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Le problème de la conscience est essentiel à la philosophie, à la théologie comme à la biologie. La question de la conscience est également l'unique question des voies d'éveil.

Avec Antonio R. Damasio, directeur du département de neurologie de l'Université d'Iowa et enseignant au Salk Institute, nous étudions un nouveau modèle du soi, exprimé en termes biologiques.
Les observations neurologiques et les expérimentations neuropsychologiques ont permis de mieux connaître le système esprit-conscience-comportement. Certains points de grande importance furent ainsi révélés, par exemple:
"[...] certains aspects des processus inhérents à la conscience peuvent être reliés au fonctionnement de régions et de systèmes cérébraux spécifiques; ouvrant ainsi la voie à la découverte de l'architecture neuronale sous-tendant la conscience.
[...] la conscience et l'éveil, ainsi que la conscience et l'attention de faible niveau peuvent être séparés. Ce fait s'appuie sur les données empiriques suivantes: des patients peuvent être éveillés et attentifs sans avoir de conscience normale.
[...] la conscience et l'émotion ne sont pas séparables.
[...] la conscience n'est pas monolithique, du moins pas chez les humains : elle peut être séparée en espèces simples et complexes, et les données neurologiques montrent la séparation dans toute sa transparence. L'espèce la plus simple, que j'appelle la conscience-noyau, dote l'organisme d'un sentiment de soi relativement à un moment, maintenant, et relativement à un lieu, ici. La portée de la conscience-noyau est le ici et maintenant. La conscience-noyau n'illumine pas le futur, et le seul passé qu'elle nous laisse vaguement entrevoir est celui qui s'est produit à l'instant juste avant. Il n'y a ni ailleurs, ni avant, ni après. A l'inverse, l'espèce complexe de conscience que j'appelle conscience-étendue , et dont il existe plusieurs niveaux et degrés, dote l'organisme d'un sentiment élaboré de soi - une identité et une personne, vous ou moi, rien de moins - et place cette personne en un point du temps historique individuel, avec une riche connaissance immédiate du passé qu'elle a vécu, comme du futur qu'elle a anticipé, et avec une connaissance aiguë du monde qu'elle côtoie."
L'auteur considère que "La conscience-noyau est la première étape vers la lumière de la connaissance et (qu') elle n'illumine pas la totalité d'un être. A l'inverse c'est un être parachevé que la conscience-étendue conduit finalement en pleine lumière. Dans la conscience-étendue, le passé et le futur anticipé sont sentis de concert avec l'ici et le maintenant, dans une vision panoramique dont la portée est aussi vaste que celle d'un roman épique."
A ces deux consciences, conscience-noyau et conscience-étendue, Antonio R. Damasio fait correspondre un Soi central et un Soi -autobiographique pour élaborer une théorie de la conscience qui ne se limite pas à faire appel aux autres fonctions cognitives : langage, mémoire, raison, attention,. Au contraire, Antonio R. Damasio plaide pour une théorie de la conscience qui "devrait rendre compte de l'espèce fondamentale, plus simple, de phénomène qui se produit aux abords de la représentation non consciente de l'organisme aux fins duquel tout cela est orchestré et qui peut sous-tendre les développements ultérieurs de l'identité et de la personne."
Ce livre est une queste de la conscience, une queste du Soi. Peu à peu, au fil de l'étude, la conscience devient presque palpable, visible. Le travail de Antonio R. Damasio est passionnant, c'est une révolution douce qui le conduit à démontrer que "la conscience prend naissance dans un sentiment, bien sûr tout à fait particulier mais qui n'en demeure pas moins un sentiment." En s'attaquant à la question de la conscience, c'est à la condition humaine toute entière que s'intéresse l'auteur:
"La conscience est donc à l'origine du drame de la condition humaine parce qu'elle repose sur un marché que nul d'entre nous n'a jamais conclu, et où il fallut échanger la possibilité d'une existence meilleure contre l'innocence où nous étions de cette existence. Le sentiment que nous avons de ce qui se passe est la réponse à une question que nous n'avons jamais posée et l'enjeu d'un marché faustien que nous n'aurions jamais pu passer. La nature l'a fait pour nous. Cela ne signifie pas pour autant qu'il s'agisse d'une tragédie. Nous disposons en effet, jusqu'à un certain point, de plusieurs manières, certes imparfaites d'orienter, individuellement et collectivement, notre créativité et, ce faisant, d'améliorer l'existence humaine plutôt que de l'empirer."
On le voit, cette queste de la conscience, est aussi une queste de la vie vraie, de la vie intelligente, de la vie créatrice.
Après son titre à succès L'Erreur de Descartes, chez le même éditeur, Antonio R. Damasio signe avec Le sentiment même de soi un travail de première importance. A ne pas manquer.

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net