L’invisible chez Rosny Aîné et Maurice Renard
J.-H. Rosny Aîné (1856-1940) et Maurice Renard (1875-1939) sont deux écrivains, deux amis, pionniers dans le merveilleux fantastique et scientifique, que l’histoire de la littérature a quelque peu oubliés. On doit pourtant à Rosny Aîné le roman « La Guerre du feu », adapté au cinéma en 1981, et qui a été un succès dans le monde entier.
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Etudiant la présence de l’Invisible dans la littérature, le canadien Nicolas Gauthier présente ici ces deux auteurs à travers deux de leurs romans qui mettent en fiction l'existence d'un monde invisible. Un monde paradoxalement impalpable, mais qui pourtant, va engendrer des effets tangibles sur « notre » monde. Ecrits à quelques mois d’intervalle, il s’agit du Péril bleu, écrit par Renard en 1911, et de La Force invisible, par Rosny aîné, en 1913.


Un invisible qui bouleverse individus et société, et qui démontre les limites de la science et de la nouvelle religion alors émergente : le scientisme.
A travers trois facettes littéraires que sont : l'énigme, la menace et le doute, Nicolas Gauthier met en lumière un engrenage, une « transgression fictionnelle » qui très vite se transforme en machine littéraire qu'on ne peut plus contrôler… Comme dans toute œuvre fantastique, à un moment, crucial, littérature et réalité se confondent.


Dans le prolongement du Horla de Guy de Maupassant : « une fois qu'on a vu l'invisible, on ne voit plus que lui… ».
Si la découverte de ces mondes invisibles révèle les limites de nos sens perceptifs, de notre propre compréhension de ces phénomènes, elle entraîne aussi un délitement tant collectif qu’individuel. Plus grave : elle met en évidence l’impossibilité pour l’Etat, et la Science, de nous protéger.
Si ces deux auteurs mettaient au siècle derniers les préoccupations majeures de leurs contemporains : aujourd'hui encore, celles-ci n'ont pas pris une ride…
Titre initial : Marionnettes visibles, marionnettistes invisibles : limites scientifiques et fragilité sociale chez Rosny aîné et Maurice Renard
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Exposé issu du colloque : Raconter et montrer l'Invisible à la croisée de la littérature, des arts de la scène et du cinéma (1850-1930), août 2024. Direction scientifique : Julie Anselmini, Yann Calvet et José Moure. Réalisé avec le soutien de :
• UFR "Humanités et Sciences Sociales" (HSS) | Université de Caen Normandie
• Laboratoire "Lettres, Arts du Spectacle, Langues Romanes" (LASLAR - UR 4256) | Université de Caen Normandie
• Institut "Arts Créations Théories Esthétique" (ACTE - UR 7539) | Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
• Caen la mer Normandie
Extrait de la vidéo
Rwy'n gobeithio y byddwn yn gweithio'n fawr iawn, ond rwy'n gobeithio y byddwn yn gweithio'n fawr iawn, ond rwy'n gobeithio y byddwn yn gweithio'n fawr iawn, ond rwy'n gobeithio y byddwn yn gweithio'n fawr iawn, ond rwy'n gobeithio y byddwn yn gweithio'n fawr iawn, ond rwy'n gobeithio y byddwn yn gweithio'n fawr iawn, ond rwy'n gobeithio y byddwn yn gweithio'n fawr iawn, ond rwy'n gobeithio y byddwn yn gweithio'n fawr iawn, ond rwy'n gobeith Nicola Gautier yw Proffesor Agregat yn y Departement ddysgol Ffranciaidd y Brifysgol Waterloo yng Nghymru.
Fe wnaeth e'i ddatblygu o'ch thesi, rwy'n credu, i ddweud y byd, i ddweud'r gwaith, yn y Prifysgol Limoge yn 2017, fe wnaeth e'i thesi'n ymwneud â'r hyn sy'n cael ei ddweud o'r mynyddoedd byrddol yn ystod y 19eg ganrif. Il a créé Le Ray de Chaussée, qui est un répertoire en ligne de romans feuilletons français publiés entre 1836 et 1881. Il oeuvre en tant que webmaster au site Littérature populaire et Culture médiatique.
Il a publié dans différentes revues, différents ouvrages collectifs, ce serait trop long de dénumérer toute sa production, Nicola. Je me concentrais de citer à des fins à la fois promotionnelles et autopromotionnelles son dernier article qui sortait sur Féval et qui est paru dans un ouvrage que j'ai co-dirigé avec Jean-Philippe Massol intitulé « Écriture, votre discours populaire au 19e et 20e siècle » et qui est paru il y a quelques mois aux éditions de l'Université de Grenoble.
Alors, ce matin, nous allons écouter, Nicola, nous parler de deux auteurs importants, même s'ils sont quelque peu méconnus ou pas toujours suffisamment inscrits dans les histoires de la littérature ou dans les programmes d'enseignement. Il s'agit de Jules Renard et de Rony Henné. Donc, le titre de la qualification, Nicola, c'est « Marionnette visible, marionnette invisible, limite scientifique et fragilité sociale » chez Rony Henné et Rodolphe Renard.
Merci beaucoup, Julie. Donc, si j'évoque le couple Georges Méral et Gérard Langre ou celui fourni par Robert Colin et Thiburse ou encore le trio composé par Gardner, Philippe Chambrun et Alfred, il est bien possible qu'on commence dans le brouillard, que vous ne connaissiez que quelques-uns de ces personnages ou aucun. Donc, je vais débuter autrement, peut-être de manière un peu paradoxale ou peu stratégique, avec un personnage connu mais dont nous ignorons le nom, je cite, « Puis voilà que tout à coup, je commençais à m'apercevoir dans une brume, au fond du miroir, dans une brume comme à travers une nappe d'eau.
Il me semblait que cette eau glissait de gauche à droite. C'était comme la fin d'une éclipse. Ce qui me cachait ne paraissait point posséder de contours nettement arrêtés, mais une sorte de transparence opaque, s'éclaircissant peu à peu. Je pus enfin me distinguer complètement.
Je l'avais vu. L'épouvantement n'est resté qui me fait encore frissonner. » Je ne ferais pas, comme Julie, vous faire un quiz impromptu, mais je pense que plusieurs personnes ont reconnu ici, effectivement, le narrateur anonyme du Horla. Et au-delà de sa créature, de sa célèbre créature invisible, la nouvelle place aussi des jalons pour mettre en fiction des mondes invisibles.
Et c'est justement ce qui réunit les sept personnages que j'ai nommés plus haut. En effet, au début de la décennie 1910, à quelques mois d'intervalle, Maurice Renard, avec le péril bleu, et René Henné avec la force mystérieuse, proposent de tels mondes invisibles. Et René Henné avait déjà touché ce sujet avec une nouvelle intitulée « Un autre monde » en 1895, et Renard y revient avec « L'homme truqué » en 1921, et aussi avec une trilogie de nouvelles publiées à partir de 1929, ce qui nous mène à jouer dangereusement avec les limites de notre période.
J'espère que le comité ne va pas me censurer, mais... Et donc, ces œuvres ont en commun de présenter, de façon plus ou moins détaillée, un monde invisible dont la découverte ne relève pas d'un changement de taille, donc ce n'est pas allé dans l'infiniment petit, et dont les créatures invisibles n'ont pas été créées par l'être humain. C'est un véritable monde distinct, voire parallèle, dont elles font découvrir l'existence, et aussi certains effets sur le monde visible.
Et donc, je m'intéressais à ce corpus pour y dégager la présence d'un faisceau de convergence. Si l'invisible peut tout aussi bien y être étudié en profondeur qu'évoqué très rapidement, on voit néanmoins émerger différents traits récurrents, voire même un paradigme commun dont je vais aborder successivement trois facettes, l'énigme, la menace et le doute. Et ceci va nous permettre de dépasser l'invisible comme thématique dans ce corpus, et constituer un procédé narratif structurant, et plus spécifiquement un procédé initiant un engrenage vertigineux.
Je veux dire par là, si je cite de Redcon dans un autre contexte, qu'il sert à créer un désarroi, une espèce d'angoisse ou de vertige. Et la proie de ce désarroi ou de ce vertige n'est pas nécessairement celle à laquelle on pense en premier lieu. Première partie donc, l'énigme, avec d'abord quelques mots au pas de charge, je vous préviens, à propos de mon corpus. C'est un souvel qui va être lacunaire et simplificateur pour s'en tenir à ce qui est absolument nécessaire à mon propos.
Je m'en excuse dès maintenant aux femmes de certaines œuvres, je vais aller vraiment au pas de course. Donc je commence du côté de René Hainé avec la nouvelle Un autre monde, qui paraît dans la revue de Paris en 1895. Le narrateur y possède des caractéristiques extraordinaires qui lui permettent de voir ce monde invisible, peuplé de créatures qui vivent autour des êtres visibles, dont les humains, et qui les traversent comme elles traversent différentes structures physiques, donc des objets, des édifices, etc.
Le narrateur précise avoir été nourri à la bière et à l'eau de vie. D'abord par une servante, elle mène un peu en cline à la boisson, une gorgée pour lui, une gorgée pour elle. À six ans, écrit-il, je me nourrissais presque uniquement d'alcool. Il est intéressant de voir qu'il souligne ce régime, qui n'est sans doute pas idéal pour n'importe quel enfant, je ne suis pas un expert, mais qui est aussi très particulier pour quelqu'un qui ensuite nous dit voir des choses que personne d'autre ne voit.
René Hainé revient à l'invisibilité en publiant le roman La force mystérieuse dans la revue Je sais tout, de février à mai 1913. Ce récit relate d'abord, dans une première partie, la disparition des couleurs et divers mouvements irrationnels au sein de la population. Et dans une deuxième partie, le développement du groupisme, c'est-à-dire que les êtres vivants, les êtres humains et différents animaux forment des groupes et qu'il devient alors presque impossible pour chaque individu de s'éloigner du groupe.
On s'éloigne au prix de souffrances intolérables, il faut revenir dans le groupe. Et aussi le développement d'attaques de carnivorisme, c'est-à-dire un désir, un besoin maladif, je souligne, de manger de la viande à n'importe quel prix. Le récit se concentre sur deux savants qui en viennent à conclure qu'un monde invisible a traversé le leur et a causé ces phénomènes qui sont les seules traces de la collision en raison de la composition particulière du monde invisible en question.
Si je me tourne du côté de Renard, celui-ci propose dans Le Péril bleu, en 1911, un récit rétrospectif d'événements futurs. Donc le narrateur dit assembler en 1913 des documents pour décrire ce qui s'est passé en 1912. Il s'agit de disparitions d'objets, d'animaux, d'individus. C'est un récit qui se présente comme une série de documents archivés et Simon Bréant souligne la posture documentaire qui le structure.
Les personnages découvrent petit à petit l'existence d'un monde invisible dans l'atmosphère où vivent des araignées, elles aussi invisibles,