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Rupert Sheldrake fait parti de ces scientifiques qui composent le futur. Spécialiste de la biochimie et de la biologie cellulaires, ses travaux touchent aux rapports mêmes qu'entretien l'être humain avec le vivant.

Justement, Rupert Sheldrake remarque comment la conception mécaniste a conduit l'humain à considérer la nature comme une entité inerte et à s'éloigner ainsi de sa propre nature.

Le propos de Rupert Sheldrake permet, par une révolution épistémologique, une nouvelle approche scientifique intégrant le fait d'un cosmos capable de s'auto-déterminer, être vivant doué d'une force créatrice.

L'ouvrage, passionnant, profond et rigoureux tout à la fois, s'articule autour de trois parties que l'auteur présente ainsi :

"Je me propose d'explorer dans la première partie de cet ouvrage, les origines de cette division entre notre sentiment d'une nature vivante et la théorie d'une nature morte. La question ne présente pas qu'un simple intérêt historique : nous subissons tous l'influence des modes de pensée mécanistes qui modèlent notre existence, habituellement sans que nous en ayons conscience. Si nous voulons passer ces postulats au crible, il nous faut en examiner les origines culturelles et en suivre le développement. Nous devons nous rappeler que les lieux communs et les évidences d'aujourd'hui furent hier des théories controversées, enracinées dans des types spécifiques de religions et de philosophies et auxquelles ne croyaient qu'un petit groupe d'intellectuels européens. Grâce aux succès de la technologie, la théorie mécaniste de la nature triomphe à présent dans le monde entier. Elle est devenue la doctrine orthodoxe et officielle du progrès économique. Une sorte de religion, pour tout dire, qui nous a conduits à la crise actuelle.

Dans la deuxième partie du livre, je montrerai comment la science elle-même s'est mise à transcender la vision mécaniste de l'univers. L'idée que toute chose est prédéterminée et en principe prévisible a en effet ouvert la voie à des concepts d'indéterminisme, de spontanéité, de chaos. Une fois encore, les forces invisibles qui organisent la nature animée se dessinent sous la forme de champs. Les atomes solides et inertes de la physique newtonienne se sont dissous dans les schémas d'activité vibratoire. La machinerie non créative de l'univers s'est transformée en un cosmos créatif, susceptible d'évoluer. On en arrive même à penser qu'il es possible que les lois de la nature ne soient pas fixées pour l'éternité ; elles seraient susceptibles d'évoluer de concert avec la nature.

Aussi simple que puisse paraître la notion d'une nature vivante, celle-ci n'en a pas moins des implications profondes, que nous envisageons dans la dernière partie de ce livre. Elle bouleverse des modes de pensée profondément établis ; elle ouvre la voie à une science d'un type nouveau, à une compréhension neuve de la religion, à de nouvelles relations entre l'humanité et le reste du monde animé. Elle est en harmonie avec la vision de la Terre comme un organisme vivant et le caractère plus écologique de nos attitudes politiques et économiques. Nous avons un besoin pressant de découvrir les moyens pratiques de reconquérir la conscience de nos liens avec la nature vivante. Cette reconnaissance exige une révolution de nos modes de vie.

Et il n'y a pas de temps à perdre."

L'ouvrage sert une éthique écologique qui a beaucoup de mal à se faire entendre malgré les appels dramatiques de la nature elle-même. A nous d'entendre.