Le corps et l’âme de la femme : un creuset ou un bouclier ?

La question du féminin, de sa nature profonde, est une boule à facettes comportant de nombreuses entrées. Si, bien souvent, c’est par l’angle de la psychologie ou de la sociologie qu’on tente de le définir, Carole Labédan nous emmène ici dans une direction nouvelle : celle des mémoires transgénérationnelles qu’elle adosse à la philosophie taoïste. 

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A l’instar de la transmission des mitochondries, ces cellules œufs, qui passent par les ovocytes de toutes les mamans depuis les premiers temps de l’humanité, elle va s’interroger, au-delà de la biologie et de cette génétique : de quelles mémoires ce féminin est-il le messager et par quels contextes voit-on émerger des « souvenirs » dont nous n’avons pas été les témoins directs ? 

Carole Labédan BAGLIS TVMarie Poux Berthe BAGLIS TV

« C’est au Yang de descendre vers le Yin. Le Yin ne doit jamais monter »

A une époque aussi chahutée que la nôtre, où les schémas d’antan volent en éclat, Carole Labédan interrogera les grandes lignes de faille qui distinguent le masculin du féminin. Contrairement à un discours souvent répété, qui tend à considérer que masculin et féminin sont « complémentaires » Carole Labédan y voit deux natures foncièrement différentes.

Tandem alchimique ou combat immémoriel ?  Ce corps, si souvent malmené ou iconisé à l'excès : un creuset ou un bouclier ?

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Série de cinq entretiens :
1. Hérédité et destin, des racines à la fleur
2. Le corps et l’âme de la femme : un creuset ou un bouclier ?
3. Naître à son humanité 
4. C’est par les images que se transmet le sens d’un récit
5. Le Minotaure en soi

 

Extrait de la vidéo

Bonjour Carole, bonjour Marie, bienvenue aussi à toutes celles et ceux qui nous écoutent sur BaguizTV. On se retrouve aujourd'hui pour un deuxième entretien. La dernière fois qu'on a échangé, on a abordé le fait qu'en tant que thérapeute, pour toi il était essentiel de te nourrir de certaines sources de connaissances mais aussi de ton premier matériau, c'était ton propre parcours et ta propre vie et aussi que la notion de fragilité, réfléchir sur la notion de fragilité était essentielle.

Et on a terminé sur le fait que la notion de fragilité nous invite à penser le féminin et c'est cette notion-là qu'on va explorer aujourd'hui ensemble. Peut-être que pour commencer, est-ce que tu pourrais nous expliquer comment est-ce que tu requalifies cette notion de féminin qui est beaucoup abordée par de nombreux auteurs mais comment est-ce que toi tu la comprends et peut-être que tu la pratiques ?

Je pensais déjà en écoutant ta formulation que ça m'évoquait deux choses. La première phrase de l'autobiographie de Jung, ma vie est l'histoire d'un inconscient qui accomplit sa réalisation et il y a quelque chose déjà dans cet inconscient qui accomplit un chemin, quelque chose qui parle pour moi d'une émergence du féminin et je pense que Jung était beaucoup plus proche du féminin que Freud par exemple.

Et je pensais à une autre phrase qui commence je crois l'autobiographie de Nabokov et qui dit « le berceau se balance au-dessus d'un abîme ». On voit que ce sont deux entrées très différentes bien sûr, mais quand même cette notion d'abîme est intéressante aussi par rapport à la profondeur du Yin, par rapport à ce côté sans limite, ce côté toile obscure qui s'étend absolument jusqu'aux confins d'infini, en tout cas jusqu'à l'endroit où on doit reconnaître qu'on ne peut pas penser davantage, qu'on ne peut pas contrôler, mentaliser davantage.

Le féminin se définit finalement beaucoup comme l'endroit où le masculin s'arrête. Et de manière plus précise et plus personnelle aussi je dirais dans l'expérience, le féminin ce serait aussi ce qui se transmet par le maternel et qui parle de mémoire, qui parle d'inscription corporelle, d'inscription mnésique, psychique, là où justement Marie est vierge, la mère de Gégé, mais bien sûr aucune de nous ne l'est et puis le féminin ne l'est pas puisque notre corps est déjà porteur de mémoire, de traces, d'héritages, d'empreintes.

Et tout ce matériau peut devenir un abîme dans lequel on disparaît s'il n'y a pas de toile de fond. Il peut devenir cette espèce de réservoir psychique, mnésique, dont Jung en particulier a tiré beaucoup d'enseignements, à travers beaucoup des rêves en particulier. Et c'était très fort le rapport au mort, le rapport au défunt, c'est-à-dire que le féminin a une dimension matricielle immense, quelque chose qui est tellement vaste qu'on ne sait jamais jusqu'à quel point on va pouvoir épuiser sa capacité à dire quelque chose.

D'une certaine façon, le féminin est un réservoir de sens que le masculin doit interpréter. Ça te va comme ça ? C'est plus clair ? Oui, surtout que j'aime bien le fait que tu utilises le mot de réservoir parce qu'en t'écoutant, ça me faisait vraiment penser à un océan dans lequel on baigne, qu'on veuille ou non, et dans lequel il faut apprendre à naviguer ou il faut réapprendre peut-être à naviguer ou à se repérer.

Comment est-ce qu'on peut interroger, par exemple pour les personnes qui ne connaissent pas nécessairement toutes ces notions-là, comment est-ce qu'on peut s'intéresser à son féminin ? Par exemple au quotidien ou dans son parcours de vie, pour qu'on essaie d'avoir des accroches presque pragmatiques sur cette notion qui est finalement assez profonde et qui peut paraître difficile à saisir. Mais qui est en même temps très concrète, très immédiate, c'est-à-dire c'est ton corps, c'est comment ton corps a enregistré et continue jour après jour à enregistrer des informations mais aussi à les restituer, comme ton inconscient, ta possibilité aussi en particulier bien sûr à travers les rêves mais pas seulement, à travers les symptômes aussi, à travers la manière de se lier par la relation à ce qui nous entoure à une capacité de donner du sens.

Il y a une écriture d'une certaine manière qui se rend visible à travers le féminin mais que le féminin ne suffit pas à interpréter. Il faut une décision d'intervenir, une décision de se positionner, de lire, d'entendre, de comprendre, d'exhumer en quelque sorte ces choses qui effectivement sont comme intriquées sur un plan presque quantique mais qui doivent être vues, observées, expérimentées pour devenir signifiantes.

Sinon elles sont là comme une sorte de potentialité latente. Ça rejoint un petit peu ce qu'on avait vu quand on avait dans un autre cadre évoqué ce qui se passait avec cette image de Ève flottant sur le bas-relief de la cathédrale d'Autun. Cet état de flottaison, il est là, il est accessible quand tu dors et que ton esprit vagabonde, que ton âme est en voyage en quelque sorte mais si tu ne t'arrêtes pas pour te saisir de ton rêve, ça part.

Je trouve intéressant que tu dises que le féminin est là où le masculin s'arrête et à la fois que la signification émerge de ce féminin, il faut que le masculin l'interprète. C'est bien ce que tu dis. Il y a ceux qui s'engagent. C'est important je pense de toujours rappeler cette alliance ou cet équilibre et pas nécessairement une opposition ou une fracture entre les deux parce qu'on peut vite tomber dans cette approche un peu binaire alors que chacun a besoin l'un de l'autre.

Oui, tu as tout à fait raison de rappeler que ce n'est pas une sorte de donnant-donnant, bim à gauche et bam à droite et ça fait bim bam. Non pas du tout. Moi j'aime beaucoup cette adage du taoïsme qui dit le yang doit descendre, le yin ne doit jamais monter. Et ça dit bien, ce ne sont pas des mouvements d'opposition complémentaires, ce sont des natures qui sont différentes à l'origine et c'est intéressant que ça dise ça doit, ce n'est pas ça descend ou ça ne monte pas, ça ne doit pas monter et ça doit descendre.

C'est-à-dire que pour que le yang aboutisse son projet d'énergie masculine, il doit trouver en lui la mémoire du yin qui lui rappelle qu'il faut s'incliner, qu'il faut honorer le féminin, qu'il faut revenir vers la racine et vers la base et la transformer bien sûr avec tout son apport qualitatif et que le yin doit se souvenir que sa vocation n'est pas de devenir comme le yang et de prétendre monter vers la lumière et se rendre visible etc.

Mais de se retenir justement de la tentation de se confondre avec le masculin. Ça dit des choses très importantes du point de vue du féminisme, du rapport entre les hommes et les femmes. Il ne s'agit pas que les femmes soient comme les hommes, bien sûr chez les uns et les autres il y a du masculin et du féminin mais ne pas se tromper dans deux directions, ne pas se confondre avec l'autre, respecter la nature de chacun.

Le corps n'est pas l'âme, le corps a besoin de l'âme, l'âme a besoin du corps, ils ne sont pas équivalents, ils sont destinés à se lier pour que le parcours soit signifiant. Et c'est intéressant aussi de penser que l'un et l'autre doivent se respecter, être en relation sans jamais compromettre leur intégrité ou leur rôle. Oui, oui, être en accord avec leur nature. Aujourd'hui on a la sensation que ce féminin, cette part qui descend et qui doit demeurer dans cette nature plus profonde, plus obscure.

Moins directement visible. Moins directement visible, elle semble presque absente ou malmenée. Oui, très déniée. Pourquoi est-ce que c'est un problème que ce féminin ne soit pas valorisé ou reconnu ?

Justement il est porteur de traces, il est porteur de mémoire, il est porteur presque de demandes, de demandes qui viennent des défunts, qui viennent de la dimension de l'âme disons et des amérantes et des âmes insatisfaites qui disent occupez-vous de nous, regardez ce qui s'est passé, regardez les manquements éthiques, les manquements éthiques c'est vraiment le coup de tonnerre dans le ciel bleu de toute vie, c'est ce qui reste en porte-à-faux pendant des siècles, à travers les générations.

Et la tentation c'est de s'identifier à une vie matérialiste et visible dans laquelle

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