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Kitâb al Ibrîz signifie " le Livre de l'or pur ". Il s'agit du recueil des enseignements et de la vie du grand mystique marocain Abd al-Azîz al-Dabbâgh qui vécut à Fès, renommée pour ses communautés soufies, à la fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème.

Ce texte, moins livre que transcription d'une oralité traditionnelle, d'une voix connaissante, est d'une grande profondeur et d'une portée considérable. Il répond ici aux questions de son disciple, Ibn Mubârak al-Lamtî, qui consigna les réponses du maître. Il traite directement, sans fard, de l'internité et de l'éternité du divin. Sa parole est particulièrement éclairant et porte l'essence de la tradition soufie et de la mystique musulmane. A propos de la relation maître-disciple, il précise :
"La partie de l'aspirant qui demande les secrets, c'est bien le corps physique, et ce qui donne le secret, c'est bien le corps physique du maître. Si le corps physique du disciple aime le corps physique du maître d'un amour limité au corps, il le gratifie de ses secrets et de ses connaissances. Et si l'être du disciple aime les secrets de l'être du maître, et que l'amour dévie vers ces secrets et ces connaissances, le corps physique le prive de ses souhaits, et ni l'esprit ni rien ne peut y faire quelque chose. Que le disciple s'efforce donc d'aimer l'être de son maître sans attendre aucun profit, et il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu, Le Haut, Le Suprême, et Dieu est plus savant."
Quand al-Lamtî lui demande alors si l'amour a des signes et des indices, il répond :
"Il a deux signes : le premier est que le disciple trouve sa paix dans l'être de son maître, ne pensant qu'à lui, ne s'affairant que pour lui, ne s'enthousiasmant que pour lui, n'étant heureux que par lui, ne s'attristant qu'à cause de lui jusqu'à ce que ses faits et gestes dans le secret et en public, dans le visible et l'invisible ne soient que dans l'intérêt de l'être du maître et pour ce qui lui convient, ne se souciant ni de son être propre ni de ses intérêts. Le second signe est le respect et la vénération du disciple à l'égard de son maître, de sorte que si son maître se trouvait dans un puits et lui-même dans un minaret, il verrait de ses yeux que c'est lui qui est dans le puits et son maître dans le minaret, en raison de la vénération qui domine son cúur et sa raison. Les gens croient que c'est le disciple qui est redevable au maître, alors qu'en vérité c'est le maître qui est redevable au disciple, car on a vu que l'amour du grand n'est pas profitable et que c'est l'amour du disciple qui attire. N'étaient la pureté de l'être du disciple, la clarté de sa raison, l'acceptation du bien par son âme, et son amour attractif, le maître ne pourrait rien. Si c'était l'amour du maître qui était profitable, tous ceux qui seraient devenus ses élèves arriveraient, et atteindraient ce qu'ont atteint les Hommes."
Un livre magnifique à méditer, qui s'inscrit par le corps dans les replis de l'âme enchantée.