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Des quatre évangélistes, Luc, auteur du troisième Evangile et des Actes des Apôtres, est le seul de culture grecque et non juive, il s'adresse aux nouveaux chrétiens d'origine païenne. Le caractère thérapeutique et réconciliateur de cet Evangile est particulièrement édifiant dans cette édition commentée du texte intégral : " Peut-on guérir du mal de vivre ? Cette question se pose dans l'Evangile, de paroles en paraboles, de conversations en conversions.

Ces mots qui soignent les maux, ces gestes qui pansent les plaies portent la marque personnelle d'un " Sauveur ". Le prophète Jésus et le docteur Luc enseignent plutôt une hygiène de l'âme, une clinique des coeurs endurcis. " Evangile de la tolérance, Odon Vallet voit dans l'Evangile de Luc " un euphorisant qui promet les Béatitudes et une potion amère qui prêche la pénitence. A chacun de bien lire le mode d'emploi pour éviter les deux maladies liées au discours religieux : l'allergie aux sermons et le virus de l'intolérance. " La traduction d'Odon Vallet, effectuée d'après le Novum testamentum graece et latinae de Nestle-Aland, se revendique d'une " voie moyenne sans prétentions académiques ni a priori théologiques ". Du coup, elle nous paraît proche, presque familière, impression renforcée par les commentaires de l'auteur qui actualisent totalement le texte. Exemple :
" Entre un mendiant et un brigand, la différence n'est pas toujours évidente et de subtils liens unissent les quêteurs aux voleurs. Telle est, du moins, l'opinion de la Réforme et de la Révolution. La première, dès Luther et Calvin, a lutté contre les ordres mendiants qui feraient de la misère un modèle. Et la seconde, sous la Convention, a interdit la mendicité qui détourne du travail les citoyens. A l'autre extrémité de la planète, les mandarins confucéens méprisaient les moines boudhistes avec leur bol à aumônes tout comme saint Benoît refusait, pour ses moines, le panier à victuailles des ermites du désert.
A l'inverse, Jésus et Boudha ont défendu le style de vie du prêcheur qui distribue des richesses spirituelles en échange d'un soutien matériel, soulage les consciences et allège les fortunes. Mais celles-ci résistent à l'élan missionnaire et les religieux, trop nombreux à certaines époques, doivent vivre chichement : le voeu de pauvreté sanctifie la gêne et glorifie le manque au nom d'un idéal désargenté.
Les vagabonds de l'Eternel n'ont qu'un vêtement si l'on en croit saint Luc et les jours de crasse n'ont pas de fin si l'on en juge par l'hygiène de certains moines, dans l'Occident d'autrefois ou le Tibet d'aujourd'hui. Mais quand les moines tibétains se réfugient en Occident, ils renouvellent leur garde-robe et sentent bon l'after-shave. "
Avec pertinence et humour, Odon Vallet renvoie le lecteur à lui-même, l'invite à une pensée libre, non inféodée à une doctrine, qu'elle soit religieuse ou non, prélude à la fraternité, envisageable seulement chez des individus autonomes, croyants ou non-croyants.

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net/