Jean Jaurès et la parapsychologie
Qu’est-ce que les termes « décroissance » et « parapsychologie » ont à faire ensemble ? En 2018, Bertrand Méheust faisait paraitre un roman, « la Conversion de Guillaume Portail* » (Ed Libre et solidaire) mettant en scène la conversion autant retentissante que spectaculaire de l’homme le plus riche de la planète en altermondialiste et chantre de la décroissance. Si certains connurent une illumination sur le chemin de Damas, pour Portail elle se produisit sur le chemin de Davos !
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Notre homme, nouvellement convertit, se paye donc les médias les plus importants, acquiert des régions agricoles entières et mets ainsi sa fortune colossale au profit de sa vision politique.


Roman d’anticipation ? Satire ? Malgré le siècle qui les sépare : en quoi se rejoignent les visions de Portail et de Jaurès ?
Jean Jaurès (1859-1914) fut assassiné trois jours avant le déclenchement de la guerre de 14-18 par un nationaliste va-t-en-guerre français. Au cours de sa brillante carrière politique, résolument ancrée dans le socialisme, il n’aura eu de cesse de dénoncer la collusion nauséabonde que les milieux d’affaire entretenaient avec la presse... Il y a un siècle de cela !
Selon Bertrand Méheust, à l’instar des Jack London, Henri Bergson ou Jean Jaurès, le point central se nomme conscience, parapsychologie. Une force expérimentale, capable de remuer ciel et terre, qui fait se réunir le Un avec le Tout, et qui entre en butte avec la vision d’un monde « confortable », « matérialiste », bordé de certitudes et hérissé de dogmes scientistes.
Portail sera d’ailleurs, lui aussi, assassiné. Non pas par un nationaliste ultra mais par un zététicien… ! Autre époque, mais même mode opératoire.
Il parait que « l’histoire ne se répète jamais » ou que « l'on ne se baigne jamais deux fois dans l'eau d’une rivière », il n’empêche que les travers des hommes semblent se répéter en boucle, à l’infini...
Une conférence enregistrée à l’IMI, Institut Métapsychique International, animée par Florence Leray, rédactrice en chef de la Revue Métapsychique.
* l’homonymie, traduite, avec le dénommé « Bill Gates » n’est pas fortuite !
Extrait de la vidéo
Alors bonsoir à tous et merci d'être venus ce soir. Je vois nombreux puisque la salle est remplie. Vous êtes les bienvenus à l'Institut Métapsychique International et donc je me présente tout d'abord Florence Leray, je suis professeure de philosophie et également journaliste spécialiste des questions d'écologie politique et donc je suis très heureuse ce soir d'animer la conférence sciences psychiques et politiques.
Alors je m'intéresse aux sciences psychiques depuis mon enfance, je suis membre de l'IMI depuis six ans maintenant et je suis très honorée d'avoir rejoint récemment le comité directeur de l'Institut Métapsychique International. Pour la petite histoire j'ai rejoint l'IMI par le mouvement de la décroissance, mouvement dans lequel j'ai rencontré Bertrand Méheu ici présent, il y a plus de sept ans maintenant, près d'huit ans, lors d'une conférence mémorable à l'école polytechnique de Lausanne lors d'un colloque sur la décroissance.
Alors Bertrand Méheu je suis ravie de vous accueillir, vous êtes philosophe et sociologue et vous aurez l'occasion de parler de votre dernier livre, la conversion de Guillaume Portail, je vais peut-être montrer votre ouvrage à la caméra, voilà donc la conversion de Guillaume Portail qui est le premier roman de Bertrand Méheu qui est un essayiste connu mais il s'agit de son premier roman, Bertrand nous en parlera tout à l'heure.
Alors nous accueillons également ce soir Thomas Rabeyron, professeur de psychologie clinique à l'université de Lorraine qui discutera l'intervention de Bertrand Méheu mais qui s'exprimera également sur les implications scientifiques, politiques et sociales des sciences psychiques et j'animerai donc moi-même le débat. Alors le thème de la conférence de ce soir est sciences psychiques et politiques, je vais maintenant dire quelques mots introductifs à ce sujet, je ne suis pas moi-même spécialiste de l'histoire des sciences psychiques, Bertrand et Thomas développeront sans doute beaucoup plus en détail que moi les quelques points que je vais maintenant néanmoins évoquer devant vous.
Alors il semblerait tout d'abord que l'un des vieux arguments brandis contre la parapsychologie soit de dire que ceux qui s'intéressent à cette question sont soupçonnés d'acquaintances fascistes, il semblerait en réalité que cet argument délégitimant pour la parapsychologie soit assez récent puisqu'il daterait de la fin de la seconde guerre mondiale lorsque le marxisme et le communisme se référant au matérialisme s'efforcent d'occuper le terrain de la pensée.
Et historiquement il semblerait que tout au long du 19e siècle les discussions sur la parapsychologie proviennent plutôt massivement des forces se réclamant du progrès, la parapsychologie prend en effet sa source dans le magnétisme animal avec le marquis de Puys-Ségur, or les grands magnétiseurs se réclament de la raison comme vous le savez et veulent intégrer dans la pensée les nouvelles dimensions du psychisme que le magnétisme permet de découvrir.
Ils sont d'ailleurs souvent franc-maçons et à ce titre sont accusés sous la restauration de vouloir saper l'ordre établi. Donc il semblerait qu'historiquement l'intérêt pour la parapsychologie prenne sa source politiquement, en tout cas non pas dans le fascisme mais bien plutôt dans la gauche héritière des Lumières. Et c'est d'ailleurs dans cette mouvance qu'une partie des théoriciens du socialisme va émerger comme Jean Jaurès par exemple, puisqu'à la fin de sa thèse de philosophie dans une ouverture intitulée la réalité du sensible, imagine ce que deviendrait l'humanité si ces puissances latentes qui sont en nous étaient développées pour le progrès de l'humanité.
Alors certes plus tard lorsque les sciences psychiques se développeront en Angleterre, dans le milieu de la grande bourgeoisie notamment, la tonalité sera de fait politiquement beaucoup plus conservatrice. Il apparaît néanmoins que l'intérêt porté à la parapsychologie ne soit pas l'apanage d'une pensée réactionnaire puisque différents courants politiques peuvent se l'approprier. Nous pourrions même penser le contraire.
En effet si l'on considère que la parapsychologie amène à s'interroger sur la relation entre l'homme et le réel, en insistant notamment sur une pensée du lien, et si l'on considère que l'écologie est précisément une pensée du lien avec notamment le concept de symbiose ou encore celui d'écosystème, alors la parapsychologie semblerait plutôt avoir des acquaintances avec l'écologie. C'est sans doute l'un des thèmes que Bertrand ici présent a voulu mettre en lumière dans son dernier ouvrage, donc la conversion de Guillaume Portail.
Et avant de poser quelques questions plus ciblées à Bertrand sur son livre, je vais maintenant lui passer la parole. Bertrand c'est à toi. Merci Florence. On m'a étalé une partie de ce que je voulais dire donc ça va considérablement raccourcir mon propos, ça va me permettre de rester un peu plus sur jaurès que je le pensais.
Donc en fait la motivation de cette conférence est partie du fait que j'ai commis un roman qui traite entre autres choses de parapsychologie mais c'est en réalité, c'est plutôt la question de la décroissance, mais je lis ces deux sujets et j'imaginais naïvement que ce roman, je pouvais au moins compter sur les ennuis de la décroissance pour le lancer, et je me suis aperçu qu'il y avait beaucoup de réticences et je sais qu'une des raisons pour lesquelles je n'ai pas pu avoir de recension c'est que je parle de parapsychologie.
Donc je pensais les décroissants complètement sortis du marxisme dans lequel ils étaient un peu englués, enfin de l'ancien marxisme, mais je crois, je vois qu'il y a toujours les anciens, les anciennes réactions qui perdurent. Alors je me suis dit puisque c'est comme ça je vais enfoncer le clou pour une bonne fois et j'avais dans le passé noté l'intérêt de Jaurès pour ces questions, de Hugo, enfin de tous ces gens là, et je vais faire un travail sur Jaurès plus approfondi où je vais montrer comment son implication dans le socialisme se lie à son intérêt pour le paranormal.
Donc ce que je vais vous donner aujourd'hui c'est un peu une esquisse de ça, une esquisse de ça. Je vais vous parler essentiellement de trois auteurs très importants, Victor Hugo bien entendu, vous allez voir un passage absolument foudroyant de Victor Hugo. Vous savez qu'on a repris ici à l'immédiat comme devise la fameuse formule de Hugo, c'est quoi déjà Mario ? Si la science ne veut des secrets, l'ignorance le tend, les prendra.
Ou Cagliostro, où la place se récuse, Cagliostro parait, c'est Hugo. Bien, donc je vais parler de ces trois auteurs, je vais parler de Hugo, je vais parler de Durand de Gros qui est moins connu mais qui est très important et surtout de Jaurès. Alors il faut bien comprendre, alors très rapidement mais Florence a en partie évoqué ce que je voulais dire, les sciences psychiques, ce qu'on appelle les sciences psychiques dont vont sortir la parapsychologie et la métapsychique, c'est le terme qu'on donnait au 19e et jusque dans le début des années du 20e siècle à ce qu'on appelle