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C’est un intéressant portrait que nous propose Bruno Favrit dans ce Qui suis-je consacré à l’une des figures les plus surprenantes de la philosophie et de la pensée. Bruno Favrit rappelle d’emblée que si Nietzsche est un éveilleur, il n’en est pas pour autant un maître et que sa pensée doit être étudiée pour être dépassée.

Critique de la modernité plutôt que système philosophique qui voudrait convaincre, l’œuvre de Nietzsche invite à rejeter les chaînes, toutes les chaînes, dans une vision à la fois tragique et intense de l’existence.
L’auteur présente les ouvrages de Nietzsche (1844-1900) chronologiquement, pointant l’axe d’une pensée qui, loin des philosophies académiques, se dépasse elle-même, se renouvèle en un chemin dionysiaque parfaitement assumé et affirmé. « Quête initiatique et initiatrice en direction de l’homme divinisé », l’œuvre de Nietzsche présuppose un renversement radical des valeurs, un esprit en liberté, prêt à aborder la voie magique des héros. Il en appelle à la naissance d’une nouvelle aristocratie, souvent mal perçue tant de ses adversaires que de ceux qui le louent sans le comprendre. Aujourd’hui encore, peut-être plus qu’hier, la pensée de Nietzsche n’est pas destinée à tous. Dangereuse pour les uns, elle n’est édifiante que pour ceux qui savent s’affranchir des préjugés et se prémunir contre toute forme d’identification.
Cette introduction à une œuvre dont l’influence, déjà grande, est sans doute davantage encore à venir, est très réussie. L’exercice était pourtant fort risqué mais Bruno Favrit a su éloigner tant les préjugés que les certitudes et ne pas tomber dans le piège des vérités.
« Nietzsche, nous dit-il, est le père d’un système anti-système. Et tout autour de ce système, il a fait de la sémantique, donnant parfois aux mots des significations multiples. Il en est ainsi, par exemple, pour « vertu », « morale », « instinct », « nihilisme ». Dès lors, il faut considérer la diversité des interprétations possibles. De la même façon que l’on assiste à des sautes d’humeur qui font tour à tour condamner et honorer Wagner, Goethe, les Grecs, les Romains…
Il n’empêche que l’intérêt de son œuvre est autant dans ces singularités que dans les fulgurances qui traversent ses livres, ces étonnements, ces affirmations gratuites aussi bien qu’habilement étayées, ces condamnations sans appel qu’il ne craint pas de contredire ultérieurement. Il ne fait ici qu’adopter un principe énoncé par lui, selon quoi, s’agissant des valeurs moralistes, rien ne doit être stabilisé. Ainsi, un « mal », comme l’avènement du Surhomme, peut être nécessaire.
Mais, bien plus que le côté anecdotique de la pensée, c’est cet appel généralisé à se grandir que je voudrais restituer dans ces pages, car il n’est rien qui se trouve davantage dans l’œuvre de celui qui ne s’est jamais prétendu philosophe : il était bien plus que cela. »
Bruno Favrit identifie également dans ce livre les mythes les plus importants de la pensée nietzschéenne, comme celui du Grand Midi. Pour Nietzsche, « Le Grand Midi est le moment où l’homme se trouve à mi-chemin entre la bête et le Surhomme et où il fête sa marche vers le soir comme sa plus haute espérance, parce que c’est aussi une marche vers un nouveau matin. »