L'anthroposophie, un chemin de connaissance entre art, science et religion

Après plus d’un siècle de rationalisme et de matérialisme (dans tous les sens du terme), dont nous commençons seulement à nous distancer : où et comment retrouver la dimension spirituelle de l’Homme ? Car si les exigences de l’âme sont, par définition, atemporelles, les moyens de les reconnaître et de les satisfaire doivent s’ancrer quant à eux dans l’ici et maintenant.

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C’est précisément ce qui caractérise l’anthroposophie, selon son fondateur Rudolf Steiner, pour qui cette voie est une possibilité offerte par la modernité. Si le mot "anthroposophie" visait d’abord à se démarquer de la Société Théosophique, dont Steiner fut proche, il centre aussi la sagesse sur l’homme plutôt que sur Dieu. Quoique l’idée soit sans doute moins neuve qu’on pourrait le penser de prime abord (ne dit-on pas déjà dans le talmud que "la Torah n’est pas dans les cieux" ?), l’approche quant à elle est résolument moderne, et se préoccupe des enjeux propres à notre époque.
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Trois pratiquants de cette voie spirituelle née au début du 20e siècle sont réunis ici pour en discuter : Bernard Lahitte (formateur dans le domaine sanitaire et social), Mia Boutemy (artiste et eurythmiste), et Michel Joseph (docteur en philosophie et rédacteur en chef de la revue anthroposophique Tournant, entre autres). A travers l’évocation de leurs parcours personnels respectifs, s’esquisse un portrait riche et cohérent de ce "chemin visant à relier l’esprit de l’Homme à l’esprit de l’Univers", aux applications aussi nombreuses qu’éminemment concrètes (Agriculture biodynamique, Ecoles Waldorf, Eurythmie etc).

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Bien sûr, cette dimension pratique, telle que présentée notamment dans Initiation (1912), véritable "manuel de l’homme pratique" selon Michel Joseph, est basée sur des considérations théoriques allant du plus simple au plus mystérieux. Ainsi, dans La Science de l’Occulte (1910), Mia Boutemy a vu se déployer un vaste panorama de l’Histoire de la Terre (moins celle que l’on date au carbone 14 certes, que celle qui fait sens et écho en nous…). Néanmoins, cette perspective ésotérique ne doit pas faire oublier que l’essentiel du chemin est dans le moment présent, et surtout, avec les autres. C’est bien ainsi qu’il faut entendre Steiner quand il dit "ce qui était autrefois ésotérique est devenu exotérique", ou encore sa règle d’or : "Quand tu veux faire un pas dans la connaissance, efforce-toi de faire trois pas vers l’amélioration morale de toi-même".
De fait, la dimension relationnelle est au cœur du vécu anthroposophique, tant au niveau interpersonnel que transpersonnel. "Le penser" qui est à la base de l’anthroposophie, amène inévitablement à cette exigence de conscience vive, de questionnement, de recherche, en vue d’assumer pleinement, en tant qu’individus, notre responsabilité collective.
Voulez-vous en savoir plus sur les quatre phases de la compréhension, et découvrir comment, à partir de la structure tripartite élaborée par Steiner (Penser/Rythme/Vouloir), il est possible de redéfinir la fameuse devise "Liberté, Egalité, Fraternité" ?
Eléments de réponse dans cette table ronde de 51 mn enregistrée au Forum 104.

 

Extrait de la vidéo

L'anthroposophie de Rudolf Steiner Bonjour, nous sommes réunis aujourd'hui pour parler de l'anthroposophie, donc de cette œuvre de Rudolf Steiner, qui donnera lieu ensuite à plusieurs autres transmissions. Et alors aujourd'hui j'ai avec moi Bernard Laït et Mia Butemi, qui travaillent l'un dans la formation et l'autre dans l'art. En fait c'est un peu réducteur parce que tout engagement est multiforme, c'est-à-dire on est à la fois formateur, pédagogue, artiste, philosophe.

Mon nom à moi est Michel Joseph. Alors je partirai d'une recherche de ce que signifie ce nom, ce mot anthroposophie, un peu barbare, bien qu'il soit grec. Donc anthropos, l'homme, et sophia, la sagesse. Et Rudolf Steiner avait créé ce mot pour distinguer son cheminement, sa recherche de ce qu'on appelait la théosophie, avec laquelle il ressentait un lien très fort en tant que théosophie européenne.

Cette première approche veut dire c'est la sagesse de l'homme, c'est-à-dire c'est l'homme qui doit créer une nouvelle sagesse, et ce n'est pas Dieu, donc pas Théos, qui donne la sagesse à l'homme. Et Steiner donc considère que les temps modernes ont apporté cette possibilité, qu'il soit l'homme qui crée lui-même sa propre sagesse. Une autre approche de ce terme, c'est celle d'un chemin qui veut relier l'esprit qui est en l'homme à l'esprit qui est dans l'univers.

C'est tout d'abord de cela que nous allons parler, et de voir comment chacun peut le vivre. Mia, tout d'abord ? Eh bien, quand tu parles de l'esprit qui est en l'homme, qu'on relie à l'esprit de l'univers, ça m'évoque l'image de la Sophia, de cet être féminin universel qui est là, tout autour du, on pourrait dire, dans le cosmos, qui emplit le cosmos de sa sagesse. Et nous avons vu, juste avant de commencer, une icône, et cette icône, je crois qu'on l'appelle la Vierge du Perpétuel Secours, et elle m'a donné vraiment cette image de la Sophia, qui nous accompagne peut-être aujourd'hui pendant ce moment d'échange.

C'est la notion de chemin qui m'interpelle le plus, finalement, dans la définition que tu as donnée de l'anthroposophie. Et j'étais en train de me dire en même temps, d'ailleurs, que c'est un chemin qui est très très ancien, puisque on dit depuis l'Antiquité, connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux. Et comment est-ce qu'aujourd'hui cette maxime peut être vécue d'une manière contemporaine, avec les exigences d'aujourd'hui, celles qui sont liées à une rigueur dans la pensée, celles qui sont liées à un individualisme assez commun, qui peut devenir d'ailleurs facilement antisocial.

C'est peut-être un des aspects que Steiner a développé, ceci, en particulier pour justement faire de l'anthroposophie un chemin tout à fait contemporain. Justement, pour ma part, ce que je retiens surtout de ce chemin, c'est qu'il y a quatre niveaux de compréhension de ce terme chemin. La spécificité réellement de Steiner, c'est qu'il part de la pensée. Il part de la pensée et non pas du sentiment, par exemple, du sentiment mystique ou autre.

L'expérience de la pensée. C'est là où c'est à la fois original et en même temps trompeur, parce qu'on pourrait avoir l'impression qu'il s'agit d'une philosophie comme tant d'autres, d'une théorie de la connaissance, alors qu'en fait, il s'agit d'une pratique de la connaissance. C'est-à-dire, la pensée, on ne la comprend vraiment que lorsqu'on l'expérimente soi-même. C'est donc pas la pensée en tant que telle qui est la chose la plus importante, mais le pensée, donc l'activité de pensée.

Et je dirais la première étape, c'est celle-là, faire l'expérience, par exemple, des concepts, donc des formes et des contenus des idées, et ensuite expérimenter le vivant qui est dans ces idées, donc deuxième étape, qu'est-ce qui me remplit intérieurement lorsque je fais l'expérience du concept. Et la troisième étape serait de s'unir aux forces qui vivent dans la pensée, dans l'idée, et à partir de là, quatrième étape, se tourner vers l'univers.

Ensuite, le chemin inverse de l'univers vers l'homme. Donc, c'est aller et retour de moi vers l'univers, à travers pensée théorique, puis pensée vivante, puis pensée vécue dans son mouvement et création finalement, lorsque je me tourne complètement vers l'univers. Et ensuite, que me dit cet univers sur moi-même. Donc, il y a une dialectique, si vous voulez, entre le moi et le tout.

Maintenant, la question serait que chacun de nous, chacun de nous trois, exprime comment, lui, il est arrivé à cette anthroposophie en tant que chemin, par exemple. En fait, c'est une très, très vieille histoire avant de devenir un intérêt profond pour l'anthroposophie. Je crois qu'il y a justement un intérêt pour tout ce qui touche au domaine de l'esprit. Comme tout un chacun, je me suis intéressé au courant qui offrait, en quelque sorte, des pistes de recherche avec des contenus de connaissances, avec des exercices divers et variés.

Et d'ailleurs, quand tu parlais de ce chemin philosophique que tu décrivais, ça me faisait penser au fait qu'aujourd'hui, il y a une nouvelle conception, qui n'est pas nouvelle, mais qui s'affiche globalement de la philosophie, non plus comme étant des contenus de connaissances dont tel ou tel auteur peut avoir approfondi en tant que système, plus ou moins, les différents objets qui sont ceux de la philosophie, mais la philosophie comme un art de vivre.

Il y a des personnes très contemporaines qui essaient de régénérer la philosophie en disant, mais avant tout, à la manière antique, c'était un art de vivre et d'ailleurs, elle était faite principalement d'exercices spirituels, osant utiliser le terme d'exercice spirituel dans un sens très différent de celui qui était utilisé communément dans le monde de la religion. Il me semble qu'il y a ce chemin, alors moi, c'est ce qui m'a, et qui continue à m'intéresser, c'est ce chemin.

C'est un chemin d'abord vers moi-même et on se rend compte que, comme on n'est vraiment pas seul sur Terre, que le chemin vers soi est aussi un chemin vers les autres. Alors évidemment, dans le chemin vers soi, vers l'intérieur, c'est peut-être pour ceux qui arrivent à cheminer, je dirais, loin et d'une manière vaste, aussi la rencontre avec l'esprit de l'univers, mais c'est aussi le chemin vers les autres.

On peut vraisemblablement aboutir aussi à la même réalité, mais c'est cette voie qui m'intéresse principalement et à un moment donné, on croise l'un ou l'autre auteur. Ce qui m'a beaucoup intéressé et continue à m'intéresser chez Rudolf Stener, c'est véritablement le caractère moderne, contemporain, c'est-à-dire comment aujourd'hui se posent les questions et comment aujourd'hui on tente de résoudre un certain nombre d'interrogations que l'on porte tous au fond de nous.

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