Histoire de la reine Chudala qui connut l'illumination
Si les notions de Samsara "l’écoulement perpétuel de la vie" ou d’Atma "l’être vivant intérieur : l’âme" vous semblent étrangères ou inaccessibles : cette vidéo est faite pour vous !
Grand traducteur de nombreux textes sanskrits (dont l’immense Bhagavad Gîtâ) Alain Porte nous narre ici l’histoire emblématique de la reine Chudala*.
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Emblématique car l’idylle de ce roi et de cette reine est semblable à celle de Shiva et de Shakti. Ce récit, empli de merveilleux, de transformations humaines mais surtout d’enseignements, c’est l’itinéraire qui va de l’insouciance à la paix de l’esprit, à la conscience après le dépassement des poids intellectuels et matériels.
Souhaitez-vous approcher, au moins conceptuellement, ce qu’Alain Porte nomme "la pure réalité, celle qui, une fois pénétrée, nul n’en n’est plus dépossédée…." ?
Réponse de notre auteur... Nous remercions le Centre Tapovan ainsi que M. Kiran Vyas pour leur accueil.
* Chudala est la fille de la reine Saurashtra, et de son époux, le roi Shikhidhvaja.
Il s’agit d’un texte sanskrit du 10ème siècle, le Maharamayana,
dans lequel le Sage Vasistha transmet des récits au jeune Rama.
Extrait de la vidéo
On revient ici tout de suite dans le thème familier de ces journées littéraires à travers une héroïne, à travers la reine Chudala, un texte sanscrit du dixième siècle, le Yoga Vashistha, tout est dans le texte en fait. Donc je ne vais pas vous le présenter, vous aurez le lourd devoir d'être les miroirs silencieux de la compréhension du texte et après tout c'est une bonne répartition des rôles, je pense.
Juste la situation qui est celle de ce texte considérable du dixième siècle de l'intexte sanscrit, grosso modo il s'agit des récits faits par le sage Vasishtha au jeune Rama qui a 16 ans et qui est à la fin d'une sorte de temps de scolarité a accompli un pèlerinage des lieux consacrés et il en est revenu complètement effondré, comme s'il avait vu un paysage de désolation, sa mélancolie est extrêmement profonde, énumérons ce qui le touche parce que cela donne des échos à d'autres approches disons spirituelles.
Il est donc marqué par l'immaturité de l'enfance, les illusions de la jeunesse, l'hypocrisie de la vie sociale, la vanité des richesses, les misères de la vieillesse et l'omniprésence de la mort. Vous voyez ce bilan assez impressionnant. Rama était en proie tout simplement à la maladie du samsara, la maladie de l'existence, le samsara étant ce vertigineux écoulement perpétuel de la vie terrestre. Parmi ces histoires emblématiques, il y a l'histoire de la reine Chudala et du roi Shikidvaja.
Voici. Jadis, dans le deuxième âge du monde, dans la cité des Malavas, située non loin des célèbres monts Vindhya, vivait le glorieux prince nommé Shikidvaja. Il ne manquait ni de courage, ni de générosité. Il possédait patience, tranquillité, maîtrise.
Il était valeureux, irréprochable et possédait des myriades de qualités. Il était le commanditaire de tous les sacrifices. Il triomphait de tous les archers. Il ne négligeait aucun de ses devoirs.
Il était charmant, affectueux, délicat. C'était un océan de tendresse. Il était beau. Il était pacifique, favorisé par le destin.
Il rayonnait, débordant d'amour pour le dharma. Il se faisait la voix de tous les traités de bonne conduite. Il était le dispendateur de tous les bienfaits. C'était un prince attaché à la vérité, adorateur, auditeur, attentif de toute la tradition védique.
Il possédait la connaissance sans en tirer d'orgueil. Les femmes lui étaient aussi indifférentes que des brins d'herbe. Quand son père gagna le ciel, il était encore un enfant d'une extrême vigueur. Il mit toute sa volonté pendant 16 ans à conquérir par lui-même le monde.
Il étendit à toute la planète la prospérité de son règne, protégeant ses sujets à la perfection, ignorant la peur. Il vivait en bonne intelligence avec ses ministres, illuminant le monde de sa gloire. Or, voici qu'un jour, au printemps, son cœur fut saisi du désir d'une épouse. Tant il était enivré par les douces émanations des parfums d'une multitude de fleurs, comme s'il s'était éveillé avec le printemps, son cœur ne pouvait se fixer sur rien d'autre.
Et voilà ce qu'il se disait, Chikit Vajra. Quand, d'une jeune femme amoureuse, au sein semblable à des boutons de lotus d'or, ferais-je une amante dans mes bras, son corps couleur de safran étendu sur un lit, quand pénètrerais-je une jeune fille frémissante entre les lianes de mes bras, comme un bourdon pénètre une abeille sur les massifs oscillants du lotus ? Tout le paysage de la littérature indienne et de l'imagination indienne vous est dispensé au fil du récit.
Quand, irrésistiblement attiré par des guirlandes de jasmin, une beauté de lune s'enflammera-t-elle de passion pour moi ? Donc, il était dans une situation extrêmement effervescente. Ses ministres, c'est leur rôle, enfin, prirent les devants, devinèrent son malaise et réussirent à lui présenter la fille du roi de Saurashtra. Il s'agissait, évidemment, de la jeune femme qui s'appelait Chudala et qui était uniennement d'une beauté insurpassable.
Ils s'épousent et c'est une idylle parfaite. Chaque geste de l'un provoquait la joie de l'autre. Ils s'aimaient comme la terre et le ciel réunis par la pluie bienfaisante. Tous deux devinrent mutuellement habiles à déchiffrer.
Tous deux, gagnés par l'amitié, ne firent plus qu'un. Leur cœur se mêlait si bien qu'ils ne formaient qu'un être unique, qu'un sentiment unique, qu'un amour unique, unis comme la fleur et son parfum. Ils étaient sur la terre semblables à Shiva et Shakti. Ainsi, pendant d'innombrables années, cette union aux désirs ardents ne fut de jour en jour qu'une succession de jeux adolescents que rien n'affaiblissait.
Mais voici qu'au bout de nombreuses années à la saveur répétitive, la jeunesse s'écoulant lentement comme l'eau d'une jarre brisée, la jeunesse si fragile qui s'éparpille en une multitude de vagues, la mort leur apparut aussi imprévisible que la chute d'un fruit mûr, la vieillesse aussi proche du déclin qu'une bourrasque de neige sur un lotus. La vie s'écoulant inlassablement comme de l'eau entre les doigts, seul le désir grandissait comme une liane à la saison des pluies.
Puis, en chœur, Shikhi Vajja et Chudala déclarèrent, c'est à l'unisson, la jeunesse s'enfuit comme le cours d'un torrent, et le bonheur s'enfuit comme les flèches décochées par un arc. Les malheurs fondent sur le chœur comme un vautour, s'abat sur sa proie, le corps ne dure qu'un instant, il est périssable comme des bulles sur les eaux à la saison des pluies. Y aurait-il, ici-bas, quelque chose de stable, de vrai, de splendide, qu'on puisse atteindre sans que jamais plus le chœur ne se consume dans les épreuves de la vie ?
Telles furent les réflexions à tous deux. Et longtemps ils songeaient au traité, en accord avec la réalité ultime, qu'il les guérirait de la maladie du samsara. Et quand ils eurent compris clairement que la peste qui porte le nom de samsara ne s'apaise que par une seule chose, la connaissance de l'atma, l'être vivant intérieur, l'âme,