Le Tarot de Thoth d’Aleister Crowley

"Jusqu’à présent, la France a ignoré l’œuvre d’Aleister Crowley, alors qu’elle représente un véritable continent de la pensée ésotérique !" nous confie Philippe Pissier, avec une pointe d’amertume, lui qui travaille sur son œuvre depuis plus de vingt ans. Aleister Crowley (1875-1947), citoyen d’origine britannique, est issu d’une famille protestante.

Alors qu’il se destinait initialement à une carrière scientifique, dans la chimie, il décida d’embrasser avec passion – et une certaine folie – les voies pratiques de l’occultisme : tantra, tarot, théurgie. Tout cela accompagné d’un usage immodéré pour tous les psychotropes disponibles à son époque.

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Aleister Crowley : very bad boy ou génie ignoré ?

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La vie de Crowley conserve une part d’ombre, non négligeable, et qui fera l’objet d’autres communications sur notre site. Mais au-delà de l’homme, de ses faiblesses et de ses fréquentes postures de ce que certains nommeraient "la voie du blâme" (l’art de choquer, que l’on retrouve chez l’un de ses contemporains, plus connu en France, du nom de Gurdjieff) : quel est l’intérêt de son œuvre en général, et de son Tarot égyptien, en particulier ?

Pour répondre à cette question, nous avons réuni à l’occasion de la sortie du "Livre de Thot" (Ed. Alliance Magique, 2016) un tarologue expérimenté, Bertrand Saint Guillain, et le traducteur-auteur de ce livre, Philippe Pissier.

Retrouver le lien entre la Création et son Créateur grâce aux mathématiques, à la kabbale et la magie égyptienne développée par John Dee

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The Book of Toth (de Crowley) est sorti dans sa première version en 1944, pendant la deuxième guerre mondiale. L’ouvrage connût un grand succès, mais selon les contemporains d’Aleister Crowley, les conditions techniques et éditoriales de sa réalisation n’ont pas satisfait l’auteur, qui décéda peu après. Soixante-douze ans après sa parution donc, et grâce aux conseils de l’Ordo Templis Orientis (OTO) que Crowley dirigea à la suite de Théodore Reuss, c’est chose faite.

Souhaitez-vous découvrir ce tarot singulier et notamment cette allégorie constante aux Forces de la Nature qui le sous-tendent… et qui intéressent tant occultistes, thélémistes* qu'alchimistes? Eléments de réponse ici en compagnie de Philippe Pissier, Bertrand Saint Guillain, interviewés par Dist de Kaerth.

* à noter que Crowley tenta de fonder, inspiré par les écrits de l’écrivain français François Rabelais (XVIème siècle),sa propre abbaye de Thélème, Thelema, en faisant sienne l’épigraphe libertaire et ripailleuse (conceptualisée uniquement sous une forme littéraire, trois siècles auparavent) :

"Fays ce que vouldras"

Extrait de la vidéo

Bonjour Bertrand Saint-Guylain et bonjour Philippe Pissier, je vous reçois tous les deux pour parler aujourd'hui du livre de Thoth qui est le tarot d'Aleister Croy. Vous avez tous les deux des visions un peu différentes du tarot, on va commencer peut-être par Bertrand qui a une vision très particulière, enfin très ancienne du tarot, est-ce que tu peux nous parler de ta vision à toi ? Oui, moi mon approche du tarot elle est plutôt focalisée sur les tarots traditionnels, sur les tarots des quartiers du XVIe siècle, on va dire à partir du XVIe siècle, pour ce qui est des cartes, pas pour ce qui est des pratiques qu'on peut avoir avec les cartes, mais je m'intéresse évidemment aux formes plus modernes que peut prendre le tarot, donc je m'intéresse très marginalement au tarot de Croley dont on va parler aujourd'hui.

Je trouve que c'est dans les expressions modernes du tarot un cas très particulier parce qu'en dépit du parcours de Croley au contact du tarot après la Golden Dawn etc, c'est quand même quelqu'un qui a réussi à recoller justement certaines structures qui précèdent les usurperies du XIXe on va dire, et donc qui a remis un peu d'ordre, on en reparlera sûrement, et qui a avec l'édiferie d'Aris, qui a souligné pas mal de choses très pertinentes en fait dans l'expression graphique des cartes, voilà.

D'accord, et donc en face nous avons Philippe Pissier, et donc Philippe tu viens de traduire le livre de Tod d'Aleister Croley qui est sorti aux éditions de l'Alliance Magique, tu as beaucoup traduit Croley, est-ce que tu peux nous dire un mot, pourquoi t'es autant intéressé par Croley ? En fait je l'ai découvert en 1981, donc j'avais 18 ans, et j'étais dans une mouvance un peu alternative, underground, assez influencée par la contre-culture américaine, les mid-generation mais pas seulement, il y avait aussi le surréalisme et d'autres choses comme ça, et dans ces courants underground il y avait quand même un peu un fleuve ésotérique souterrain, qu'on peut voir passer d'une certaine manière dans l'œuvre de Buroux, mais qu'on voit passer dans d'autres genres, et aussi dans le surréalisme avec un intérêt pour l'ésotérisme, donc j'étais déjà à la carrefour, au carrefour un peu du littéraire et du magique en fait, et donc j'avais été acheter mes premiers bouquins de magie, je ne sais plus où, à Paris, et évidemment on m'avait refourgué le traité méthodique de magie pratique de Papus, et j'étais un peu en réaction contre le christianisme à l'époque, enfin plutôt j'étais en réaction contre ce que je comprenais à l'époque du christianisme, ce qui est donc très différent, et puis quand je suis tombé dans un article paru dans une revue le Sphinx, dirigé par un certain Rousse en plus, sur Kroller, en 81, été 81, c'était un article qui présentait Kroller, qui présentait son côté un peu contre-culturel en fait, avec ses histoires de liberté sexuelle, d'expérience avec les drogues et tout ça, et ce côté aussi anti-créatif, et à l'époque ça m'a emballé en enthousiasme juvénile en fait, c'est un peu plus tard que je l'ai traduit, j'ai commencé à traduire depuis Tibourg en 84, et là où je me suis vraiment lancé dans l'aventure de Kroller 189, c'est là que j'ai commencé vraiment à faire ma thèque.

Donc comme tu disais, Kroller a vraiment un côté un peu sulfureux, on dit toujours qu'il sent le souffre, même parfois considéré comme sataniste, ou père du satanisme, a priori au début du livre de Top, tu écris que c'est pas du tout le cas en fait, est-ce que tu peux nous expliquer un peu ce qui a fait qu'on a cru de Kroller qu'il était sataniste, et pourquoi il l'est pas en fait ? D'une certaine part, il y a une certaine provocation qui l'a pu opérer, puisqu'évidemment il adorait choquer le bourgeois et compagnie, donc quelquefois il se foutait ouvertement du monde, etc.

C'était aussi un homme de théâtre quelque part, un grand homme de théâtre. Quelques poèmes avec un satanisme, un vernis d'un satanisme haut-baudelairien, comme les poèmes de Claude Zewater et quelques textes éparts, mais il n'y a aucun écrit permettant de le considérer vraiment comme sataniste. Dans Magic il en parle, il considère que Satan c'est le soleil au sud, enfin on voit bien comment ça s'inscrit dans sa mythologie.

C'est pas du tout l'adoration d'un principe du mal qui aurait les mêmes pouvoirs que le principe du bien, c'est absolument pas le sens de son discours. Vous avez traduit beaucoup de Kroller, et quelle différence on trouve entre le Kroller qui déborde dans la culture mainstream, qu'on a par exemple chez les Beatles, qu'on trouve chez Led Zeppelin, qu'on trouve vraiment dans le mainstream-mainstream, et le Kroller qu'on découvre quand on traduit et quand on creuse vraiment.

Quelle est la vraie différence entre les deux ? La différence c'est qu'il est beaucoup plus profond que les aspects qui sont en général repris. Parce qu'évidemment, c'est normal dans une société comme la nôtre, le sexe et la dope ça se vend tout seul, donc le Kroller orgiaque, le Kroller toxico, qu'on monte en épingle un peu artificiellement, parce que quand même par rapport à toute la somme qu'il a écrite, le réduire à ces quelques textes sur la dope ou ces trois bouquins porno, c'est très limitatif en fait.

Non, en le traduisant, on découvre quelqu'un qui a une grande rigueur intellectuelle, mais qui adore jouer avec le lecteur. C'est-à-dire qu'il s'est arrangé pour que la lecture de ses textes soit suffisamment compliquée pour être un acte initiatique à soi tout seul. C'est ça que j'ai constaté dans la manière dont il construit ses textes, dont il agence même ses notes en bas de page, de la manière dont tout est modifié un peu comme un labyrinthe dans lequel le lecteur doit se promener.

Est-ce que c'est le cas justement dans le livre de Toth ? Quand on lit, c'est effectivement ce qu'on trouve, on est obligé de réfléchir à chaque fois pourquoi il a choisi les choses. Quand tu as découvert le livre, est-ce que tu connaissais déjà le tarot avant ? Oui, le tarot je l'ai tiré depuis plus de 20 ans, je l'ai tiré pendant très longtemps.

D'accord, est-ce que ça t'a permis justement, en prenant l'axe de Crolet, de trouver une autre manière de voir le tarot comme une carte de l'univers ? Oui, l'importance d'un système mantique au système magique, c'est la cohérence interne et de ce point de vue là, son tarot a une cohérence interne avec toute cette logique kabbalistique, astrologique, il y a même les équivalences du viking. Oui, il y a une cohérence interne.

Après, moi quand je l'utilisais, j'ai eu tendance à l'utiliser plus poétiquement, à ma manière propre, ce n'était plus une manière Croletienne de faire. D'accord. Crolet, c'est intéressant qu'on s'en libère en fait. Ce qui est intéressant dans son oeuvre, c'est qu'il y a toutes les clés pour s'en libérer.

Parce qu'à travers son oeuvre, on voit ce qu'un mec peut faire à partir de la golden dawn, d'une prétendue théophanie, d'une pratique du bouddhisme Sri Lankais, du tantra. Et comment ce type, à partir de tous ces éléments disparates, va former un système cohérent dans lequel on peut se promener un certain temps et puis sortir une fois qu'on a compris comment ça marche, pour aller vers son propre système magique à soi, on va dire la vraie volonté, qui se manifeste naturellement.

Elle se manifeste naturellement à partir du moment où on a acquis une certaine discipline. Il faut bien avoir une première discipline de base, peu importe la discipline en fait. Comme disait Jean Carteret, l'important, ce n'est pas ce qu'on fait, c'est le rapport qu'on a avec ce qu'on fait. Je crois beaucoup dans cette phrase.

D'accord. Et vous Bertrand, vous êtes plutôt dans un tarot différent, parce que c'est le tarot vraiment de Marseille, le tarot des quartiers, le tarot de Paris. Alors sur le tarot, je ne vais pas me servir du tarot de Crolet, sauf personnellement,

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