Les chrétiens boudent-ils leur ésotérisme 1/2 ?

Le terme d' ésotérisme, même s’il ne date officiellement que de 1828, recouvre des notions très anciennes, aux contours complexes, ce qu’il lui vaut d’être souvent incompris et donc déconsidéré.

Depuis le XVème siècle en effet, des intellectuels : philosophes humanistes, rabbins, ecclésiastiques, en réaction à un enseignement de plus en plus académique de la théologie, par la redécouverte de textes néoplatoniciens et du Corpus Hermeticum, ont tenté d’établir une Tradition Primordiale, une Philosophia Perennis: une ligne médiane universelle entre la philosophie aristotélicienne radicale et une théologie scolastique. 

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Leurs recherches visaient à établir des correspondances entre l’Homme, Dieu et la Nature :

  • Quelle influence les astres exercent-ils sur le corps humain et la nature ? (Marsile Ficin)
  • A quoi correspondent les vertus cachées que l’on trouve dans la nature ? (Pic de la Mirandole)
  • En deçà d’une magie médiévale, naturelle et licite, quelle authorité peut fixer la frontière du naturel et du surnaturel : magie incantatoire, théurgie...illicites.

Cette table ronde réunissant Jean-Pierre Laurant, Jérôme Rousse-Lacordaire et Emmanuel Kreis nous brosse un panorama historique - du haut Moyen-âge à de nos jours - des rapports complexes et conflictuels qu' Eglise (romaine principalement) et Esotérisme ont entretenu.

Siècles après siècles, l’ésotérisme qui fut à ses débuts réservé à une élite intellectuelle est devenu de plus en plus populaire… mais aussi galvaudé: la séparation entamée au XVème siècle s’est traduite en divorce officiel au XIXème siècle. 

  • Où en sommes-nous à présent ? Comment l’église gère-t-elle ce « petit dernier» qu’est le Nouvel Age (New Age) ?
  • Quel chemin l’histoire des idées a-t-il suivi pendant ces six siècles ?
  • La découverte de l'Egypte puis de l'Extrème Orient et les nombreux syncrétismes qui en découlèrent: ont-ils eu une influence sur la doctrine chrétienne ?
  • Quels rapports Esotérisme et Métaphysique ont-ils entretenus ?


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Jean-Pierre Laurant a écrit « l’ésotérisme est comme un autobus, où les gens se croisent sans jamais se parler »….

A vous de vous faire une idée dans ces deux volets de 40 minutes chacun.

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Extrait de la vidéo

Bonjour, nous sommes aujourd'hui avec Jean-Pierre Laurent et Jérôme La Cordaire pour discuter des rapports entre l'ésotérisme et le christianisme, de leur progressive séparation à partir du XVIe siècle jusqu'au questionnement contemporain de l'Église sur le Nouvel Âge. Nous demanderons au final pourquoi les chrétiens en sont venus abouder leur ésotérisme. Jean-Pierre Laurent, je vous présente rapidement.

Vous avez enseigné pendant de longues années l'histoire des courants ésotériques modernes et contemporains à l'École pratique des hautes études. Vous avez écrit des ouvrages sur René Guénon, de très nombreux ouvrages. Vous avez également travaillé sur les rapports entre l'ésotérisme et le christianisme, en particulier en publiant aux éditions L'Âge d'Homme, l'ésotérisme chrétien au XIXe siècle, qui fait référence dans le domaine.

Vous êtes également intéressé aux questions des relations entre l'Église et la franc-maçonnerie, avec Émile Poulat. Vous avez réédité en sa compagnie l'Anti-maçonnisme catholique, qui est une réédition commentée du texte de Mgr de Ségur, Les francs-maçons, ce qu'ils font, ce qu'ils veulent, c'est aux éditions Bergues. Jérôme Saccordaire, vous êtes dominicain, docteur en théologie, enseignant à l'Institut catholique de Paris.

Plus beaucoup. Directeur de la Bibliothèque du Solchoir, toujours. Vous êtes spécialiste des relations également entre l'ésotérisme et l'Église catholique. Et vous êtes également intéressé à la question de l'anti-maçonnisme catholique.

Et vous avez publié également chez Bergues, Rome et les francs-maçons, histoire d'un conflit, qui fait le point sur cette question, à travers principalement les documents pontificaux. Et c'est un travail que j'ai fait sous la direction de Jean-Pierre Lorrain. Diable ! Oui, j'ai oublié de présenter également votre livre principal, qui est « Ésotérisme et christianisme, histoire et enjeux théologiques d'une expatriation ».

C'est aux éditions du Serre. Un livre qui fait autorité. Un livre qui fait également autorité, qui est tiré de votre thèse et qui a été publié en 2007. Et Jean-Pierre Lorrain faisait partie du jury de la thèse.

Donc, peut-être, pour commencer, nous allons remonter au XVIe siècle et parler un peu de l'expatriation de l'ésotérisme à la Renaissance, hors du champ de l'Église. En fait, il faudrait même remonter au XVe siècle, à la fin du XVe siècle, en précisant quand même que le mot « ésotérisme », comme l'a d'ailleurs montré Jean-Pierre Lorrain, est un mot 1818 ? 28, pardon. Donc, qu'on ne parle évidemment pas d'ésotérisme au XVe, au XVIe siècle et par la suite, mais que ce qu'on appelle aujourd'hui l'ésotérisme a commencé à apparaître de manière un peu autonome, distincte d'autres formes de savoir à cette période-là, avec, sous l'influence de plusieurs facteurs, d'abord un certain jugement sur l'enseignement le plus académique de la théologie ou de la philosophie que l'on jugeait stérile, parce que coupé des références à la Bible, au père de l'Église, aussi avec la découverte ou redécouverte de tout un ensemble de textes platoniciens et néo-platoniciens, ou de ce qu'on appelle le corpus hermeticum, les textes attribués à Hermes Trismégiste, et qu'on a vu dans ces textes-là des préfigurations et des confirmations du christianisme tel qu'il s'était, tel qu'il est apparu avec le Christ et tel qu'il s'était développé chez l'apôtre Saint Jean, chez le pseudo Denis, Denis l'Aréopagite, et quelques autres.

Et dans ce type de textes nouvellement arrivés, d'Orient qui plus est, supposait-on au moins, on a vu de quoi revivifier un peu le christianisme, de rendre capable de concerner véritablement la vie de ceux qui entendaient le vivre, justement. Vous situez justement cette émergence d'une philosophia pérennis et d'une prisca theologia comme une modalité entre la philosophie naturelle aristotélicienne radicale et une théologie de type scolastique.

Oui, c'est-à-dire en fait d'une théologie qui fonctionnait, comme je le disais, détachée de la Bible, très largement détachée de la Bible et de toute une tradition théologique antérieure, à l'exception de quelques-uns, qui fonctionnait en tournant un peu en rond, en coupant les cheveux en quatre, si l'on peut dire. Et de l'autre côté, quand on dit philosophie naturelle, on peut entendre une science naturelle, inspirée d'Aristote, et qui entendait n'être en aucune manière concernée par tout ce qui pouvait dépasser le plan de la physique, ce qu'on appelait dans la tradition aristotélicienne la métaphysique.

Et l'ésotérisme, appelons-le comme ça, ou la philosophie apérinique, c'est-à-dire la philosophie éternelle, comme l'a traduit bien plus tard Huxley, qu'on appelait aussi la théologie antique, comme vous l'avez rappelé, prisca theologia, entendait, enfin entendait, je ne sais pas si elle entendait, mais se situait en tout cas à l'articulation, on pourrait dire, d'une métaphysique, d'une cosmologie, d'une spiritualité, entendait être une sagesse pleine, plénière et complète.

Et la magie dans tout ça, puisqu'il y a aussi une modification a priori de la magie, enfin du concept de magie, entre une magie, enfin dans la distinction traditionnelle de la magie médiévale, entre une magie naturelle licite et une magie incantatoire, invocatoire de type illicite, vous dites que les frontières se brouillent. Oui, les deux grands qui ont contribué à ça, qui sont des figures assez connues, surtout la deuxième, mais bon, le premier c'est Marcille Ficin, le second c'est Pic de la Mirandole, deux Italiens, deux grands érudits, d'ailleurs pas d'accord sur tout, y compris sur la magie, mais le premier, Marcille Ficin, dans la lignée, disons, du platonisme, pour aller vite, postulait une magie liée aux astres.

Il la postulait un mot assez couvert, parce qu'il était prudent, d'autant plus qu'il était prêtre, et qu'on trouvait que c'était quand même un peu indécent qu'il s'intéresse autant à ce genre de choses. Donc, une magie liée aux astres, et Pic de la Mirandole, lui, en arrive beaucoup plus simplement, d'une certaine manière, comme vous le disiez, le Moyen-Âge distinguait une magie qu'on dit naturelle, et on n'entendrait pas du tout le mot magie dans ce sens-là aujourd'hui, c'est-à-dire, pour prendre un exemple, on disait, il y a dans les choses, ce qu'on appelait des vertus, des vertus occultes, n'entendons pas ça comme au sens d'un complot occulte, mais qu'on ne voit pas et qui agissent.

L'exemple typique, c'était l'aimant. On mettait un aimant, un bout de métal, l'aimant attirait le métal, alors qu'ils étaient à distance, on ne savait pas trop pourquoi,

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