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Les sadhus, une société d’hommes libres

Les sadhus, ces « morts au monde », ces « clochards célestes », que l’on croise, au hasard de leurs errances, sur les routes de l’Inde, constituent un joyau de la spiritualité indienne. La société indienne prévoit que tout être humain peut s’affranchir des liens familiaux et sociétaux pour se consacrer en toute liberté à l’ascèse spirituelle.

Cependant, cette liberté s’accompagne de fonctions, spirituelle, magique et thérapeutique, qu’ils assument auprès de la population. Observer les sadhus, ou les sadhvis (au féminin), permet de dissoudre les représentations et les préjugés qui contractent la spiritualité en formes préconçues. Un saddhu ne rejette rien, il inclut tout en renonçant au monde.

La tradition des sadhus semble être un héritage de la civilisation dravidienne et le dieu Shiva, qui les accompagne le plus souvent - beaucoup de sadhus sont shivaïtes - est un Shiva archaïque, antérieur aux formalisations de l’hindouisme. Un nombre limité de sadhus s’engage dans l’errance par vocation spirituelle, beaucoup font ce choix de vie à la suite d’un événement traumatique, les femmes notamment qui, veuves, échappent ainsi à l’emprise étouffante de leur belle-famille.

Erik Sablé nous rappelle toutefois que ce renoncement à la société passe par une initiation et une entrée dans une communauté. Le guru lui donnera un nouveau nom à cette occasion. Certains sadhus optent, après leur initiation, pour une vie érémitique éloignée de toute communauté et consacrée aux silences. Beaucoup de sadhus renversent « le poison en nectar ».Sexualités, drogues peuvent être utilisées par ceux qui peuvent aussi s’en affranchir.

L’ouvrage distingue les sadhus shivaïtes (ceux inscrits dans les traditions antérieures à la réforme de Shankara et ceux qui s’inscrivent dans celle-ci) des sadhus vishnouites, davantage dévotionnels.

C’est un monde très coloré spirituellement et culturellement auquel nous introduit ce livre magnifiquement illustré des superbes photographies d’Alexandre Sattler.