1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

Lawrence Joseph qui a préfacé l'édition parue en 1990 à La Différence de Peau d''Ame explique ainsi le titre de l'ouvrage : "Catherine Pozzi se figure cette comme une sorte de réseau invisible et impalpable, filet, côte de mailles, robe - finalement comme une - qui recouvre le corps de chair et rend possible la sensation qu'elle assimile à la conscience et à l'intelligence, en somme, à tout ce qui est de nature spirituelle dans l'homme."

Ce Je sens donc je suis constitue le fondement de sa queste. Face à ce qu'elle appelle le scandale de la conscience Catherine Pozzi choisit, ou s'oblige, de quitter les sentiers trop parcourus de la philosophie, pour se saisir d'un langage vierge de concepts déjà élaborés qui ne font que figer les processus. Ses intuitions, ses réflexions, ses expériences, ses études, elle commence à les rassembler dans un traité intitulé De Libertate qui deviendra bien plus tard Peau d'Ame. Mais ce premier titre indique déjà que Catherine Pozzi avait parfaitement saisi quelle était la nature de l'enjeu, la possibilité de s'affranchir de la déchéance annoncée par le faisceau de conditionnements que l'on appelle, finalement sans trop savoir, être humain. Sa démarche est traversée d'une obsession qui à la fois la libère et l'emprisonne, celle de faire disparaître la barrière entre matière et esprit immatériel, entre quantitatif et qualitatif, entre animé et inanimé. Pour cela elle se plonge avec passion dans les sciences positivistes, s'appuie sur la biologie et la génétique, mais c'est Novalis qui fait naître la vision poétique, dans laquelle toute science est à sa place, qui caractérise la pensée, la peau-pensée de Catherine Pozzi. Au fil des pages, le lecteur devine, les cicatrices et les caresses laissées par cette recherche si originale du "Corps de l'Ame".
Profondément subversive, libertaire, révolutionnaire, Peau d'Ame est une lente pénétration dans l'intimité de Catherine Pozzi. Une femme se livre, une âme se livre, elle nous donne "à avoir sa peau" au risque de devenir soi-même, écorché vif, mais libre de tout. La queste n'est pas sans risque. Bourgeois de l'esprit s'abstenir ! Il faut oser le contre-sens pour tenter cette immortalité inaccessible sans l'Attention et le Vouloir.
Cette queste du Grand Réel aboutit pour Catherine Pozzi à la figure du Christ. Mais n'y voyez pas le Christ des églises, nourri des excréments de la pensée humaine, il s'agit au contraire de l'onction finale, totale, absolue du Grand Réel sur cette infinie peau de la conscience.

Extraits de Peau d'Ame :

"Il y a en moi une Masse ensorcelée ; ce qui l'atteint flamboie et crie.
Je l'ai amassée en vivant ; on l'amasse depuis Adam. Sans elle le signe isolé n'est qu'une faiblesse qui ne vit pas ; il se perd s'il ne l'atteint pas ; il n'est, si elle ne l'arrête, qu'une note qui ne résonnera pas.
Il y a en moi une masse de signes transformée, une matière mêlée de pouvoir, une quantité qui a fait l'amour avec la vie, une mesure sans mémoire d'instants des univers finis."

"On appellera cette surface : l'âme ; il ne faut pas avoir peur des mots.
Elle a la masse la plus considérable qui soit (l'ingénieur comprend) pour corps, dont les constituants ne sont pas éléments de matière, ainsi que du corps visible, mais éléments d'énergie ; car son corps assimile l'énergie comme le corps visible assimile la matière, et, comme le corps, l'édifie en réseaux. Peau d'Ame.
- "LA PEAU"
- Qui a parlé ? Ce n'est pas Faust."

"J'ai deux corps, CHAIR-ET-SANG et PLAISIR-ET-PEINE : CHAIR-ET-SANG est un endormi, PLAISIR-ET-PEINE est comme un cri ; ils sont toujours inséparables.
CHAIR-ET-SANG est un carbure d'hydrogène à très grosses molécules. PLAISIR-ET-PEINE est si ténu que Lucrèce en fit un poème. Tout le monde parle à CHAIR-ET-SANG, je ne parle qu'à PLAISIR-ET-PEINE.
CHAIR-ET-SANG paraît persister, mais suit la seconde loi de thermodynamique et finit mal. PLAISIR-ET-PEINE paraît s'anéantir à la vitesse du cadran à secondes, et il a l'immortalité.
Je quitterai CHAIR-ET-SANG un jour, emmené par PLAISIR-ET-PEINE. Mais vers où, Vierge souveraine ?
Mais que faire, pour me préserver des hasards de l'éternité ?"

Alors, n'hésitez pas à vous laisser dérouter par Catherine Pozzi. N'hésitez-pas à vous laisser détrousser de vos concepts, laissez-vous aller à fleur de peau.