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La question du projet rosicrucien de renaissance de l'homme comme de la société doit toujours être étudiée à partir du XVIIe siècle car c'est en cette période que s'exprime le mieux l'esprit du rosicrucianisme et ses liens avec la philosophie hermétiste.

Comme le remarque Robert Vanloo, l'utopie rose-croix s'inscrit dans un courant dans lequel nous retrouvons Platon, Thomas More, Campanella et d'autres qui ont proposé des modèles de société idéale. Mais le modèle de Johann Valentin Andreae proposé dans Christianopolis se démarque des modèles précédents par un refus de l'absolutisme. Nous avons une aristocratie, une théocratie, axiocratie serait le mot le plus juste puisque la réforme de la société naît de la réforme de l'individu dans son chemin vers l'Essence. Robert Vanloo note l'influence du courant hermétiste paracelsien dans le patronage d'Elias Artista sur la Rose-Croix, patronage qui signe la verticalité de l'utopie rosicrucienne.
C'est bien au XVIIe siècle qu'il faut rechercher l'esprit qui anime ce mouvement si particulier et si étranger au siècle dernier qui vit pourtant l'appellation rose-croix se propager, vulgairement le plus souvent, comme jamais. Le travail de Robert Vanloo montre à quel point l'idéal rose-croix fut exploité et dévoyé au fil des siècles, mais aussi comment de manière souvent informelle, des individus ou des groupes restreints, un temps, en manifestèrent l'essence, souvent de manière originale, avec plus ou moins de bonheur.
La rose-croix est sans doute une posture de l'Esprit contre toutes les impostures qui se manifeste de bien des manières, en soi et autour de soi, Esprit qui par nature demeure insaisissable. Aussi ce livre, un travail qu'il convient de saluer, s'il est avant tout úuvre d'historien, permettra aussi au lecteur de percevoir ce qui distingue la rose-croix de toute autre forme de spiritualité et en quoi sa philosophie comme sa métaphysique sont remarquables.