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L'Atlantide, autopsie d'un mythe publié aux Éditions du Rocher est bien une étude très rigoureuse du mythe depuis le Timée et le Critias de Platon jusqu'à nos jours, soit plus de dix mille textes plus tard. Ce sont vingt-cinq siècles de légendes qui pourraient avoir leur origine dans la description d'une terre insulaire dans le mythe d'Osiris, enrichie par les éléments de nombreux mythes se rapportant au paradis et au déluge, éléments qui se trouvent présents dans de nombreuses traditions à la surface du globe.

"En tant que mythe, l'histoire de l'Atlantide de Platon est analogue aux mythes du Paradis perdu ou, comme nous l'avons dit, à celui de l'Âge d'or. L'essence grecque du mythe de l'Âge d'or accrédite d'ailleurs la facture mythique du récit de Platon concernant l'Atlantide. Sur le Paradis terrestre, rappelons-nous les propos de Daniel Huet, évêque d'Avranches et homme de grand savoir, qui affirmait en 1691 ce qu'on peut encore dire aujourd'hui, en fin de compte, de l'Atlantide, que nulle tentative pour situer l'Atlantide ne sut mieux la rendre célèbre que la foule des emplacements différents qu'on lui attribua.
A présent, personne ne s'interroge plus ni sur l'époque, supposée réelle ou non, de l'Âge d'or, ni sur l'endroit où se trouvait de façon certaine le Paradis terrestre. En revanche, véritables relais dans la course au mythe, de nouveaux auteurs placent là ou là leurs nouvelles Atlantides, dans une dépense toujours renouvelée de moyens documentaires mis au service de leurs démonstrations. A la différence des deux autres grands mythes similaires qui ont fait leur temps, celui de l'Atlantide semble être sorti de la cuisse de l'éternité et demeure jeune et attrayant. Il se renouvelle même avec chaque Atlantide placée ailleurs que là où l'avaient fait exister et disparaître les récits de Platon. En vérité, tout en demeurant l'inaltérable image première, le mythe ancien continue de générer des mythes en chaîne, de l'Atlantide de Platon aux diverses Atlantide des auteurs modernes. L'image du monde perdu ne cesse d'attirer auteurs et lecteurs."
La critique historique s'est surtout employée à démontrer l'absence de fondements du mythe, pour en faire une grande fiction. Pourtant, aujourd'hui une nouvelle approche, tout aussi rigoureuse, est possible, qui laisse la porte ouverte à de réelles découvertes. Pierre Carnac écarte avec raison la question des Atlantes :
"Ce n'est qu'après avoir fait de l'Atlantide-territoire un acquis événementiel de l'Histoire que l'on pourra enfin s'attaquer au problème des Atlantes avec plus de chance de succès que jusqu'à présent."
Le travail de Pierre Carnac contribue à éclairer le mythe de l'Atlantide et "ses implications culturelles à la lumière de la seule réalité scientifique et culturelle du monde perdu". Son plaidoyer pour l'Atlantide est aussi un appel à une recherche passionnante mais non passionnelle, dégagée des préjugés comme des fantasmes. Il cite ainsi Serge Dewit : "le "cartésianisme" est à l'esprit ce que l'arthrose est aux articulations."