Joséphin Peladan, un esthète parmi les Rose-Croix
L’académisme vous ennuie, en général, et le naturalisme, en particulier ? La vie et l’œuvre de Joséphin Péladan (1858-1918) devraient vous intéresser !.... Flashback : nous sommes en pleine « Troisième République », une période pleine de turbulences et où le germe de la modernité éclot sous différentes formes : industrialisation, commerce, colonies, découvertes scientifiques etc. Une époque marquée, aussi, par l’essor de l’occultisme et des premières avant-gardes artistiques.
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Une période faste donc, sur bien des plans, mais où le bras de l’Homme, armé et fortifié du Feu de Prométhée ne se révèlera pas vraiment à la hauteur de ces enjeux...
Kali Yuga et premières manifestations de cet « âge sombre » ?
En effet, cette époque représente, selon nous, un rendez-vous manqué : au lieu de profiter de ces avancées et de gagner en hauteur ; l’homme s’est engoncé dans la matière, à creuser toujours plus les entrailles de la Terre.... Un choix malheureux, annonciateur des phénomènes de possession collective que le XXème siècle connaitra et au cours duquel, hypnotiquement, le laid, le vulgaire et la division se substitueront au beau, au transcendant et à l’harmonieux.


« Si l’art est une religion, l’artiste est un prêtre »
Péladan : mage ou esthète ? Une chose est certaine : il détesta son temps. Nous sommes en 1892 : Péladan n'a que 34 ans et jouit déjà d'une belle notoriété grâce aux succès du Vice suprême (1884) et d'Istar (1888). Cette année-là, Péladan fait paraître « Comment on devient mage » et organise son premier « Salon Rose-Croix », dévolu aux peintres symbolistes. Alors « mage ou esthète ? », nous-demande Daniel Guéguen.


La beauté comme orthodoxie : une plongée dans la philosophie esthétique, et intellectuelle, des Rose-Croix.
L'excentricité tant littéraire que vestimentaire de Péladan, ses amitiés et fréquentations dans le monde de l’occultisme, ont créé une forte ambivalence entre la Magie et les Arts. Tant dans sa vie, que dans son oeuvre.
Souhaitez-vous vous immerger dans cette « belle époque », marquée par une formidable effervesence, tant intellectuelle, artistique que spirituelle et qui ferait pâlir d'envie nos contemporains ?
Où retrouve-t-on, de nos jours, cet idéal, cette fougue ?
Une conférence organisée par Politica Hermetica que nous remercions.
Extrait de la vidéo
Donc je vais donner des axes, des pistes, qui sont les miennes. On a le droit de ne pas être d'accord, on aura le droit de contester, on aura le droit de critiquer, mais je vous donne l'interprétation qui est la mienne. Je voudrais qu'on ait une séance assez interactive. De toute façon, il y aura des questions après, mais je voudrais commencer la présentation avec des questions.
La première illustration. Péladan revisité. Vous avez ici un portrait de Péladan dans sa 30e année à peu près, c'est le début des salons Rose-Croix. C'est donc une photographie qui est accrochée sur un papier avec une agrafe qu'on ne voit pas là et vous avez une signature de Péladan.
Alors je vous demande, c'est qui qui transmet cette photo de Péladan à un journal ? Il y a au moins une personne dans cette salle qui doit savoir. C'est le monsieur à moustache là, Patrick Lepetit, qui est un grand spécialiste de cette période. C'est qui qui transmet cette photo de Péladan à un journal ?
C'est Philippe Soupault. Et qui est Philippe Soupault ? Philippe Soupault, c'est un poète français important et c'est un cofondateur du mouvement surréaliste avec André Breton. Et on voit déjà, dès la première illustration, qu'il y a un mouvement surréaliste avec André Breton.
Oui, ce n'est pas seulement le mage ou le littérateur, c'est un homme d'influence, y compris post-mortem, puisque manifestement Philippe Soupault s'intéresse à Péladan et transmet son image à un organe de presse qui va lui consacrer un article. Alors oui, c'est vrai, j'ai écrit Jean Delville, La Contre-Histoire. Alors souvent, on me présente comme un collectionneur, ce qui n'est pas faux, mais plutôt qu'un collectionneur, je suis un collecteur.
Et donc, je suis quelqu'un qui fouille, qui cherche, qui trouve des documents, qui fait des recherches, qui fait des recherches, qui fait des recherches, qui fait des recherches, qui fait des recherches, qui fait des recherches, Et donc, je suis quelqu'un qui fouille, qui cherche, qui trouve des documents disparus, des petites revues, des catalogues d'exposition, toutes choses qui ont une importance dans la compréhension d'une œuvre, et c'est la raison pour laquelle mon livre s'appelle Jean Delville, La Contre-Histoire.
Et grâce à ce travail de collecte, au fond, j'ai pu démontrer que l'histoire officielle de Jean Delville était une histoire complètement fausse, puisque, pour diverses raisons, notamment familiales, on a toujours considéré que la relation entre l'œuvre de Delville et son appartenance initiatique était faible. Or, là, on vous montre à quel point Delville était un martiniste, un franc-maçon, un théosophe, quelqu'un d'engagé, et que donc, toute cette branche, tout ce fondement initiatique avait de l'importance dans l'œuvre pictorale de Delville.
Et puis ensuite, pour différentes raisons que j'explique dans le livre, et notamment liées à Krishnamurti, qui était présenté comme le nouveau Christ par les théosophes, et qui avait dit qu'il ne l'était pas, Jean Delville fait une sorte de burn-out, et part à mon âge, 68 ans, avec une jeune étudiante qui a 40 ans de moins, et il s'installe à Mons. Et évidemment, pour la famille, tout ce qui se passe à Mons n'a rigoureusement aucune importance dans l'œuvre.
Or, on voit, et mon livre a découvert toute une série de documents qui montrent que Mons était important, et à quel point il faut reconsidérer l'œuvre de Delville. Il y a de mon livre une version en anglais, que je vous montre pour la couverture. Comme vous pouvez voir, la couverture n'est pas la même que la couverture en français. C'est le fameux portrait de Mme Stuart Merrill.
C'est une des trois œuvres les plus connues de Delville. Vous verrez les deux autres dans ma présentation. C'est « L'école de Platon » qui est à Orsay, et « L'amour des âmes » qui est au musée d'Ixelles à Bruxelles. Mais celle-là, tout le monde connaît cette œuvre sans savoir qu'elle est de Delville.
Et donc, l'œuvre est signée. Delville est datée. Elle est datée de 1892. Or, grâce à mes recherches obstinées, j'ai à peu près tous les éléments de preuve pour démontrer que cette œuvre majeure de Delville n'a pas été peinte en 1892, mais en 1944.
Donc, 50 ans plus tard. Et une des bonnes nouvelles que je veux vous annoncer aujourd'hui, c'est qu'en ayant entrepris, je peux le dire, une campagne médiatique assez significative à Bruxelles, le musée royal des Beaux-Arts a décidé d'ouvrir une enquête sur la datation du portrait de Mme Stuart Merrill, dont à 99,99% de chance, on apprendra qu'il a été peint non pas en 1892, mais en 1944. Et donc, ça repositionnera complètement l'œuvre du Delville.
Ceci pour vous dire que sur cette époque fin de siècle, au fond, quelque part, on la connaît moins bien que les primitifs italiens ou que l'art égyptien. C'est une époque où il y a un manque d'informations absolument étonnant, y compris sur les salons Rose-Croix, sur Péladan. On a comme ça des clichés, des sortes d'histoires officielles. Et on se rendra compte tout au long de cette présentation qu'entre l'histoire officielle et la réalité, il y a des océans de différences.
C'est notamment dû à la personnalité de Péladan. Péladan, c'est un personnage, c'est un Dali avant la lettre. Il est trop, il fait trop. Et ici, c'est intéressant, vous avez ici une caricature qui est une caricature d'un caricaturiste important à cette époque qui s'appelle Henriot.
Henriot est sollicité par quelqu'un d'important puisque Henriot lui répond à la planchère maître. C'est sans doute un des grands auteurs de cette période fin de siècle. En réponse, il dit, vous m'avez demandé de vous dire qui était ce Péladan. Plutôt que de vous décrire Péladan, je vais vous le dessiner.
Et donc, Henriot dessine Péladan avec son haut de forme, son chapeau, ses velours, ses dentelles, ses bottes de feutre, ses couleurs. Il est trop, Péladan. Il est trop. Mais ce qui est intéressant, c'est que quand on lit la lettre, Henriot dit à son interlocuteur, vous m'avez demandé de vous prêter le premier catalogue des Salons Rose-Croix.
Je le fais volontiers, mais s'il vous plaît, rendez-le-moi. Ça fait partie des choses auxquelles on tient. Et donc, en 1892, Henriot, qui est un personnage connu, écrit à quelqu'un qui est également connu en disant, ne vous fiez pas à l'apparence de Péladan. Prenez en compte ce qu'il fait et notamment considérez les Salons Rose-Croix comme quelque chose d'important.
Une des raisons pour lesquelles on a de toute cette époque une mauvaise compréhension est parce que, de manière générale, les gens pensent qu'en 1892, les Salons Rose-Croix, on est déjà dans l'art moderne. Mais pas du tout. Oui, vous avez des avant-gardes et vous avez un public très limité d'avant-gardistes qui suivent ces nouveaux artistes. Mais quand on prend les grandes revues de l'époque, quand on prend le Figaro illustré ou la revue illustrée, même jusqu'en 1900, c'est quoi l'art qui figure dans ces revues ?
C'est ça. L'art populaire ou l'art tout court de l'époque,