuis la fin du XIXe siècle en particulier par les occultistes, par les anthroposophes, par les théosophes.

Vous savez qu'à partir vers la fin du XIXe siècle, il y a eu des courants qui se sont constitués, j'en cite trois, l'occultisme, l'anthroposophie sous la houlette de Rudolf Steiner en particulier, et la théosophie sous l'inspiration de madame Helena Blavatsky. Alors, aujourd'hui, nous sommes un peu portés à ironiser sur ces mouvements, moi la première d'ailleurs, en particulier sur la personnalité fantasque de madame Blavatsky et ses relations avec les services secrets, etc.

Donc, c'est tout un roman, n'est-ce pas ? Mais la question que posaient ces mouvements, je pense qu'elle nous intéresse toujours, elle nous concerne toujours. Au fond, la position de ces mouvements, et je l'ai réunie de façon peut-être un petit peu simpliste, mais pour faciliter la compréhension, l'idée au fond de la plupart de ces mouvements, c'était d'abord de mettre fin aux querelles religieuses. C'est la fin du XIXe siècle, c'est le moment où, je dirais, sous l'influence des mouvements socialistes d'ailleurs, des mouvements sociaux du XIXe siècle, eh bien, on se dit les religions, à la rigueur, on veut bien continuer à les tolérer, mais à condition qu'elles ne soient pas un facteur de trouble.

Et la réponse de ces courants occultistes, théosophiques et anthroposophiques, que je réunis, je dis bien encore, tout en connaissant leurs différences, eh bien, ce serait de dire, au fond, dans toutes les religions, il y a un noyau ésotérique.

Haut