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Witold Zaniewicki aborde dans ce livre un sujet aussi passionnant qu’ignoré, celui des noblesses populaires. Ce phénomène historique et anthropologique est largement oublié de la recherche universitaire française en histoire, pourtant cette noblesse populaire fait bien partie de l’histoire de France comme le montre l’auteur après avoir étudié de 1967 à 1999, deux cas de noblesse populaire documentés, l’un en Pologne, l’autre en Espagne.

L’ouvrage bouscule la vision réductrice de la noblesse que nous conservons en France et met en évidence un autre maillage social particulièrement intéressant. Lorsque nous parlons de noblesse « populaire », nous évoquons « la noblesse de familles qui, sans dérogeance, appartiennent aux plus humbles classes de la société et non à l’aristocratie ».

« En Pologne et en Espagne du nord, on rencontre ainsi un type de noblesse originale, qui n’est nullement une sous-noblesse, puisque ses membres sont dotés des mêmes privilèges que les aristocrates, droits politiques, exemptions d’impôts, des corvées et du service militaire, tribunaux particuliers. »

Witold Zaniewicki met en évidence la place considérable de ces noblesses dans la société, souvent associées à l’idée démocratique, aux principes républicains et nationalistes. Il remarque que l’individualisme et le sens de la liberté caractérisent les pays qui ont conservé ces noblesses.

« En Pologne comme en Espagne du nord, la noblesse « populaire » est l’expression même du nationalisme, c’est la raison pour laquelle il n’y eut jamais de réaction contre la noblesse en tant que telle, que les régimes actuels les plus socialistes ne la renient pas historiquement à la différence de nos démocraties occidentales qui n’ont connu que les noblesses d’essence seigneuriale ou les florissantes fausses noblesses actuelles d’essence bourgeoise. »

L’objet de ces études est de poser un problème, d’interroger la fonction des noblesses « populaires » et la raison de leur quasi-disparition en France. Après une présentation générale de cette problématique complexe, Witold Zaniewicki aborde successivement les cas de la noblesse « populaire » hongroise, des nobles de pavé, verriers et hidalgos, de la noblesse « populaire » de la Montaña, l’étymologie incertaine du mot « hidalgo », la noblesse basque, l’actuelle « noblesse de village » en Masovie et Podlavie, une enquête sur la petite noblesse vivant en Pologne la 28ème année du pouvoir communiste (1972), la « noblesse de colonisation » en Podlavie, la disparition de la petite noblesse polonaise (1722-1868 et termine par la situation particulière des cagots.

La question dépasse le cadre économique, notamment le rapport au travail, comme le cadre juridique. Il s’agit d’une dimension à la fois plus insaisissable et plus puissante. Finalement « est noble celui qui se considère comme « différent », est reconnu comme « différent », pour être le gardien de certaines traditions ». L’appartenance, la reconnaissance mais aussi et surtout la réalisation, vis-à-vis de l’autre comme de soi-même, apparaissent au cœur de la constitution et de la continuité de ces noblesses dans le temps.

A la lecture de ce livre, nous comprenons l’intérêt de Georges Bernanos pour le plus ancien peuple de la terre, le peuple des pauvres, la pauvreté étant aussi la plus ancienne tradition. Il y a là une force, une vitalité, une sagesse aussi qu’il serait bon de reconsidérer alors que nos sociétés sans repères et sans piliers se décomposent.

Source: La Lettre du Crocodile

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