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Ce roman superbe de près de six cent pages, publié pour la première fois dans son intégralité, raconte la vie mouvementée de Kwan Saihung, maître taoïste et adepte des arts martiaux qui traversa l’occupation japonaise comme la révolution chinoise en chevauchant le dragon.

Ces chroniques du taoïsme sont aussi les chroniques d’une Chine qui vécut des bouleversements sans équivalents qui auraient pu éradiquer définitivement le taoïsme. Mais le Tao trouve toujours des vaisseaux, même éphémères, pour circuler dans les mondes. La vie de Kwan Saihung est riche de la pluralité du taoïsme, de la variété infinie des expressions du Tao. Au cœur de la démarche taoïste, il y a bien sûr la quête de l’immortalité.
Kwan Saihung est membre du courant nordique du Pivot céleste, Lungmen et Huashan, plus particulièrement de l’Ecole d’Occident qui refusa d’entrer dans le conflit entre les écoles du nord et du sud pour se consacrer à l’alchimie interne. La discipline ascétique et martiale qui caractérise cette école est particulièrement exigeante.
Au fil des pages, le lecteur rencontre des bribes d’enseignement qui, peu à peu, prennent place dans un ensemble cohérent à la fois sur le plan exotérique et sur le plan ésotérique. Ce sont tous les aspects de la vie de l’esprit qui sont abordés, à travers les gestes les plus courants de la vie quotidienne, la vie martiale, les arts, les rencontres, les rituels, les pratiques internes. Nous voyons toutes les difficultés pour le chercheur sincère et préparé à parcourir la voie, les doutes, les échecs, les certitudes, les succès, les doutes des certitudes, les échecs des succès. La subtilité du Tao se glisse subrepticement entre deux sentiments, deux gestes, deux pensées, comme un vif reflet de lumière.
« Le destin est un agent actif qui n’existe que pour te dissuader d’accomplir ta destinée. Il se bat contre toi, entrave ton progrès. Le destin fonctionne à travers l’illusion. Il est le responsable des mirages qui t’égarent. Il est la tentation. Il te piège, emplit ton esprit de notions grandioses et de pensées orgueilleuses. Le destin n’aimerait rien mieux que de te dissuader de suivre ton but et de t’en détourner. Chaque fois que tu penses à mal agir ou à jouer un tour, et que tu en es conscient, tu as instantanément trouvé le destin. Cède, et le destin gagne. Résiste, et il perd. Mais il sera là, attendant inlassablement de te distraire une fois de plus.
C’est ce que le « paradis et l’enfer sont ici même sur terre » signifie. Ne cherche pas à l’extérieur des êtres divins et des habitants de l’enfer. Regarde en toi-même. Poursuis ta destinée, et tu es plus proche du paradis. Cèdes au destin, et tu glisses vers l’enfer. Si tu accomplis parfaitement ta destinée, tu transcendes l’existence humaine. Si tu déchoies en suivant le destin, tu souffres dans un bourbier de confusion et d’ignorance.
Ne pense pas naïvement que les dieux et les démons vous administrent toi et le cosmos. Une fois encore, ce n’est là que superstition populaire. Les dieux existent, mais ils ne ressemblent pas aux représentations qui sont sur l’autel. En outre, ils ont peu d’intérêt pour l’humanité. Il n’y a rien que nous puissions faire de toute façon pour obtenir que les dieux nous rendent visite ; ils ne peuvent supporter notre humaine puanteur. Non, ne compte pas sur les dieux et ne crains pas les démons. Ils ont leurs propres problèmes, parce qu’il leur faut eux aussi lutter pour la destinée et contre le destin. (…)
Il n’y a pas de démon pour te punir si tu es mauvais. L’enfer n’existe pas après la mort à moins que tu ne croies en lui. L’esprit est suffisamment puissant pour créer exactement le lieu que tu conçois et emprisonner entièrement ton être dans cette dimension pendant une éternité. Le châtiment existe uniquement à l’intérieur du mécanisme des conséquences. La conséquence n’est pas un être. Elle n’a pas d’esprit. Ce n’est pas une chose, c’est une force. »
Une très grande qualité anime ce livre, qualité de forme et d’esprit.