Le Grand Œuvre poétique d'O.V. de Lubicz-Milosz

Nourri de Dante, de Goethe et de Swedenborg, féru d'illuminisme, d'alchimie, et de Kabbale, ses vrais héros sont Faust et Salomon. Cette constellation de noms suffit à placer Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz hors du Temps, surtout hors de « notre » temps. Milosz (1877-1939) fut poète, mystique et subséquemment métaphysicien. Né en Lituanie en 1877, arrivé à Paris à l’âge de 22 ans (1899), naturalisé à 54 ans (1931) il nous quittera à Fontainebleau en 1939, laissant derrière lui une œuvre protéiforme (romans, pièces de théâtre, poèmes) dont l’unité se nomme « pèlerinage aux sources ».

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Des sources mythologiques, bibliques ou expériencielles (visionnaires) qui questionnent la notion de prophétie – Milosz s’est vu comme un nouvel Adam - et la Nature des fondations du monde de la manifestation. Ce que les néoplatoniciens nommaient hypostases.

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Raymond Abellio (cf. la Structure Absolue) et René Guénon (cf. la Tradition Primordiale) en exergue.

Rémi Soulié donne ici une lecture alchimique de l’œuvre de Milosz. Un décryptage et une compréhension de cette tentative d'unir à la fois littérature et eschatologie, le très haut et l'ici bas.

Depuis son roman, L'Amoureuse Initiation (1910) à ses grands poèmes Symphonies, Adramandoni, Le Cantique de la Connaissance (1914-1918), Rémi Soulié se concentrera principalement sur les thèmes qui suivirent cette période, ceux de la maturité et de la « prophétie ». Ars magna (1924) et des Arcanes (1926), pensées où astronomie, physiologie et symbolisme du corps humain se trouveront réunis.

Une translation qui s’est opérée chez Milosz entre « philosophie traditionnelle » et tendant vers un acmé mêlant à la fois « révélation » et « initiation »....

Texte inspiré pour partie de Jean Bellemin-Noel, (c) Encyclopédie Universalis 

Extrait de la vidéo

L'oeuvre de Milos, ce n'est pas facile, parce que l'homme lui-même était très complexe, l'oeuvre l'est également, mais il m'a semblé peut-être précieux de placer cet exposé sous les auspices ou le parrainage d'un autre grand poète, que n'aurait pas renié, loin s'en fout, bien au contraire, Milos, qui est Saint-Paul-Roux. Saint-Paul-Roux a écrit « Étant l'homme qui sait par excellence, le poète devient un prompt patriarche ».

Je crois que c'est une phrase qui est extrêmement précieuse pour Milos lui-même, parce que Milos considère lui aussi que le poète est un homme qui sait par excellence, c'est-à-dire que le poète est aussi un homme du savoir, de la connaissance, de la gnose, et il devient un prompt patriarche. C'est aussi, outre que Saint-Paul-Roux lui-même avait la lueur d'un patriarche, ce n'est pas tout à fait le cas de Milos, mais Milos, lui, est en lien avec les patriarches, c'est tout le soubassement, disons, biblique, vétérotestamentaire et hébraïque de sa pensée du côté de la Kabbalah, puisque les patriarches, au sens strict, il y en a trois, c'est Abraham, Isaac et Jacob, on sera peut-être amené à retrouver Abraham autour de cet exposé.

Mais voilà, l'idée que le poète soit celui qui sait, et donc soit l'homme de la gnose, et qu'il est un lien avec, ou qu'il devienne rapidement un patriarche, me paraît une façon assez claire pour définir deux des pôles de la pensée, de l'expérience et de l'écriture de Milos. Alors je disais que Milos n'est pas facile à comprendre, n'est pas facile à lire, non que sa poésie soit absconce, pas du tout, sa métaphysique peut-être un peu plus, sa cosmologie également, on va essayer de les présenter d'une manière assez rapide, mais j'espère assez synthétique et assez dense.

Mais Milos n'est pas facile à comprendre pour deux raisons. D'abord, l'homme qu'il était, on peut utiliser la bipolarisation qu'Abelio avait, sur laquelle Abelio avait pensé, avait beaucoup réfléchi, sur la distinction entre l'homme de puissance et l'homme de connaissance, Abelio lui-même ayant été les deux, à une moindre intensité, Milos l'a également été. Homme de puissance, il l'a été dans son activité diplomatique au service de la Lituanie, c'est-à-dire qu'il était donc pour une part un homme d'action, et homme de connaissance, bien entendu, il l'a été de manière superlative, précisément parce qu'il a été le poète et celui qui sait.

Mais là encore, lorsqu'on essaie de s'approcher de cette pensée de la connaissance selon Milos, on sort d'un certain nombre de difficultés, parce qu'il a été à la fois un métaphysicien, un homme de la métaphysique, qu'il a été également un homme pour qui l'hermétisme et singulièrement la cosmologie ont beaucoup importé, donc il a à la fois cet ancrage de métaphysicien et de cosmologiste, et puis le tout subsumé, en quelque sorte, par la poésie elle-même, et par le poème, puisque Milos est d'abord et avant tout un poète.

Cet ensemble de distinctions me paraît assez précieux, parce que Guénon, qui plaçait en très haute estime la poésie, mais en un sens très précis, la poésie c'était le langage édénique, c'est la langue des dieux, c'est la langue du rythme, Guénon était très suspicieux à l'endroit de ce qu'il aurait pu appeler la poésie profane, c'est-à-dire la poésie moderne. Or Guénon a écrit très favorablement, en compte rendu sur Les Arcanes, qui est un des grands livres de Milos, en compte rendu donc très favorable, Les Arcanes étant un recueil de versets commentés par Milos, mais Milos le considérant comme un poème.

Et également, sur notre grand texte métaphysique, Ars Magna, qui regroupe un ensemble d'essais, était lui-même considéré par Milos, alors que ce sont des œuvres en prose, était considéré par Milos comme des poèmes. Donc Les Arcanes et Ars Magna sont des poèmes. Alors la difficulté c'est effectivement de se pencher sur cette œuvre, sur sa teneur en connaissances angnoses, d'un point de vue métaphysique et cosmologique, tout en gardant à l'idée que Milos, on pourrait dire de lui ce que Monterland disait de lui-même, au bout du compte je suis poète, je ne suis même que cela, tout en gardant à l'idée que Milos est d'abord, avant tout et partout et tout le temps, poète.

Y compris lorsqu'il réfléchit en métaphysicien, ou lorsqu'il réfléchit sur la vision du cosmos que peut avoir promue la tradition avec un T majuscule. À cela s'ajoute d'ailleurs qu'il se rattache à une tradition exotérique, la tradition exotérique chrétienne, dont le sous-bassement, reconnu comme tel par Milos, est évidemment un sous-bassement hébraïque, avec donc toute une ouverture vers la langue hébraïque, vers la Kabbalah, le Zohar, le Sefer Yetzirah, enfin tout ce qui constitue évidemment les grands textes de la Kabbalah.

Ce qui donne également à la pensée de Milos et à son expérience une orientation de type prophétique et messianique. C'est un versant de sa pensée et de son existence sur lequel je n'insisterai pas, je serai amené peut-être à y faire quelques allusions, l'essentiel de mon propos donc étant consacré à la métaphysique et à la cosmologie de Milos. Exotérisme chrétien mais également théosophie germanique, lecture de Jakob Böhm de Swedenborg, là aussi j'y viendrai de manière plus en détail, plus détaillée.

Et également, c'est aussi une singularité de Milos, qui contribue à complexifier l'approche que l'on peut avoir de son œuvre, il était assez attentif au développement des sciences, au sens moderne, au sens profane, c'est-à-dire de la physique moderne en particulier, jusque parfois à se diriger vers une forme de concordisme. Autant de points évidemment qui ne sont pas très répandus dans les milieux de la tradition, si l'on accepte précisément Abélio que je citais au début de cet exposé, dont il est à certains égards assez proche, en tout cas sur ces deux points précis, connaissance-puissance et intérêt pour les sciences profanes et les sciences dures, les sciences modernes.

Alors, il me paraît important pour commencer à approcher la pensée de Milos, de voir d'abord en quoi elle est fidèle, et elle se reconnaît fidèle à un certain nombre de postulats de la tradition, et donc en quoi lui-même s'est inscrit d'emblée dans cette filiation, indépendamment de toute considération d'abord plus personnelle ou toute incursion plus personnelle dans le regard que l'on peut porter sur le monde de la tradition.

Et à cette fin, deux titres, l'examen de deux titres importants de Milos me paraissent suffire. Le premier, c'est le Cantique de la connaissance. Le Cantique de la connaissance est un des grands poèmes de Milos. Ce seul titre donc est tout à fait éloquent.

La connaissance, on en parle depuis le début, la gnose, et le cantique, on en a parlé d'une certaine manière en évoquant le monde biblique, et le poème, c'est évidemment le chant, c'est évidemment le poème, c'est évidemment l'inscription dans une tradition exotérique, vétérotestamentaire et néotestamentaire par contre-coup. C'est cette idée que la connaissance se chante. C'est Milos poète. La connaissance ne se chante absolument pas pour René Guénon.

Pour Milos, elle se chante.

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