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Commune de Paris, la Franc-maçonnerie déchirée

C’est avec grand intérêt et grand plaisir que nous retrouvons André Combes, l’un des meilleurs historiens de la Franc-maçonnerie, pour nous faire vivre cette période aussi complexe que passionnante et passionnée que fut la Commune de Paris.

La Franc-maçonnerie dont les valeurs étaient proches de celles de la Commune ne sut pas toujours en tant qu’institution prendre la mesure des enjeux tandis que de nombreux membres de l’Ordre maçonnique sympathisaient, soutenaient le mouvement, voire s’y inscrivaient totalement.

André Combes retrace tout d’abord l’évolution de la Franc-maçonnerie française après la fuite de Louis XVI jusqu’à la Commune. Elle va tout d’abord s’effondrer et sera ballotée au fil de l’histoire entre République et Empire. Le Grand Orient de France et le Suprême Conseil de France, les deux obédiences françaises d’alors, vont présenter des réponses diverses à l’insurrection, à Paris tout d’abord, plus proche des Communards dans les deux cas, et en Province où les événements, perçus différemment, ne sont pas toujours compris, paralysant souvent l’action des Loges. Certaines Loges restent distantes par rapport à la vie citoyenne alors que d’autres sont de véritables lieux de débats et des laboratoires d’idées. Il y a une politisation importante du Grand-Orient notamment dans les Convents de 1869 et 1870 dans un contexte de tensions avec le Vatican mais « Les loges parisiennes du Suprême Conseil, au nombre d’une quarantaine, sont souvent plus offensives que celles du grand Orient. » précise André Combes.

Quand la population des quartiers Est de la capitale s’insurge contre les Prussiens qui assiègent Paris et les tergiversations du gouvernement de Thiers, de nombreux Francs-maçons s’engagent au côté des Communards.

Le Roi Guillaume 1er de Prusse et son fils sont membres de l’Ordre maçonnique. Le prince, en tant que Grand-maître de la maçonnerie prussienne est « un protecteur de la Franc-maçonnerie universelle ». Face aux exactions de l’armée prussienne, dix loges parisiennes vont se réunir pour répudier ces deux personnalités et dénoncer plus généralement l’ambition déplacée des souverains. 

Quand le gouvernement de la France et son armée engagent la terrible répression de la « Semaine sanglante », plusieurs Francs-maçons tombent. Le 29 avril 1871 une manifestation publique de soutien à la Commune, de grande ampleur, rassemblant Francs-maçons et Compagnons du devoir avait pourtant reçu l’appui de la population et permis l’espoir d’une solution pacifique à travers un projet de Fédération mais, le 21 mai, les troupes du gouvernement repliées à Versailles entrent dans Paris et débutent la répression et les exécutions sommaires.

Les dirigeants des deux obédiences françaises vont désavouer les membres de l’Ordre qui ont soutenu l’insurrection. La guerre civile de mars à mai 1871 sera aussi interne à une Franc-maçonnerie française divisée par les événements.