Le Lion de Némée : se regarder en face, sans tricher 1/12
On ne garde bien souvent des Douze Travaux d’Hercule que leur aspect spectaculaire et légendaire. Derrière un premier niveau de lecture, narratif et « dramatique », se cachent pourtant d’autres niveaux de compréhension, plus profonds : symbolique, psychologique et initiatique… Ainsi vous êtes-vous interrogée pourquoi « Némée » signifie-t-il « clairière » et pourquoi le combat se déroule-t-il dans une caverne ? N’y aurait-il pas une analogie à établir entre la caverne et la clairière, l’obscurité et la lumière, les méandres de notre psyché et le Soi véritable ? Et pourquoi Hercule y pénètre-t-il à mains nues, laissant à l’entrée toutes ses armes ?
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Luc Bigé nous propose ici de découvrir le sens caché du premier travail d’Hercule, le Lion de Némée : oser se regarder en face, quitte à s’étrangler de stupeur et terrasser ce monstre « produit des forces archaïques et primitives de notre psyché »…


Le lion : roi de la jungle, de nos représentations et archétype de notre égo.
Comment lire ce mythe ? Dans un premier temps, Luc Bigé nous propose de comprendre la nature de la proie qu’Hercule cherche à conquérir, ensuite il analysera le processus qu’il va mettre en œuvre pour y arriver…
Ce corps à corps singulier entre Hercule et ce lion « mangeur d’hommes », apparait comme un passage obligé pour le héros-initié : faire taire les fausses représentations et stratégies de séductions qui nous écartent de notre identité véritable. Et qui parfois nous dévorent…
Cette renaissance se fera dans l’intimité de la grotte et s’accompagnera d’une nouvelle peau. Ainsi, notre héros, armé d’une claire compréhension des pièges tendus par « une fausse invulnérabilité » atteindra sa clairière, son « Némée » : un espace de lumière et de clarté, dans la jungle de nos représentations, duquel fleurira son Soi véritable...
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* Liste des quinze exposés : trois introductions suivies des douze Travaux
Hercule et les douze pétales du cœur - intro 1
Hercule et la puissance de la Lune - intro 2
Hercule, la vérité qui guérit – intro 3
Le lion de Némée, se regarder en face, sans tricher - 1/12
L’Hydre de Lerne, sortir de l’émotionnel pour entrer dans la Lumière - 2/12
La capture du sanglier d’Erymanthe 3/12
La biche de Cérynie, quand Apollon et Artémis fraternisent- 4/12
Les oiseaux du lac Stymphale : quand l’archétype traverse le piaillement des représentations 5/12
Nettoyer les écuries d’Augias, un mythe contemporain 6/12
Hercule et le Taureau de Crète : sur la légitimité d’une possession et le ravissement de la beauté - 7 /12
Les Juments de Diomède, ou l’art de canaliser les puissances de la Vie - 8/12
La ceinture de la reine des Amazones, s’ouvrir à l’inconnaissable - 9/12
Les vaches de Géryon : Se laisser féconder par le monde des mystères : les vaches pourpres de Géryon - 10 /12
Cueillir les Pommes d’Or du Jardin des Hespérides : entrer en contact avec les étoiles - 11/12
La capture du Cerbère, naissance du Nouvel Homme - 12/12
Extrait de la vidéo
Je vous rappelle que heuristé veut dire celui qui repousse vigoureusement au loin les limites, donc 12 manières de repousser au loin vigoureusement nos limites. Et la première limite à repousser, ce sera la capture du lion de Némy, qui est toujours le premier travail. Tous les auteurs mettent ce travail en premier, donc pour des raisons que vous allez vite comprendre, on ne peut pas y échapper. Je vais vous raconter l'histoire.
Donc Hercule va voir Heuristé, et Heuristé il en profite, il lui dit écoute, il y a un lion gigantesque qui mange de la chair humaine, qui n'a rien à voir avec le lion de Citeron, le lion de Citeron c'est un lion normal, mais là c'est un lion carnivore, qui effraie tout le monde sur son passage, les paysans ils se terrent dans leur demeure. Il est tellement bizarre ce lion qu'il ne laisse aucune trace, on ne sait jamais où il est, on n'arrive pas à l'attraper.
Va donc le chercher et ramène-moi sa dépouille. Hercule dit oui, bien sûr, je vais y aller tout de suite mon cher Heuristé. Il se met en route et il se dirige d'abord vers le mont Trétos, et lorsqu'il a, c'est vers midi, nous dit le texte, là encore les détails sont importants, c'est vers midi qu'il arrive vers le mont Trétos et là il rencontre un berger qui s'appelle Molorcos, qui s'apprête à sacrifier à Zeus sauveur.
Hercule lui dit non non, arrête, ne sacrifie pas à Zeus sauveur, je vais capturer le lion, si je ne reviens pas, fais ce sacrifice dans 30 jours à Zeus, et si je reviens, sacrifie un bélier en mon honneur, à moi Héraclès. Il ne manque pas d'air. Donc Molorcos obéit, dit oui, ok, il n'y a pas de problème, je t'attends pendant 30 jours. Héraclès repart, et puis à force de chercher ici et là, il finit par, d'abord il voit des cabanes de paysans, les paysans sont terrés dans leur maison, il n'y a aucune trace du lion visible sur le sol, bien que la nature ne soit complètement rendue sauvage et ébriffée, parce que les paysans ne cultivent plus le sol, parce que le lion évidemment les empêche de sortir, et puis il demande, il est où le lion ?
Ah il est par là, ah non non, il est par là, ah non non, il est de l'autre côté le lion, bref, personne n'arrive à le renseigner. Et puis il finit par voir le lion, un peu plus loin sur la colline, en train de, il est souvent représenté en train de déglutir sa dernière victime, du sang humain, du sang des goulines de sa gueule. Hercule s'approche, doucement, il lance une volée de flèches sur l'animal, et vous vous souvenez, il rate jamais sa cible, l'animal il sent rien, il continue à déglutir sa dernière victime, la jambe de sa dernière victime qui pendouille encore.
Hercule s'approche à nouveau, il prend l'épée que lui a fournie Hermès, et paf, un grand coup sur le dos. L'épée se plie comme si c'était une vulgaire tige de fer blanc, et il comprend de moins en moins le pauvre Hercule. Il se rapproche à nouveau, et là, il sort sa massue, et il lui donne un grand coup derrière les oreilles. Les oreilles du lion lui teintent, nous dit le texte, il remue un peu sa crinière, il se demande ce qui se passe, et il décide de rentrer dans sa grotte.
Hercule n'a d'autre choix que de le suivre, et la grotte du lion elle est faite comme ça, c'est-à-dire, c'est la grotte, il y a une entrée ici, et une entrée ici, qui est en fait une sortie. Donc Hercule arrive derrière le lion, le lion rentre, Hercule le suit, le lion sort, Hercule le suit, et ben tiens, ben tiens, ben tiens, ben tiens. Ça va durer un moment, cette histoire. Il s'arrête, il réfléchit, et il se dit, il faut que je fasse quelque chose.
Et il va boucher l'entrée de la caverne avec des bradis enflammés, ou un filet, ça dépend, rentrer de l'autre côté, le lion est là, Hercule est là, et c'est sans armes, nous dit le texte, que Hercule rentre dans le repère du lion. Là il le regarde bien en face, il le serre au collet, la bataille est rude parce qu'il perd un auriculaire, et à force de l'étouffer, le lion finit par mourir. Hercule est épuisé par ce combat, il se laisse choir sur le sol et s'endort.
Et c'est probablement trente jours plus tard qu'il se réveille, parce qu'il se dit, oups, j'ai raté un truc, j'ai mon rendez-vous avec Molorcos. Il prend le lion mort qu'il tire derrière lui, au passage il se fait une couronne avec du persil qu'il met sur sa tête, et il se dépêche d'aller vers Molorcos. Là ils sacrifient ensemble un bélier à The Sauveur, et ensuite Hercule revient vers Mycène, vers le roi Veruriste.
Eurysthée, en voyant approcher ce grand héros tout en muscle, avec un lion qui traîne derrière lui et toute la poussière que cela soulève sur le sol, prend peur, il se réfugie dans une jarre qu'il a fait enterrer, et il demande à son héros A.U.T. et non pas O.S. Le héros c'est celui qui porte la parole du roi. Vous savez, Jean-Marc Ayrault qui portait la parole du président.
Il demande à son héros de donner ses ordres à Hercule, qui surtout laisse la dépouille du lion au pied des portes de la ville, et ne rentre pas dans la cité. Tout en se terrant dans sa jarre. Hercule connaît la réputation de Coardie, d'Eurysthée, donc ça ne l'inquiète pas trop, mais il y a un autre truc qui l'inquiète, c'est comment dépecer le lion, c'est-à-dire comment enlever sa peau et la récupérer pour s'en faire un vêtement.
Sur une inspiration divine, nous dit le texte, il prend une griffe du lion, parce qu'évidemment il a une peau invulnérable, même les armes n'ont pas pu l'entamer. L'épée, les flèches, etc. n'ont pas pu l'entamer.