Frère Élie, premier compagnon de François d’Assise

Elie de Cortone : une pierre angulaire méconnue de l’ordre franciscain ? Anne-Marie Baron nous propose de faire connaissance avec ce compagnon de route peu connu de Saint François d’Assise, et de nous interroger sur les raisons du silence qui entoure sa personne. Plus qu’un silence, un “ostracisme”, qui dure depuis plus de sept siècles !… L’auteur s’attache ici à démontrer à quel point Frère Elie (1180-1253) s’évertua à faire passer les frères franciscains, selon les termes du pape Grégoire IX, “du vagabondage à la sédentarité des couvents” et à établir la règle de l’ordre. Une alliance administrative et politique, qui hissera les franciscains au rang de vassaux de la papauté.

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Compagnon indéfectible, de la première heure, de François, les efforts incessants de cet homme hors du commun l’amèneront pourtant à être excommunié... A deux reprises....

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Entre le marteau et l’enclume, la mystique et la politique

Homme d’action et diplomate de génie, ouvert (tout comme son protecteur Frédéric II) sur les arts, les sciences et en particulier l’alchimie, Elie préparera la venue de François d’Assise en Orient, où les sultans d’Egypte et du Maroc le reconnaîtront - déjà - comme un Saint. En cette période de bouleversements politiques et religieux (sixième croisade), il parvint à obtenir, pour ses frères franciscains, le droit d’aller et venir, de s’installer même, sur ces terres musulmanes. Toute sa vie, il militera à rapprocher ceux que tout opposait.

Voués à l’extrême pauvreté, le nombre grandissant des suivants de François d’Assise ne pouvait toutefois accomplir correctement leur mission et il était temps de créer une stucture. Une organisation qui, selon les plus farouches opposants de Frère Elie (les Zelanti) trahissait l’idéal de l’ordre.

Qu’il fût vicaire de François, organisateur et second général de l’ordre, n’allait lui épargner ni les intrigues, ni la cabale menée par ses propres compagnons de l’ordre.

N’est-il pas temps de rétablir cet homme à sa juste place et l’extirper des oubliettes de l’Histoire? C’est ce que Salvatore Attal (dit “Soter”), cabaliste juif et chrétien, tertiaire de l’ordre franciscain (et grand-oncle d'Anne-Marie Baron) s’est attaché à réaliser par son travail minutieux et inédit.  Un flambeau repris aujourd’hui avec passion par Anne-Marie Baron, qui vient de traduire et préfacer son ouvrage paru aux éditions Salvator (Juin 2018).

Extrait de la vidéo

Alors, vous savez que depuis quelques années je traduis les oeuvres de mon grand-oncle italien Salvatore Attal, dit Sotter. Il est né en 1877 et il est mort en 1967 et je l'ai très bien connu. Ce personnage complexe et paradoxal, je vous l'ai déjà présenté quand je vous ai parlé du livre « Esotérisme biblique » son essai sur la Kabbale qu'il avait publié à Florence en 1908 et que j'ai traduit et dont j'ai donné l'édition critique en français chez l'Âge d'Homme en 2015.

Donc vous savez plus ou moins qu'il est né dans une famille juive de Livourne, qu'il a été l'élève d'Élie Benhamoseg, qu'il a été tenté par le premier fascisme, familier de trois papes, kabbalistes, juifs et chrétiens à la fois, puisqu'il s'est converti en 1947 et qu'il est devenu tertiaire franciscain. Donc c'était le frère cadet de ma grand-mère. Et il avait le sentiment d'une évolution positive des rapports entre judaïsme et christianisme.

Il a donc entrepris une œuvre historique et théologique ambitieuse par laquelle il comptait convaincre l'Église de prendre en compte l'importance de son héritage juif. Et vous voyez à quel point tout cela est d'actualité. Il a publié en 1918 à Turin une grande synthèse intitulée La Religione del Cristo. Ses monographies franciscaines, et en particulier son Saint-François d'Assise publié pendant la Première Guerre mondiale, l'une des premières biographies historiques du Saint, font autorité.

J'ai d'abord pensé à traduire ce beau texte, c'était tentant. Puis j'ai reculé devant la profusion des biographies de François d'Assise, parce que ça aurait été perdu complètement au milieu des autres. Puis, et dans ma vie le cinéma joue toujours un rôle capital, j'ai vu tout à fait par hasard le beau film franco-italien de Renaud Fely et Arnaud Louvet qui s'intitulait L'Ami, François d'Assise et ses frères.

Il est sorti en 2016, il y avait Jérémy Regnier dans le rôle d'Elie et Elio Germano dans celui de François. Et là j'ai réalisé que la seule biographie moderne et scientifique de frères Elie de Corton était celle qu'avait écrite mon grand-oncle en 1936. Et donc je me suis dit, bon c'est ça qu'il faut traduire, il faut traduire ce qui est rare et pas ce qui est tellement galvaudé finalement. J'ai donc décidé de traduire ce texte, car après François d'Assise, Elie, dit Elie de Corton, né à Assise en 1180 et mort à Corton en 1253 est probablement le personnage le plus important mais le plus méconnu de l'histoire des débuts de l'ordre franciscain.

Compagnon de François, il a été son vicaire de 1221 à 1227, sous son contrôle jusqu'en 1226, puis a été élu second général de l'ordre en 1232 et l'est resté jusqu'en 1239. C'est lui qui a organisé le mouvement franciscain, contribuant à créer avec François et le cardinal Hugolin, futur pape Grégoire IX, l'ordre dont il a été pendant une vingtaine d'années le guide bienveillant et le dirigeant énergique.

Alors là je voudrais me livrer à une petite réflexion, il y a diverses façons de concevoir l'histoire. La plupart des historiens ne travaillent que sur documents, et bien sûr ils ont raison, mais ils s'interdisent toute hypothèse, toute reconstruction. Mais cette rigueur indispensable n'empêche pas de penser, comme mon oncle Sauter, que, je le cite, « Le devoir de l'historien n'est pas simplement de faire la liste des documents et d'en examiner l'authenticité.

La pure vérité historique est un élément froid et inerte. Il faut qu'il soit éclairé, intégré, et pour ainsi dire rendu vivant, par ce qui se trouve aussi dans les documents, le rayonnement de l'âme, la lumière de l'esprit, qui révèle la personnalité, le fond invisible du personnage. Le véritable historien doit être aussi un artiste capable de ranimer et de rendre vivant le passé. » Alors c'est exactement l'impression que j'ai eue en lisant le livre d'Antoine sur Timane, parce que Dieu sait que c'est un livre documenté au maximum, mais en même temps le personnage est vivant.

On le voit vivre, on le voit évoluer, et j'ai eu vraiment cette impression. Et il me semble que mon oncle a réussi aussi cet exploit en nous restituant la figure de cet homme complexe et controversé qu'il entend réhabiliter, anticipant ainsi sur la tendance de la recherche la plus actuelle. Il remonte à la jeunesse studieuse et méditative du compagnon de François, alors même que celui-ci était encore un jeune homme dissipé, son amitié et son dévouement l'ont toujours accompagné, et leurs caractères si différents se sont admirablement complétés.

François admirait en Elie, selon Renan, les qualités qui lui faisaient défaut. Parce que François, lui, se consacrait à une vie pauvre et méditative, entouré de compagnons de route, vivant de la charité publique. Mais quand ses fidèles sont passés de douze à cinq ou dix mille, il s'est trouvé prié par le cardinal Hugolin, futur pape Grégoire IX, je le répète, de créer un ordre pour canaliser cette force errante.

Elie l'en a convaincu et il y a beaucoup aidé, et c'est ainsi qu'a été rédigée la fameuse règle qui organise la vie des frères. Sauter a compris et montré le caractère déterminant de l'action intellectuelle et organisatrice d'Elie. Sans ces qualités, l'ordre franciscain n'existerait probablement pas. Il souligne le rôle capital et trop peu connu, joué dès le début auprès du Saint par la forte personnalité d'Elie, conscient de la nécessité de créer un ordre alors que François, laïque, est tourné vers le peuple et voué à la prière et à l'imitation du Christ.

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