Hermétisme et alchimie de Notre-Dame de Paris 2/3

Dans ce second volet de l'étude du symbolisme hermétique de Notre-Dame de Paris, Jean-François Blondel nous convie à réexaminer tour à tour les portails de Sainte-Anne (aussi appelé Saint-Marcel) et du Jugement. Il nous renseigne sur les différents niveaux de lecture historique, religieux et alchimique, auxquels chacun des éléments de la cathédrale est susceptible de nous initier. Le portail Saint-Marcel nous raconte ainsi comment l'évêque éponyme a sauvé Paris en exhortant le dragon à regagner la Seine pour ne plus réapparaître. 

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Il illustre également les forces du christianisme terrassant la bête du paganisme. Enfin, il évoque la présence du symbole alchimique du Roi (l'évêque), ou soufre, auprès de celui de la Reine, ou mercure, qui sied en dessous de lui, et du mercure philosophale, représenté par le dragon.
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Le portail du Jugement vient en contrepoint du précédent préfigurer la résurrection des morts avec l'archange Saint-Michel effectuant la pesée des âmes. Le message hermétique rejoint ici le message chrétien qui invite l'adepte ou le croyant à sortir du monde ténébreux des forces de la nuit pour rejoindre celui lumineux des forces du jour, selon la course effectuée par le soleil, de l'occident vers l'orient.
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Quelles étaient les directives de Guillaume de Paris aux imagiers du Moyen Âge? Que révèlent les divers symboles des portails de Notre-Dame de Paris sur les influences des sociétés hermétiques de l'époque? Réponse de l'auteur dans ce reportage de 28 minutes.
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Extrait de la vidéo

Nous avons ici le portail de Sainte-Anne, qui représente sur un plan purement historique la Vierge, la naissance du Christ sur le linteau, et puis toute l'enfance du Christ, la présentation la visitation, la présentation de l'enfant Jésus au temple, etc. Mais il est également appelé le portail de Saint-Marcel, parce que l'évêque Marcel est représenté au trumeau, donc la partie verticale qui sépare la porte en deux parties, il est représenté au trumeau terrassant une sorte de dragon avec sa crosse.

Alors là aussi il y a je dirais 36 explications différentes sur l'aspect de l'évêque qui terrasse un dragon. Alors je signale quand même que l'évêque terrassant un dragon n'est pas spécifique à Notre-Dame de Paris, on le rencontre également à Rouen avec Saint-Romain, la fameuse légende de la gargouille de Saint-Romain, la gargouille étant un espèce de monstre que Saint-Romain aurait neutralisé. A Bayeux, il y a Saint-Vigore qui terrasse lui aussi des dragons.

Alors on peut effectivement s'interroger sur le sens allégorique de ces dragons. Alors pour Notre-Dame de Paris, l'explication de Saint-Marcel terrassant ce dragon, il y a disons une légende populaire qui est la suivante, il y avait une sorte de bête énorme, monstrueuse, qui sortait de la Seine toutes les nuits, tous les soirs et qui allait dévorer les gens et donc les passants, les parisiens, les habitants de Lutèce avaient demandé à l'évêque Marcel de neutraliser cet animal monstrueux et Marcel donc avec tout son pouvoir avait réussi à canaliser le monstre vers la Seine et la légende nous dit qu'elle est redescendue dans la Seine et elle n'est jamais réapparue.

Bon ça c'est un premier volet de cette légende. Un deuxième volet qui me semble plus intéressant est le suivant et qui se rattache d'ailleurs aux autres explications du dragon avec Saint-Romain à Rouen ou avec Saint-Vigore à Bayeux, c'est l'idée que l'évêque terrassant un dragon représente symboliquement le christianisme terrassant le paganisme, le dragon symbolisant toutes les religions païennes et l'évêque bien sûr représentant le christianisme.

Bon alors effectivement on peut penser que là il y a une image allégorique qui tient la route effectivement. Il y a une troisième explication là qui fait intervenir encore une fois l'hermétisme et l'alchimie. Alors là c'est plus compliqué, vous avez notre évêque qui est censé représenter l'opérant, l'alchimiste et vous avez cet animal monstrueux qui sort d'un cercueil. Vous avez dans ce cercueil une tête représentant un roi.

Alors parenthèse, la représentation là que vous avez sous les yeux elle date pas du moyen-âge, elle a été refaite par Viollet-le-Duc. D'ailleurs toute la façade a été refaite par Viollet-le-Duc à l'époque où il a commencé à faire les travaux de restauration de la cathédrale, c'est à dire en 1840, il n'y avait plus rien et donc il a été obligé de refaire toutes les statues. La dépradation de la cathédrale avait commencé sous Louis XIII et Louis XIV avec Mansart et Soufflot qui avaient cassé le trumeau du portail central etc.

Après il y a eu la révolution, enfin bref il n'y avait plus rien. Donc toutes les sculptures que vous avez là sont de l'atelier de Viollet-le-Duc mais il les avait refaites à l'identique. Et alors pour ceux qui auraient la curiosité d'aller jusqu'au musée de Cluny, vous avez l'ancienne représentation qui est absolument identique de l'évêque Marcel terrassant le dragon dans la grande salle des thermes du musée de Cluny.

Malheureusement c'est en très mauvaise étape et on voit quand même que Viollet-le-Duc l'a refait à l'identique. Donc je reviens à l'interprétation hermétique. Vous avez en bas l'image d'un Athanor avec donc dans le feu cette tête couronnée. Alors encore une fois représentation des alchimistes, le soufre est souvent représenté par le roi et le mercure par la reine.

On parle du bain du roi et du bain de la reine. Le roi donc serait le soufre philosophique qui serait enfermé en bas de l'Athanor. Alors ce dragon, qu'est-ce qu'il représente ? Il est censé représenter ce que les alchimistes appellent le mercure philosophique, c'est-à-dire une matière qui a déjà été transformée, travaillée d'une façon telle qu'elle acquiert des propriétés particulières.

Alors puisqu'on est dans le domaine de l'alchimie, il est intéressant de signaler qu'en fait, dans l'esprit des alchimistes, ils ne font rien. Pour eux, la matière inerte est en fait quelque chose de vivant qui doit se transformer pour arriver vers la perfection. Et à partir donc d'un état actuel de la matière, le but des opérations c'est de la faire se transformer elle-même pour aboutir à la perfection.

La tradition des alchimistes est en fait très proche finalement de la vision chrétienne dont je vous parlais tout à l'heure, du chrétien qui passe du monde des ténèbres, du monde de la nuit, à l'Occident, vers la lumière de l'Orient. Et bien ils ont le même point de vue, la même conception des choses en ce qui concerne la matière. Ils emploient un terme que l'on appelle la réincrudation de la matière, c'est-à-dire qu'il faut d'abord la disséquer dans ses différents éléments, sauf celle et mercure, pour ensuite la rassembler différemment, mais la faire se rassembler elle-même différemment, pour aboutir à des éléments parfaits.

Et le mercure philosophique représenté par ce dragon serait justement cet aspect perfectif de la nature. Donc voilà en quelque sorte une troisième explication du dragon de Saint-Marcel. Donc je vous ai donné trois niveaux d'interprétation, depuis l'interprétation de l'imagerie populaire jusqu'à cet troisième aspect un petit peu plus complexe, un petit peu plus philosophique, mais voilà en quelque sorte les explications sur le trumeau représentant Saint-Marcel.

Le reste, si vous voulez, du portail de Saint-Anne, c'est la vie du Christ, c'est la naissance du Christ, c'est la Vierge. Alors si cette image au tympan de la Vierge avec le Christ qui est assis sur ses genoux, c'est certainement la plus ancienne représentation. Et ensuite on pense que ce sont des sculpteurs venant de Moissac en Dordogne, où il y avait une école de sculpture particulièrement intéressante à l'époque, et qu'ils se seraient déplacés de chantier en chantier, ils ont fait cette représentation de la Vierge et du Christ ici à Notre-Dame de Paris, ils l'ont fait à Chartres également, ils l'ont fait à Saint-Denis, donc on pense que c'est la même équipe qui aurait fait donc cette Vierge et ce Christ assis sur ses genoux dans différents chantiers et venant de Moissac, parce que c'est l'endroit le plus ancien où l'on

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