Symboles de la Franc-maçonnerie: mots, noms et lettres
"Tout comme les signes servent à ouvrir des portes secrètes, des voies inconnues dans les canaux de l'ésotérisme vivant, les mots maçonniques sont des mots clefs qui, à leur tour, donnent accès à certains mystères" écrit Jean-Jacques Gabut. Dans le second volet de notre exploration au coeur des symboles maçonniques, l'auteur aborde ici la puissance des mots, des noms et des lettres, mise en relief dans toutes les sociétés traditionnelles.
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Il rappelle ainsi l'importance de la "voix juste" et de la prononciation créatrice, le sens caché des mots et des noms qui révèle la véritable personnalité de leur porteur, tel un langage spirituel en accord avec l'Esprit divin. Il poursuit sur l'importance du mot dans le rituel et la prononciation du serment, à la base de l'initiation maçonnique.
Extrait de la vidéo
Les mots, les noms et les lettres Aujourd'hui, nous allons parler des mots, des noms et des lettres dans la symbolique maçonnique, de la puissance du mot, magnifiquement résumé par la phrase de saint Jean au commencement, « Tout comme les signes servent à ouvrir des portes secrètes, des voies inconnues dans les canaux de l'ésotérisme vivant, les mots maçonniques sont des mots-clés qui, à leur tour, donnent accès à certains mystères.
» La puissance du mot ou du nom, c'est la même chose, a toujours été mise en relief par toutes les sociétés traditionnelles. Comme le dit mon ami Bérezniac dans « La cavale vivante », « Partout où la tradition constitue la référence suprême et indiscutée, il est dit que l'on peut, avec le mot, tuer ou guérir, créer ou détruire, agir directement sur la nature et les phénomènes naturels. » Précisant, dans les sociétés traditionnelles, le mot peut tout.
Un son articulé, selon des règles transmises par des anciens, possède un pouvoir divin. Car il faut effectivement, pour que le mot soit porteur de pouvoir, qu'il soit prononcé correctement, selon des règles précises. C'est la voix juste dont parlaient les anciens égyptiens, ce que nous rapporte, bien entendu, le livre des morts des anciens égyptiens. Déjà, le nom est un présage, comme l'affirmaient les latins.
Nomène, homène. Posséder le mot ou le nom, c'est posséder la chose, tout ce qu'il renferme, tout ce qu'il représente. Toutes les civilisations traditionnelles, là-dessus, sont d'accord. Pour la Kabbale, les séphirotes sont incinément révélés d'un langage sacré, le langage d'en haut.
Pour l'islam, le mot est l'essence même de la chose ou de l'être nommé. Et la lettre est le symbole du mystère de cet être, d'où le dhikr et l'importance de l'orientation. Dans l'hindouisme, le nom, le mot sacré, nama, n'est pas différent du son, shabda. C'est pourquoi la prononciation du mot est effectivement réellement créatrice de la chose.
Et l'ordre du monde dépend du nom, du mot correct. Nom et forme sont ainsi la substance de la manifestation. Dans la Bible, il est dit qu'Adam avait reçu de Dieu le pouvoir de nommer toutes les créatures. Dieu les amena à l'homme pour voir comment il les appellerait.
Le nom que l'homme donnerait à tout être vivant serait son nom. C'est pourquoi toujours et partout, la première opération de tout acte magique, au sens originel du terme, est de nommer. Au commencement était le verbe. Le verbe est né de ce qui est sorti de ma bouche, qui est le livre des morts égyptiens.
C'est le logos de Platon, celui de Saint Jean. Le verbe est créateur, le mot est créateur au degré où il parle. Et les mots de puissance du livre des morts vont aider l'égyptien antique à accomplir son voyage post-mortem. De la même façon que les mantras du livre des morts tibétains vont aider l'initié du bouddhisme pour le même périple dans l'au-delà.
Il semble bien que dans toutes les langues du monde, il existe toujours un sens caché des mots, une sorte de code secret que nous avons à découvrir. Déjà, les hiéroglyphes égyptiens étaient, selon les auteurs de la Bible de Pierre, à la fois des images codées, des images sculptées et des images théologiques. Dans la religion initiatique de l'Egypte antique, le nom affirme en effet la personnalité profonde.
Il en est même l'équivalent. « Je ferai ton nom » voulait dire « Je ferai ta personnalité nouvelle ». Il constitue une réalité concrète. « Qui dit non, dit essence, âme », explique Maspero cité par Miasis.
Le Dieu créa en faisant les noms. Il est dit ainsi dans le Livre des Morts que l'initié se rappelle son nom, c'est-à-dire qu'il se rappelle la propre nature de son âme qui est feu. « Salut toi qui est embrasé par la flamme ». C'est pourquoi le nom est aussi assimilable au feu du soleil de l'alchimiste.
C'est par la parole initiatrice, la vérité, que la doctrine sacrée est donnée, que le Logos, le Hieros Logos, le Verbe sacré opère. Dans les oracles caldéens comme dans les mystères d'Eleusis, dans l'initiation égyptienne comme dans l'enseignement sacré de Pythagore, c'est toujours le Hieros Logos, assimilé à Osiris par les Égyptiens, qui reste au cœur de l'initiation. Le mot sacré ou le mot de passe que l'on retrouve à chaque grade de la franc-maçonnerie n'est pas seulement ainsi un signe de reconnaissance.
Il est aussi destiné à modifier rapidement les vibrations de celui qui les prononce. Il établit une sorte de lien vibratoire entre les frères. De la même manière, les mots prononcés dans le serment de chaque degré engagent la totalité de l'être, et peut-être pas seulement en ce monde des choses temporaires et transitoires. Les mots sacrés sont liés aux deux éléments primordiaux, l'air et le feu, par le souffle et le sang.
Le souffle de l'invocation, de la promesse solennelle et de l'imprécation qui l'accompagne. Et le sang, symboliquement du moins, puisqu'il n'y a plus dans l'initiation moderne de sang versé ou échangé, liant le nouvel initié à ses frères en prenant à témoin le sacré, en s'identifiant au cosmique. Tout comme chaque initié est régi par le nombre qui lui est propre, et ce nombre n'est bien sûr jamais le même pour l'homme et la femme, ce qui justifie impérativement que l'initiation doit se vivre, pour être valable rigoureusement, de manière séparée.
Il possède également son propre son spirituel, énoncé par le mot ou le nom. Ce son personnel est une sorte d'accord, en harmonie avec les vibrations que l'on produit aux divers étages du monde spirituel. La loge représentant bien sûr, en idéal, le monde supérieur de l'esprit. Le frère Wilhurst, une messe d'initiations, avait très justement mis en exergue ce phénomène très peu connu, en insistant sur la signification profonde de cette locution juste de voix du livre des morts égyptiens.
Physiologiquement expliquée, il existe un rapport étroit entre les centres nerveux, vocaux et cardiaques, le guttural et le pectoral. La pureté ou l'impureté du cœur modifie la qualité et l'influence morale de la parole, ajoutant que la voix d'un véritable initié, la voix sûre, est toujours caractérisée par un charme intermusical, une influence pénétrante, une sincérité absente chez d'autres. Ce canicle de Sousnelle résume parfaitement cette phrase lapidaire dans la lettre « Chemin de vie » « La parole sculpte notre nom » Nom sacré bien sûr, formé lui-même de lettres sacrées.
On sait que chez les hébreux, chaque lettre correspond à un nombre. Or la lettre qui bâtit le mot est toujours un mystère. « Langage des hommes » dit encore Annie de Sousnelle, « est et restera pour nous une ligne quant à son origine » Affirmant que les lettres sont sans doute un don divin, comme si chaque petite lettre d'en bas était reliée invisiblement à la grande lettre d'en haut, conductrice du verbe « sommes toutes ».
Elle reconduirait à lui. Exprimant une pensée analogue, le scientifique Raymond Ruyer, l'inventeur de la gnose de Princeton, disait que le langage semble participer à un surunivers dont le trésor est pareil à une langue qui créerait elle-même non seulement les paroles et les types orthodoxes de phrases, mais les parlants.