Interférences: Lupasco, Breton, Dali, Mathieu, Ionesco
Quelle fut l’influence de la philosophie du tiers inclus de Stéphane Lupasco (1900-1988) dans le monde de la peinture, de la littérature, du théâtre ?
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Basarab Nicolescu revient dans cet exposé de 20 minutes sur les amitiés que Stéphane Lupasco a nouées avec les grandes figures artistiques de son époque que furent André Breton, Salvatore Dali, Georges Mathieu, Eugène Ionesco et la correspondance que ces différents artistes ont entretenue avec lui.


Cette conférence a été enregistrée à l’Unesco lors du Colloque « A la confluence de deux cultures : Lupasco aujourd’hui ».
Extrait de la vidéo
Interférences Stéphane Lupasco, André Breton, Salvador Dali, Georges Mathieu et Eugène Ionesco.
Alors, dans la décennie 1950-1960, un nom fait son entrée fulgurante dans les mondes de l'art en France, Stéphane Lupasco.
Pourtant, il venait de loin, du monde quantique, celui d'un infiniment petit, de l'infiniment bref, comment peut-on expliquer ce phénomène insolite ?
Dans les très brefs temps dont je dispose, je ne pourrai esquisser que quelques grands traits concernant la relation de Lupasco avec les mondes de l'art et de la littérature.
Une analyse détaillée est donnée dans mon livre « Qu'est-ce que la réalité ? Reflexions autour de l'œuvre de Stéphane Lupasco ».
Alors, tout d'abord André Breton, de l'admiration à l'excommunication.
André Breton, Stéphane Lupasco, s'ils sont connus, fréquentés, respectés, Breton fut parmi les premiers à saisir l'importance de la philosophie de Lupasco pour la compréhension de l'art.
Dans un entretien publié à Madrid en 1950, Breton fait référence aux magnifiques livres, magnifiques aujourd'hui encore, il faudrait les relire, « Logique et Contradiction », pour lesquels il éprouvait une constante admiration.
Les appréciations de Breton sont encore plus claires. Dans l'anthologie de l'humour noir, je cite, « Cet ouvrage, aux yeux des artistes, écrit Breton, aura en outre un immense intérêt d'établir et d'éclairer la connexion des plus énigmatiques qui existent entre les valeurs logiques et leurs contradictions, d'une part, les données affectives, d'autre part. » Breton a certainement dû beaucoup méditer le troisième chapitre qui s'intitule « La logique de l'art ou l'expérience esthétique ». Pour Lupasco, l'art est la recherche de la contradiction logique existentielle.
L'esthétique est, je le cite, « la science quantique en germe, en enfance, une conscience de la conscience ».
Lupasco prophétise, je cite, « que l'art s'épanouira de plus en plus vers la fin d'un développement utilitaire, c'est-à-dire d'un développement logique des conditions ».
Cette prophétie devait avoir une résonance particulière pour Breton. C'est tout naturellement que Breton s'adresse à Lupasco pour répondre à côté de Heidegger, de Blanchot, de Marot, de Bataille, de Magritte, de Caillois, de Joyce Mansour, au fameux questionnaire publié dans « L'art magique ».
Dans une carte postale du 16 septembre 1955, Breton écrit à Lupasco, je cite, « même si messieurs les philosophes m'avaient gâté, ce qui est loin d'être le cas, votre opinion, entre les leurs, ne laisserait pas d'émettre la plus précieuse ».
Ce sont des mots extraordinaires de la part de Breton.
Bon, Lupasco évoque dans son texte les conflits cosmologiques entre les sujets et l'objet que Pompilius Clétronensis a évoqué déjà, et il considère que la magie baigne dans les mystères, parce que les mystères, les mystères, c'est précisément cette réalité indiscutable et absolue des états affectifs.
Les psychismes magiques, avec ces ombres magiques, ces ombres qui pénètrent des mystères ontologiques de l'affectivité, correspondent à la troisième matière de Lupasco.
La dédicace que Breton écrit sur l'exemplaire d'art magique, qui est dans les archives de Hald, Hald Lupasco, et que j'ai pu consulter, dans cet exemplaire envoyé à Lupasco, est à la fois émouvant et inquiétant.
Qu'est-ce qu'il écrit Breton à Stéphane Lupasco, tout premier qualifié pour pénétrer ces ombres magiques du psychisme, et des qui, par ailleurs, gématèrent des pensées qu'il a pu se prêter à la glorification des mesures inquisitoriales.
Non étrange, de quelles mesures inquisitoriales pouvait-il s'agir ?
Alors, nous passons donc là à Georges Mathieu, et la mise en cage d'Aristote, qui va nous donner la clé de ces mesures inquisitoriales.
En fait, dans sa dédicace, Breton fait référence à l'exposition « Cérémonie commémorative » de la deuxième condamnation des Ligues des Brabants, organisée par Mathieu et entaillée dans les cinq salles de la Galerie Kleber, à Paris, du 7 au 27 mars 1957.
Une suite époustouflante de décors, de mise en scène, d'oeuvres d'art, de documents, de programmes musicaux, de conférences, de déclarations, de cérémonies, qui se déroulèrent à un rythme effréné pendant trois semaines.
Plusieurs personnalités importantes, Carl Gustav Jung, T.S. Eliot, Carl Jaspers, Gabriel Marcel, Jean Paulin et Stéphane Lupasco ont participé à cet événement, qui a eu un très grand rétentissement médiatique.
Les buts de l'insolite, mais très minutieusement préparée manifestation étaient, je cite les mots de Georges Mathieu, « mettre en cause les fondements d'une autre civilisation occidentale, ni plus ni moins, depuis l'invasion en Europe et donc en France, et la pensée d'Aristote, telle que la traduisit Ziger des Brabants. » Dans une des salles, on pouvait voir, j'ai vu les photographies, on pouvait voir un immense portrait de Lupasco. En bas de ce portrait, à sa gauche, Mathieu a placé un petit buste d'Aristote dans une cage fermée par un grillage.
Cet événement, certes provocateur, pouvait-il justifier l'excommunication de Lupasco ? En tout cas, les silences s'instaurent dans les relations entre Breton et Lupasco.
Georges Mathieu a fait la connaissance de Lupasco en 1953 par l'intermédiaire de Cioran, suite à une lecture passionnée que Mathieu a faite de son livre « Les principes d'antagonisme et la logique de l'énergie ».
C'est très intéressant. Je fais une parenthèse. Comment tous ces écrivains, artistes, ont la passion la plus grande pour les livres les plus difficiles de Lupasco ? Je vous assure que lire ces livres, ce n'est pas du tout facile.
Plein de formules, plein de développement. Ce sont les livres axiomatiques de Lupasco.
Ça a déclenché la passion de Mathieu. Et c'est Mathieu qui ouvre à Lupasco les portes du monde de l'art.
Peintre, journaliste, philosophe, écrivain, Dali, Michaud, Revel, Axelot, Sabellio, Alvar, Parino, Bourgois.
Pratiquement tous ces livres incitent Lupasco, les livres de Mathieu. Bref, Mathieu a beaucoup contribué à la célébrité de Lupasco dans le monde de l'art dans la décennie 1960-1970.
Sa théorie de l'abstraction lyrique dans la continuation de sa très intéressante embryologie des signes.
Je ne sais pas si Michel vous est d'accord avec cette affirmation que je fais. L'embryologie des signes de Mathieu me semble très intéressante.