Hommage à Geneviève Béduneau

Philippe Marlin poursuit son exploration des archives de Geneviève Béduneau qui nous a quittés en 2018. C’est le troisième volume publié à partir des nombreuses études et écrits divers qu’elle a laissés.

Sous le pseudonyme d’Anne Vève, elle a écrit de nombreux textes de fiction et a collaboré notamment au fanzine Nemo.

Le lecteur découvrira dans ce livre une dizaine de fictions, davantage de textes brefs et inachevés ainsi qu’un ensemble de poésies.

Dans sa préface, Philippe Marlin remarque les axes de son travail que nous retrouvons dans les fictions comme dans la poésie : « Un arrière-plan théologique omniprésent. C’était sa spécialité (religion orthodoxe) – une passion pour l’astrologie qu’elle avait cultivée avec son ingénieur de compagnon, Pascal Pastor – une érudition ébouriffante sur la mythologie, les cycles et les légendes – un amour évident pour les littératures de l’imaginaire avec une plongée en vrille ces dernières années sur « les thrillers ésotériques » - une belle culture castelrennaise – une curiosité insatiable pour tout ce qui touche à l’ufologie.

Au fil des pages, des intuitions fortes jaillissent, ainsi dans Le temps des réfractaires, nous lisons :

« Les experts hausseraient les épaules, ceux qui s’hypnotisent sur les improvisations locales et négligent la trame profonde. Elle est là pourtant cette civilisation planétaire, cette tradition vivante et primitive. Babel l’a occultée sans la détruire (mais Babel c’était présomption de citadins). Elle a traversé les migrations, les guerres, les famines, les pestes. Elle s’est enrichie des réponses à chaque terroir, des dénudements et des verdoyances, elle a creusé les routes du sel et de l’huile. Ses différences ne l’ont pas déstructurée. Elle ne s’encastre pas entre les dates précises, aucune chronique ne la raconte. On ne peut répéter que l’écume de l’Histoire, le discontinu, l’événement. L’essentiel échappe à ces fausses rigueurs. »

Les thèmes traditionnels qui lui étaient chers surgissent régulièrement dans ces écrits comme dans ce poème consacré à Avalon dont voici un extrait :

« Marc’h ! Marc’h d’Avalon ! Licorne mâle

Blancheur parmi les halliers

Eclat de blancheur entraperçu sous les feuillages

Galop légendaire empreintes de sabots sur le sable mouillé

Signe entre les marées

Essentiel et furtif

J’écarterai la trame des jours et leurs mouvances

Je suis femme forêt je suis les branches sur tes flancs

Feuilles froissées par ta course

Je suis la verte cathédrale qu’un rai de lumière fait Graal

Je suis femme sorcière scintillement des coquillages

Ressac étalé sous tes errances matinales

L’eau qui pénètre et meut tes sables

Je suis l’enfant qui déchiffre tes langages

Je suis l’étoile – Cassiopée des métamorphoses

Je suis l’idiote sourde et muette portant la fleur d’éternité… »

Geneviève Béduneau tourne le dos à Babel, sans pour autant la déconsidérer. Souvent, elle introduit un rapport différent au langage, à l’étymologie et oscille entre précision du trait et langue des oiseaux afin d’approcher l’expérience profonde. L’érudition ne fait que souligner, elle ne s’impose pas et laisse la place tant à la fantaisie banale qu’au songe.

Source: La lettre du crocodile

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