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La Porte Etroite et le Grand Véhicule

Les recherches archéologiques des dernières décennies nous ont permis de comprendre que les déplacements des peuples sur de très longues distances furent beaucoup plus fréquents que ce que nous pensions, favorisant un brassage des cultures fécond. Ces découvertes remettent en question les savoirs et ouvrent des perspectives passionnantes notamment en histoire des religions et en histoire de l’art.

C’est dans ce contexte que se présente le travail original de François-Marie Périer sur les origines du Mahâyâna. Observant la juxtaposition de deux révolutions spirituelles, celle du Christianisme au Proche-Orient, celle du Grand Véhicule en Asie, il pose l’hypothèse de pénétrations et d’inclusions culturelles. Nous sommes là au 1er siècle de notre ère soit environ huit siècles avant la synthèse remarquable entre Christianisme, Bouddhisme et Taoïsme qui apparût en Chine à la suite de l’arrivée de l’Eglise nestorienne fuyant les persécutions.

C’est par un faisceau de convergences, historiques, artistiques, philosophiques, théologiques entre Christianisme et Bouddhisme Mahâyâna, dans leurs premiers pas, que François-Marie Périer postule une même origine. C’est au cœur de l’Empire Kushana au 1er siècle après JC, Empire qui comprend le Gandhâra indo-grec que se déroulent les faits marquants repérés par l’auteur, notamment l’irruption soudaine d’enseignements novateurs proches de ceux du Christ. Il existe de nombreuses traditions mais aussi des travaux d’historiens qui envisagent la survie de Jésus à l’épreuve de la crucifixion et son départ pour l’Orient, souvent associés aux voyages de Thomas en Inde. Des traces de ces traditions existent en Orient dont les tombes de Jésus, la plus célèbre étant celle de Srinagar, dans un contexte musulman. Les longs procès de construction du courant Bouddhiste Mahâyâna et du Christianisme ont effectivement pu se croiser et s’influencer. Pour François-Marie Périer, c’est plutôt l’enseignement du Christ et de ses disciples qui a pu s’inscrire dans le Grand Véhicule en raison de la pratique de la langue grecque et de la langue araméenne dans le Kushana que l’inverse. Plusieurs figures du Bouddhisme emprunte à la symbolique chrétienne d’Avalokiteshvara à Tara ou Guan-yin, figure féminine qui intègre les caractéristiques de Marie, en passant par Amitâbha ou Maitreya, le bouddha du futur. Indépendamment de la figure même du Christ et de sa survie éventuelle, des missionnaires chrétiens prirent le chemin de l’Orient par ce qu’on appellera la route de la soie, portant avec eux l’histoire et l’enseignement de Jésus, même de manière fragmentaire et déjà mythifiée. C’est ce qui, selon l’auteur, justifie la révolution du Grand Véhicule :

« Dans les nouvelles traditions du Mahâyâna, il ne s’agissait plus comme auparavant de devenir un arhat pour se dissoudre dans le Nirvâna, mais désormais de revenir en bodhisattva « héros pour l’Eveil » dans le Samsara aider les hommes. Le sacrifice de soi, y compris de son corps, par compassion, devenait la valeur suprême, le boddhisattva du Grand Véhicule dépassait en mérites et grandeur d’âme l’arhat du Véhicule des Anciens. Si la religion perse joua également un rôle important, tout comme la philosophie grecque, on ne pouvait attribuer seulement à l’Hellénisme, au Mithraïsme ou aux mutations de l’Hindouisme la révolution du Mahâyâna dans le Bouddhisme, et l’idéal du boddhisattva : Alexandre avait atteint l’Inde en 326 avant notre ère, des royaumes indo-grecs avaient existé et rien de tel ne s’était passé. Le Grand Véhicule possédait en revanche, on vient de le voir, énormément d’aspects communs avec le Christianisme émergent et prosélyte, à commencer par les nouveaux bouddhas apparus tous ensemble au début de l’ère chrétienne, synthétisant les origines, la vie et les prophéties du Christ. »

Ce travail méticuleux ne vise pas à déstabiliser les croyances chrétiennes ou bouddhistes mais au contraire à traverser les formes figées pour un message universel actif d’amour et de paix.