Les énergies du mal en psychothérapie analytique jungienne

La question qui se pose ici est de savoir si les forces qui sont à l'oeuvre et qui conduisent au mal, tant sur le plan individuel qu'au niveau collectif, peuvent faire l'objet d'un travail conscient en psychothérapie. Si oui, comment intégrer ces forces, quelle place leur donner et globalement quelle serait la forme de ce travail ?

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La psychothérapie analytique: un travail alchimique ?

Ce travail correspond-il à ce que les traditions et les philosophies ont depuis toujours préconisé ? L'engagement dans la voie de l'individuation est une des réponses à la question du mal dans la mesure où toute analyse approfondie est une descente en enfer, une confrontation avec l'adversaire nécessaire (le diable), et une intégration singulière des énergies nucléaires qui travaillent l'homme.

Les concepts et les arcanes de la psychologie alchimique de Jung qui reposent sur le processus alchimique en tant que tel en sont la démonstration : le rôle indispensable et salutaire de la materia prima, la nécessité de la nigredo, la rencontre inévitable du soufre rouge sont ainsi décrits par les nombreux rêves de patients qui entreprennent une psychothérapie et qui sont abordés au cours de cet entretien.

Un échange réunissant Bertrand de la Vaissière et Erik Pigani, effectué à l’occasion de la sortie du dernier ouvrage de Bertrand de la Vaissiere : Les énergies du mal en psychothérapie analytique (2016, Ed. du Dauphin).

Extrait de la vidéo

Que l'on puisse tout simplement tourner le dos au mal et pour ainsi dire l'éviter, c'est une opinion qu'il faut ajouter à la longue liste des naïvetés qui ont fait leur temps. Ce n'est rien d'autre que de la politique de l'autruche et elle n'affecte pas le moindre du monde la réalité du mal. Le mal constitue le nécessaire opposé du bien sans lequel le bien n'existerait pas non plus. C'est ce que Jung écrivait dans « L'âme et le soi » qui sera donc le sujet d'aujourd'hui de cette émission dans laquelle nous invitons Bertrand Delavessière qui est analyste pratiquant la thérapie analytique junguienne, qui enseigne depuis plus de 15 ans et anime des groupes sur le travail des rêves, qui avait écrit il y a deux ans « Le travail des rêves en psychothérapie analytique junguienne » et qui vient de faire paraître, tout juste il y a quelques jours, « Les énergies du mal en psychothérapie analytique junguienne » aux éditions du Dauphin.

Bonjour Bertrand Delavessière. Bonjour. Je suis ravi de vous avoir pour cette discussion qui va durer à peu près une heure sur ce sujet terriblement d'actualité même si le mal existe depuis toujours sur cette planète et j'aimerais commencer par vous demander ce que vous entendez par le mal individuel et le mal collectif ou bien, pour reprendre la terminologie junguienne, l'ombre individuelle et la différence entre l'ombre individuelle et l'ombre collective, sachant que dans la première partie de cette émission nous allons parler surtout de l'ombre du mal d'un point de vue individuel et dans la deuxième du mal d'un point de vue plus collectif.

La question du mal individuel interroge notre responsabilité individuelle. La première chose, nous dit Jung, c'est que nous devons nous déterminer en faveur du bien. Sans ça, on sera balayé, on sera avalé par les forces du mal. Alors, qu'est-ce que le mal au niveau individuel et d'où provient-il ?

Moi, je n'ai rien inventé, je donne un certain nombre d'exemples d'illustrations cliniques dans mon livre avec les traitements correspondants quand ils sont possibles. Le mal individuel provient de la démesure, la grenouille qui peut se faire aussi grosse que le bœuf. Le mal individuel provient de l'unilatéralité, il vient de ce que nous sommes soit trop idéalistes, soit trop matérialistes. Le mal individuel, il vient du refus de l'autre et les réponses données par les traditions et notamment la tradition chrétienne restent totalement d'actualité.

Le mal individuel, il vient d'une identification excessive aux grandes images qui parcourent les civilisations, les cultures et les traditions et là, les exemples de l'actualité récente sont là pour le prouver. Le mal individuel vient bien souvent du fait que nous sommes possédés par ce que les Jung appellent des complexes archétypiques, autrement dit des grandes émotions, des grandes énergies, des grandes images et cela fait le fond de la psychopathologie, les phénomènes de possession sont quelque chose que nous voyons en permanence et qui nous menacent chacun de nous en permanence.

Bon, je dirais également que vraisemblablement le mal individuel vient de ce que nous ne sommes pas suffisamment en lien avec l'intériorité et que nous refusons la transcendance. Comment décréter que quelque chose est bien et mal ? Vous avez cité Jung, le bien et le mal sont deux opposés d'un jugement moral, l'un étant un cédre à l'autre et l'autre indéparable de l'autre, il n'empêche que le common sense s'accorde à reconnaître qu'il est préférable de ne pas tuer son prochain, qu'il est préférable de ne pas le manger, etc.

qu'il y a des choses qui, quelles que soient les latitudes, apparaissent comme mal. Après, évidemment, le mal individuel peut être moral, celui que l'on fait ou celui que l'on subit, il peut être physique, celui qui nous atteint inévitablement, et on peut reprendre les leçons de Plotin, les mots sont antérieurs à l'homme, et puis il y a une dernière catégorie de mal qui est celle qui est probablement la plus problématique et qu'on abordera, comme vous l'avez demandé, en deuxième partie, qui est le mal ontologique ou le mal absolu, le mal collectif, enfin bon, voilà.

Donc, il y a chez Jung un concept qui est extrêmement important, dont vous le trouverez largement dans votre livre, qui est le concept de l'ombre, qui, généralement, est traité de façon assez superficielle sur certains aspects, les aspects de refoulement d'interdit, etc., qui ressemblent un petit peu, finalement, aux aspects de refoulement freudien, dans la plupart des descriptions, il faut aller beaucoup plus loin, Jung le dit lui-même, c'est un concept assez vaste, finalement, assez complexe, et est-ce que vous pourriez le résumer selon votre vision, parce que je vais vous avouer que chaque auteur apparemment a sa propre vision, ou sont ses propres préférences de définition par rapport à l'ombre.

Bon, d'abord je commence par citer Jung, ce n'est pas pour me cacher, mais Jung nous dit, au début, l'ombre c'est tout l'inconscient, donc on voit que c'est extrêmement vaste, et qu'effectivement, l'ombre ne se confond pas avec le refoulé freudien, qui, évidemment, fait partie de l'ombre, qui, évidemment, est souvent une ombre importante. Si je devais dire ce qu'est l'ombre pour moi, je dirais que c'est la partie de ma personnalité dont je devrais être plus conscient, c'est tout ce qui m'échappe, et que je pourrais être amené à regretter ensuite, ou bien c'est tout ce que je n'ose pas et que je pourrais être.

Autrement dit, l'ombre a une double valance, elle est à la fois positive et négative, si on veut porter des jugements. L'ombre, c'est la paille que l'on voit dans l'œil du voisin et la poutre que l'on ne voit pas dans le sien, c'est-à-dire, c'est quelque chose qui devrait être conscient, c'est quelque chose qui devrait être beaucoup plus conscient, et qu'on voit plus facilement chez les autres qu'en nous-mêmes.

Lorsqu'on est exaspéré par quelqu'un, il y a de grandes chances pour que les traits de caractère qui suscitent l'émotion correspondent au moins en partie à des aspects de notre personnalité, à nos modes de relation, etc. On va dire que l'ombre correspond à cette phrase qui je crois est dans l'évangile, qu'on prête au Christ qui dit que la main droite ignore

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