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Le sujet est complexe et soulève encore des réactions émotionnelles si vives qu'il reste l'un des plus difficiles à traiter. André Combes, l'un des meilleurs historiens de la Franc-maçonnerie, directeur de l'Institut d'Etudes et de Recherches Maçonniques, a réalisé un livre courageux et essentiel pour la compréhension de l'Occupation comme pour la connaissance de la Franc-maçonnerie. Les enjeux et les combats maçonniques d'hier sont en effet largement constitutifs de la situation maçonnique d'aujourd'hui.

André Combes montre d'abord comment la Franc-maçonnerie va connaître à partir de 1917 un lent affaiblissement qui la conduira dans la tourmente de la seconde guerre mondiale. En Russie face aux bolcheviques, en Italie face aux fascistes, en Allemagne face au national-socialisme, les francs-maçons doivent rendre des comptes, se voient interdits et sont finalement victimes de persécutions. L'antimaçonnisme se développe, alimenté par les propagandes fascistes et l'hostilité d'une partie du monde catholique, et dans les années 1935-1939, les francs-maçons européens vivent des situations difficiles qui vont devenir dramatiques avec le déclenchement du conflit mondial. La Franc-maçonnerie est une cible immédiate de la Gestapo.
En France, l'antimaçonnisme devenu résiduel jusqu'aux années 30 va connaître un renouveau avec une nouvelle génération rassemblée autour de Jacques Ploncart et Henri Coston, et va préparer la politique antimaçonnique du gouvernement de Vichy. Vichy fait de la Franc-maçonnerie française le bouc-émissaire sur lequel rejeté les malheurs que connaît la France. Le 13 août 1940, soit un mois après la formation du gouvernement Pétain, une loi " maçonnicide " est votée, inspirée de la loi mise en vigueur par Salazar au Portugal. Le cadre est alors posé pour étonnante triangulation entre Vichy, la Gestapo et les Francs-maçons qui vont massivement soutenir la Résistance ou y entrer même si André Combes précise qu' "On ne saurait parler de Résistance maçonnique comme de Résistance communiste, car aucune obédience n'a appelé à la lutte contre Vichy ou les Allemands. ".
Rares sont les francs-maçons qui collaborent, il y en a cependant. Outre les formes de Résistance classique auxquelles vont participer des francs-maçons à titre individuel ou des loges ou partie de loges, l'une des premières formes de Résistance sera pour les francs-maçons de se réunir clandestinement malgré les risques encourus. André Combes, région par région, mais aussi dans les camps de la mort, illustre ce combat pour la liberté à travers des " vignettes ", autant de témoignages, parmi tous ceux qui ne viendront jamais jusqu'à nous, d'un combat sans merci.
Enfin, André Combes raconte la sortie du conflit et la restauration difficile d'une Franc-maçonnerie décimée.
Ce livre, úuvre de référence dans ce domaine historique, est aussi un hommage aux nombreux francs-maçons anonymes qui ont combattu les totalitarismes et l'arbitraire. André Combes rappelle qu' "Il est à craindre que l'activité de nombreux maçons dans la Résistance restera méconnue.
La plupart de ceux qui y ont oeuvré, note-t-il, étaient dispersés dans les différents mouvements et réseaux et leur action a été locale ou régionale. Certains réseaux ont été partiellement à ossature ou forte participation maçonnique, comme au sein de l'OCM, de Libération, de Franc-Tireur, de Combat et surtout du Coq enchaîné dans la région lyonnaise. L'action maçonnique se situe aussi bien dans le cadre des NAP, de la structuration des réseaux professionnels (plice, PTT, rail, etc.) que dans la formation des maquis. Des loges ont vu le jour dans des camps de prisonniers ou de concentration et c'est à partir de contacts noués à Buchenwald que le parti communiste français annulera, à la Libération, la XXIIe condition qui interdisait la double appartenance.
Le mouvement où les maçons sont le plus impliqués a été fondé par Albert Kirchmeyer et le colonel Eychène. Il s'est successivement appelé le Cercle, la Ligue puis Patriam Recuperare. Il a tendu, en liaison avec Londres, par l'intermédiaire de Manhès et avec l'appui de Jean Moulin, à rapprocher différentes organisations et à préparer le retour de la République. Il a été à l'origine du Comité d'Action maçonnique."
Enfin André Combes appelle à la vigilance. Si la Franc-maçonnerie s'est largement développée, si la Franc-maçonnerie française est à nouveau florissante par ses effectifs, "elle est à nouveau l'objet d'attaques sordides, avec parfois des sous-entendus antisémites, de la part d'extrémistes et de journalistes en mal de copie. Un devoir de vigilance s'impose à nouveau."