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Dans ce livre, Daniel Odier met son esprit, sa connaissance, son expérience à la disposition de textes poétiques fondamentaux des voies directes du Tchan. Prenant acte des surimpositions que le temps et l’intellect humain appliquent, couche après couche, sur la liberté et la spontanéité des voies d’éveil, voie ou non-voie, Daniel Odier nous invite à traverser ses couches conceptuelles pour toucher la nature, l’art et la liberté de l’être.
Les poèmes d’Ikkyu, de Xuefeng Yicun, de Hsin Hsin Ming, de Niutou, Zhaozhou ou Yung Chia, sont autant d’intervalles au sein de la représentation par lesquels l’Esprit Libre, on Non-Esprit, est accessible. Accès au sans-accès. Cependant, le propos de Daniel Odier est éminemment technique et très pédagogique malgré les apparences. Accès directe et voie évolutive se mêlent dans la plus pure tradition du Tchan qui ne rejette jamais rien et fait de toute chose un objet de contemplation, une matière de l’œuvre pour « la liberté innée de l’esprit ».


Poème de Zhaozhou :

Celui qui danse et glisse sur la grande Voie
est face à la porte du nirvâna,
simplement assis avec un esprit illimité,
le printemps qui vient est toujours le printemps.

Le soleil se couche. La neuvième heure du jour.
A part les déserts sauvages, qu’y a-t-il à protéger ?
La grandeur d’un moine est de couler sans obligations particulières.
Un moine qui va de temple en temple possède l’éternité.
Les mots qui viennent d’avant la forme ne viennent pas de la bouche.


Extrait d’un poème de Hsin Hsin Ming, La confiance en l’esprit.

La Voie suprême n’est pas difficile
évite de prendre et de choisir
ni amour, ni haine
et elle apparaîtra, lumineuse.
Tu la manques d’un cheveu
et tu es aussi éloigné que le ciel et la terre.
Si tu veux la trouver
ne sois ni pour ni contre quoi que ce soit
car le conflit du oui et du non
est la maladie de l’esprit.
Sans reconnaître ce principe mystérieux,
La pratique de la quiétude est illusoire.

Extrait du chant du cœur-esprit de Niutou :

Lorsqu’il n’y a pas d’objet face à vous,
dans ce rien, la totalité des mondes !
Ne l’examinez pas à l’aide de la sagesse
car sa substance même est obscure et vide.
Les pensées surgissent et disparaissent,
Celle qui précède identique à celle qui suit.
Lorsque celle qui suit ne s’élève pas,
la pensée qui précède s’évanouit.
Présent, passé, futur, il n’y a rien.
Pas de cœur/esprit, pas de Bouddha.
Les êtres libérés, le cœur/esprit ouvert,
se manifestent à partir de cette liberté. »

Mais dans ce livre, Daniel Odier analyse également avec finesse comment les traditions, née de la liberté de l’esprit, se figent progressivement par des cristallisations successives :
« On pourrait aussi définir cette névrose comme le moment où la règle supplante l’essence ou comme le moment où les formes prennent plus d’importance que la substance. C’est le risque qu’encourt tout mouvement religieux et il est intéressant de noter que les mystiques de toutes les religions sont avant tout des iconoclastes, bien souvent détruits physiquement par le courant mortel que peut entraver son magnifique vagabondage. »

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