Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
« L’apparition au sens fort et premier du terme : c’est entrer dans la visibilité sans qu’aucune cause rationnelle ne puisse s’expliquer », nous-dit Françoise Bonardel. A travers différents exemples de récits, par ex. l’évangile de Jean, ou d’œuvres telles que celles de Jérôme Bosch, Albrecht Dürer ou encore Gustave Moreau : elle interroge ici la spécificité et caractéristiques propres à la vision « prophétique », la prémonition, du simple adjectif « visionnaire » que l’on appose de nos jours, un peu trop souvent, indistinctement.
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« Phaínō », en grec, signifie « se manifester, apparaître, être évident ». En français il a donné les noms « théophanie », « hiérophanie » et « épiphanie ».


Quels sont les liens entre visions et apparitions ?
Etre en avance sur son temps, tel un artiste ou inventeur de génie (par ex. « Léonard de Vinci ») ne suffit pas au qualificatif de visionnaire. Pour Françoise Bonardel, la vision porte en elle-même un message dont l’interprétation influera sur le destin d’une personne ou d’une collectivité.
Rarement « glamour » - ou New Age – elle entretient un cousinage étroit avec les termes d’apocalypse, ou de mise en garde, provenant d’un plan supérieur et adressant un message à un instant donné sur le devenir d’une personne, d’un groupe.


Des visionnaires, hommes ou femmes, qui entrent bien souvent en but avec les « autorités » de tutelles, religieuses.
Quel accueil réserve généralement le récipiendaire d’une vision ? Opte-t-il pour un silence prolongé, ex. Jakob Böhme, ou une communication au péril de sa réputation, ex. Hildegarde de Bingen ?
Etait-il désireux de recevoir ce message ?
Sur quels critères le monde profane, ou religieux, va-til se baser pour juger de la véracité d’une vision, et même, dans certains cas, l'attribuer au « malin » ?
Autant de questions, passionnantes et toujours actuelles, que soulèvera Françoise Bonardel dans ce troisième opus de son séminaire…
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Liste des films, séminaire "Expérience visionnaire et transformation intérieure", Vézelay, 6-8 décembre 2019.
Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ? 14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15
Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
Donc, nous allons conclure cette longue introduction par quelques remarques qui vont nous amener, petit à petit, donc à la deuxième, enfin à la première partie, en réalité. Donc, ces trois cas d'expérience visionnaire, parmi beaucoup d'autres, ceux-ci sont les cas d'expérience visionnaire qui sont les cas d'expérience visionnaire qui sont les cas d'expérience visionnaire parmi beaucoup d'autres, nous montrent d'ores et déjà qu'être visionnaire ne se limite pas, comme on le dit communément, à être en avance sur son temps, même si ça n'est pas exclu.
Chacun de ces visionnaires était en avance sur son temps, mais ce n'est pas ce qui caractérise sa vision. Être en avance sur son temps, comme on le dit aussi bien d'un chef d'entreprise astucieux que d'un inventeur génial comme Léonard de Vinci, par exemple, qui était en avance sur son temps. Et à ce titre, on vous dit qu'il était visionnaire. Oui, certes, il voyait ce que les autres ne voyaient pas, mais les expériences visionnaires dont nous allons parler vont bien au-delà.
En ce sens, l'expérience visionnaire se rapproche de la voyance. En ce que l'expérience visionnaire comporte très souvent une anticipation du futur. Mais, à la différence de la voyance, je parle de la voyance en tant que métier. Je ne vous parle pas de la voyance d'une prophétesse comme Cassandre, par exemple.
La voyance en tant qu'activité régulière et qui plus est rémunérée, eh bien, sort du cadre de l'expérience visionnaire tel que nous l'approchons dans la mesure où il s'agit là d'une pratique régulière et je dirais de l'exploitation, à des fins d'ailleurs différentes, d'un don qui est donné, mais qui se limite à prévoir ce qui va arriver. Or, si l'activité visionnaire permet dans bien des cas de prévoir ce qui va arriver, eh bien, ça n'est pas sa finalité ultime.
Sa finalité ultime, si tant est qu'on puisse l'attribuer une, c'est de rebondir sur la prévision en vue justement d'un changement de regard beaucoup plus radical sur le monde. Donc, ça n'est pas une simple prévision car l'activité visionnaire, l'expérience visionnaire, elle porte général un enseignement qui va bien au-delà de la prévision et parfois accompagnée d'une menace qui doit être prise au sérieux.
Donc, la différence est grande entre l'acte de voir et même l'acte de prévoir, qui n'est jamais que voir plus loin, anticiper, ce que fait la futurologie aussi dans un autre domaine, et le fait de vivre un événement, unique en général, un événement auquel on ne peut se dérober et qui semble délivrer un message qu'il importe d'interpréter car il y va de son salut, disons, au sens large du terme. La vision, si vous voulez, ne peut pas être contournée, ne peut pas être évitée et son interprétation libère un sens capital par rapport au destin de l'individu ou au destin d'une collectivité.
Ça n'est pas anecdotique, c'est véritablement quelque chose d'absolument capital. Donc, en tant que chose vue et non pas simplement acte de voir, la vision, je dis bien en tant que chose vue, la vision, c'est-à-dire ce que l'on voit et non pas l'acte de voir simplement, la vision est une apparition, c'est pour ça que j'ai mis cette image-là, une apparition qui vient du mot grec phaïno qui a donné les mots théophanie, hierophanie, épiphanie.
Qu'est-ce que c'est qu'une théophanie ? On en parlera beaucoup demain. C'est l'apparition d'un dieu, c'est la manifestation d'un dieu, la manifestation visible d'un dieu. Une hierophanie, c'est l'apparition du sacré, la manifestation du sacré.
L'épiphanie est associée à l'apparition du Christ devant les mages, ce qui ne veut pas dire que l'enfant Jésus existait avant, mais il aurait apparu comme étant le Christ, comme étant l'enfant roi annoncé, n'est-ce pas, par les Écritures. Donc j'insiste beaucoup sur cette idée qu'il y a dans la vision un phénomène de l'ordre de l'apparaître et il y a quelque chose de beaucoup plus mystérieux dans l'apparaître.
Qu'est-ce que ça veut dire apparaître ? J'y reviendrai demain. C'est entrer dans la visibilité et pour ça les Grecs ont non seulement un vocabulaire, mais une manière de dire qui rend cela très sensible. C'est entrer dans la visibilité, c'est sortir de l'ombre et entrer dans la lumière et devenir visible.
Eh bien, la vision est de cet ordre. Quelque chose qui était invisible, qui était dans l'ombre, que l'on ne soupçonnait pas, tout d'un coup devient visible. Alors c'est quelque chose qui paraît très banal parce que nous sommes habitués, nous à l'électricité, vous voyez, à un bouton et voilà, la lumière est là et puis on ferme et puis ça disparaît. Pour tous ces peuples pour qui le rapport à la lumière était d'une autre nature, chaque fois il y avait une espèce de miracle, la lumière réapparaît, eh bien ces peuples ont gardé le sens du mystère de l'apparition.
Et c'est bien pour ça d'ailleurs que la notion d'apparition, si on l'apprend vraiment au sens propre, garde une part de ce mystère. Alors je ne parlerai pas des apparitions mariales parce que c'est un tel dossier, d'une telle complexité que je crois qu'il ne vaut mieux pas trop s'embarquer là-dedans, mais il n'empêche qu'elles soient fabriquées ou pas fabriquées. Ces apparitions mariales relèvent de cette même logique.
Une forme apparaît à des enfants incultes qui voient une très belle dame avec du bleu, etc. Enfin on connaît tous les récits qu'ils en ont fait. Donc j'insiste sur ce lien entre vision et apparition. Et à condition de donner au mot apparition son sens fort et premier, d'entrer dans la visibilité sans qu'aucune cause rationnelle vous permette de le justifier.
C'est pour ça que j'emploie cette image de la lumière, vous voyez, du bouton électrique. Là on sait pourquoi il y a de la lumière. Quelque chose se fait à quoi on ne s'attendait pas et qui n'a pas de cause véritablement rationnelle.