Prométhée, voleur du feu de l’Olympe 2/6
Notre premier film portait sur la généalogie de Prométhée "le rusé", "celui qui réfléchit avant", et notamment sur ses relations avec sa fratrie. A présent Luc Bigé aborde la dimension symbolique et politique de son acte principiel : le vol de ce Feu et la trahison de son Père, Zeus/Jupiter. Une question fondamentale dont la prégnance, encore au XXIème, est indiscutable si l’admet que notre jeune siècle débute sous le sceau d’un regain de forces nouvelles, d’une quête effrénée de nouveaux modèles, auréolée d’une technicité à la rapidité foudroyante et qui immanquablement désintègre les vieux schémas.
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Bref toutes les composantes de ce Titan dont les manifestations n’ont pas encore sonné la fin de la partie...
Zeus/Jupiter le "patriarche social" s’est fait doubler par l’impétuosité de son jeune fils : Prométhée


Ouranos/Uranus-> Cronos/Saturne->Zeus/Jupiter-> Prométhée/Uranus : une succession subtile et cyclique
Car en effet : Uranus est Ouranos ! Une vision cyclique du temps, non linéaire, bref un bras d’honneur à la pensée d’Aristote…
"A deux reprises, le mythe de Prométhée s’est manifesté, nous dit Luc Bigé, et ce sur deux plans différents. Dans la mythologie tout d’abord : deux fois, le fils a détrôné le père. Cronos/Saturne castra son père Ouranos/Uranus (appelé la voute céleste) puis plus tard Zeus/Jupiter relégua son père Cronos/ Saturne au rang de simple mortel…. Par analogie, et dans un temps cette fois-ci datable par nous, humains, Prométhée s’illustra, aussi, à deux reprises. Au Vème siècle A.V.J.C., lors du siècle de Périclès, puis en 1789, lors du siècle des Lumières, ce qui engendra la révolution française…"
Et pour Luc Bigé de nous préciser, donc, logiquement : "à chaque fois, la descente dans la matière de l’archétype prométhéen s’accompagne d’un profond changement de paradigme qui s’accompagne le plus souvent de révolutions…".
D’ailleurs sur un plan géopolitique actuel:
en 2011, Prométhée/ Uranus est entré en Bélier….
Et il va y demeurer jusqu’en 2019. Prométhée est en effet associé à la planète Uranus : est-ce un hasard si Kant écrivit la Critique de la raison pure en 1781, concomitamment à la découverte d’Uranus ? Un ouvrage qui modifia profondément la pensée de son époque et quelques huit années plus tard le peuple français décapitait son roi…
Luc Bigé nous relate donc ici, à travers l’œuvre de Prométhée, toute l’ambivalence de son héritage :
trahir le monde des Dieux et/ou apporter le feu aux hommes ?
Une invitation à mieux comprendre notre civilisation occidentale, notamment l’influence de notre héritage grec qui favorise les révolutions brutales (et ce, contrairement à l’Orient qui privilégie l’évolution à la révolution) et ainsi prévoir les changements qui inéluctablement sont en cours.
Un exposé qui nous rappelle que les mythes sont des chemins de connaissance qui sous des apparences infantiles, cachent des trésors symboliques inestimables ; et que nos politiques feraient bien de mieux considérer puisque "gouverner, c’est prévoir" (Malraux).
Extrait de la vidéo
Je vous rappelle le personnage, Prométhée, c'est quelqu'un, c'est un fichu orgueilleux, parce que c'est une force titanesque qui est dans l'hubris, qui est dans la démesure. Non seulement il est dans la démesure, mais il est dans l'impatience, dans la précipitation, dans le fait de vouloir absolument faire que le futur soit précipitamment incarné dans le présent. Et il rêve secrètement, mais ça finit par se voir quand même, d'une certaine célébrité.
Il est souvent dans un premier temps plutôt du côté d'Uranus que de Gaïa, c'est-à-dire qu'il est plus proche de la passion pour les idées, et il laisse parfois, et parfois est sans doute un euphémisme, son corps en souffrance. Donc en d'autres termes, chez le Prométhéen, il y a une difficulté avec le corps qu'il somatise, et on verra que pendant longtemps il ne se rend pas compte, parce qu'en fait il va surcompenser les souffrances corporelles par un surcroît d'énergie, un surcroît de vitalité.
Donc son surcroît de vitalité va lui permettre de ne pas voir la souffrance de son corps. On redétaillera, ça c'est important. C'est quelqu'un qui n'est pas dans le monde des dieux. Autrement dit, il n'est pas dans les histoires humaines, les affaires de Zeus, qui sont dignes d'un théâtre de boulevard, si on n'en fait pas l'analyse symbolique, mais quand même.
Je vous rappelle que Zeus est le dieu de la foudre et de la météorologie. Donc Zeus est le maître de l'astral. L'eau et l'air, c'est évidemment les fonctions astrales, astrales mentales, mais astrales mentales inférieures si vous voulez. Et donc Zeus va régir tout ce petit monde.
Donc Cronos, Vénus, paradoxalement Vénus, et Uranus ne sont pas dans ce monde. En tout cas, le promethien se sent loin des affaires des dieux, c'est-à-dire des affaires émotionnelles, et sa quête, c'est une quête de l'idée pure. Je vous rappelle qu'au moment de la découverte d'Uranus, en 1781, c'était exactement l'année où Kant a publié sa critique de la raison pure, et Kant était verso du reste, donc on a bien eu l'incarnation à ce moment-là du mythe du prométhée, avec quelques prémices.
En fait, l'incarnation du mythe du prométhée dans l'Histoire, c'est le siècle des Lumières. Il s'est incarné deux fois dans l'Histoire, dans la Grèce antique, au 5e siècle avant notre ère, au siècle de Périclès, et puis, beaucoup plus tard, au 16e, 17e, 18e siècle. Et vous voyez ce qui s'est passé depuis le 17e, 18e, le monde des idées a complètement façonné notre réalité quotidienne. C'est exactement ça, prométhée.
Donc, on va revenir à l'asie de prométhée, on a vu sa naissance, on va aborder sa vie et son oeuvre, toujours sous l'angle symbolique, à la fois dans le sens, et à la fois comment le mythe se dégrade, et comment on va pouvoir remonter le processus. Alors, vous voyez, une chose que je ne vous ai pas dite mais qui est importante, c'est que lorsque, vous voyez ce schéma grec qui est intéressant, parce qu'il est très occidental au fond, le Suisse détrône le Père, l'histoire s'est répétée deux fois, puisque Saturne a détrôné Ouranos et Zeus a détrôné Saturne, a détrôné Cronos.
Cette tradition révolutionnaire du Suisse qui détrône le Père est un schéma occidental. Je veux dire, dans les traditions orientales et extrêmes orientales, il y a au contraire un respect des parents. Et même dans les mythologies, il y a le respect des ancêtres. Donc, on a cette particularité grecque, qui a bien sûr influencé tout le monde romain et donc l'Europe par la suite, qui est le fait qu'on est structuré sur un schéma mythologique de révolution, de coup d'État et de révolution, alors que l'Orient et l'Extrême-Orient sont plus dans des valeurs de continuité, en tout cas d'après leur mythologie.
La culture occidentale est une culture promettaine, puisque la révolution est en soi un acte prometté. C'est-à-dire, comment entrer dans une rupture de schéma par rapport à l'Ancien Monde. Donc nous, on évolue par révolution, eux, ils évoluent par évolution. Et ce qui fait aussi, évidemment, une caractéristique du monde moderne, c'est l'absence d'image père.
Puisque le père, à chaque fois, est détrôné. Nous sommes la seule culture qui se mondialise, c'est vrai, mais nous sommes la seule culture qui a fait que les enfants sont plus intelligents que les parents. Et là, c'est une caractéristique promettaine. C'est-à-dire, dans l'esprit promettien, le fils, celui qui voit, qui prévoit, est évidemment plus intelligent et plus adapté au monde que le parent, qui respecte la tradition.
Donc on est plus en allégeance à Ouranos qu'à Kronos, puisqu'encore une fois, l'acte fondateur de la tradition grecque, pourquoi la tradition grecque, elle imbibe notre culture ? Simplement parce qu'on est dans une démocratie et qu'on a repris la tradition scientifique des Grecs. Donc la libre-pensée, qui permet à la fois la démocratie et la science, et donc la liberté, que permet la libre-pensée, est fondatrice de l'Europe, des valeurs de l'Europe.
Et ça, ça ne peut se déployer, se transformer que par rupture de schémas successifs. En science, qu'est-ce qui fait l'évolution des données scientifiques ? C'est les ruptures de paradigmes, les changements de paradigmes. Dans les régimes politiques, c'est les révolutions, qu'on a canalisées aujourd'hui à travers le vote.
Mais ça permet une révolution soft, l'alliance de Saturne et d'Uranus, à chaque fois. Donc tout ça pour vous dire que les mythes structurent notre pensée sur le plan individuel mais aussi sur le plan collectif. La mise en œuvre de Promethée en Europe, c'est la démocratie, c'est la science, et c'est les ruptures de schémas, qu'elles soient violentes ou qu'elles soient canalisées dans des institutions.
Donc encore une fois, les mythes sont vivants, et d'une certaine manière, ils organisent à notre insu notre réalité individuelle et collective. Les aventures de Promethée, pour clarifier, s'organisent en plusieurs épisodes.