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La Kabbale, une brève introduction de Joseph Dan

Ce livre est indispensable pour tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la kabbale tant Joseph Dan clarifie nombre de points confus.

Joseph Dan fut le premier titulaire de la chaire Gershom Scholem et est professeur émérite de kabbale à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il est reconnu mondialement comme un grand spécialiste de la pensée juive. 

Cette « brève introduction », à la fois dense et pédagogique, prend d’emblée en compte la pluralité des sens du mot « kabbale », qui est un mot usité de manière ordinaire au quotidien par les personnes parlant l’hébreux, et la nécessité de toujours préciser le contexte historique dans lequel le mot est utilisé. Joseph Dan cherche ainsi à « présenter certaines des caractéristiques les plus importantes des différents phénomènes dits « kabbalistiques » à travers des périodes, des pays et contextes culturels divers. ».

Conscient d’une subjectivité inévitable mais qui peut se révéler hautement créatrice, Joseph Dan évite toute prétention à une quelconque vérité : « En ce qui concerne la pluralité de sens attachés au mot kabbale dans la culture contemporaine, seul un historien pourra dans l’avenir faire la distinction entre l’éphémère et le durable. ».

Pendant un millénaire, jusqu’au Moyen-Âge, indique Joseph Dan, « Kabbalah », dans le vocabulaire religieux hébraïque, évoque la vérité religieuse non-individuelle et non-expérientielle, qui a été reçue par la tradition. ». L’idée d’une tradition secrète apparut en Espagne, en Provence, puis en Italie au XIIIème siècle, ajoutant une dimension ésotérique à la tradition exotérique commune.

Joseph Dan note que les historiens des religions observent plusieurs kabbales, localisées dans l’espace et le temps, alors que les kabbalistes insistent sur une kabbale unique exprimée sous des formes diverses. Un principe traditionnel classique. Quand les historiens tendent à morceler, comparer, séparer, les kabbalistes veulent rassembler, reconnaître, unifier.

Il nous invite à ne pas associer comme nous le faisons souvent mysticisme et kabbale. Ce n’est qu’au XIXème siècle que l’on a commencé à évoquer un mysticisme juif ou musulman en référence au mysticisme chrétien :

« Si la recherche d’une vérité divine au-delà ses sens, de la logique et du langage est une tendance universelle chez les adeptes de toute organisation d’ordre spirituel (bien que leur nombre soit toujours plus faible), il apparait naturel que les représentants juifs de cette tendance se trouvent parmi les cercles ésotériques des kabbalistes. Cela ne signifie pas que tous les kabbalistes sont mystiques. Simplement, ceux qui ont de telles inclinations trouvent asile parmi les kabbalistes. Si de nombreux kabbalistes étaient avant tout des exégètes, des prêcheurs, des théologiens et des traditionnalistes, certains étaient toutefois mystiques, si l’on applique, par analogie, les critères du mysticisme chrétien au contexte culturel juif. »

Au fil des pages, nombre d’idées reçues sont interrogées et contextualisées, nombre de concepts sont clarifiés : les rapports entre kabbale et gnosticisme, l’introduction d’une puissance divine féminine et la notion de shekinah, les idées de gilgoul, du tikoun ou celle de tsimtsoum dans le lourianisme, celle, plus moderne, de golem…

Au cours de cette incursion passionnante dans la pensée juive et son influence considérable, depuis la Rhénanie, la péninsule ibérique jusqu’au New Age nord-américain, passant par l’école florentine de Marsile Ficin ou plus près de nous, la Franc-maçonnerie, en des développements ou des appropriations divers et parfois insoupçonnés, Joseph Dan se réfère aux textes fondamentaux de la tradition kabbalistique et à leurs apports respectifs, Ecritures Saintes, Talmud et midrach, Sefer Yetisra, Bahir, Zohar, notamment.

Le glossaire, l’index et la bibliographie seront très utiles au lecteur pour ses recherches.