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L'Occident a découvert le Karmapa lors de sa formidable évasion, il y a environ un an, du Tibet occupé. Agé de 14 ans, le XVIIème Karmapa fuyait ainsi l'occupant chinois pour rejoindre le Dalaï Lama qui l'avait reconnu en 1992.
Il est considéré comme la réincarnation d'un Sage né en 1110, chef spirituel de la lignée Karma Kagyupa du Vajrayana, la Voie du Diamant-Foudre, lignée ininterrompue depuis le Boudha Vajradhara. Milarepa appartient à cette lignée prestigieuse.
Tous ceux qui ont fréquenté le centre boudhiste de Kagyu-Ling se souviennent des formidables fêtes et des nombreux phénomènes qui accompagnèrent le départ du XVIème Karmapa en 1981 qui, comme Kalou-Rimpotché, a grandement contribué à la diffusion du boudhisme tantrique tibétain dans le monde.
Yvonne Caroutch a connu le XVIème Karmapa, et pratiqué la Voie du Diamant-Foudre sur laquelle elle a écrit de nombreuses études. Ce livre reprend dans sa première partie, Renaissance tibétaine, paru en 1982, qui retraçait l'épopée spirituelle des Karmapas jusqu'au XVIème. La seconde partie est donc très naturellement consacrée à l'actuel Karmapa, à sa vie, à sa fonction sacrée, à son enseignement. Ce Karmapa possède une étonnante maîtrise du langage crépusculaire qu'il emploie dans ses poèmes, véhicules de l'ésotérisme le plus pur. Yvonne Caroutch commente ainsi une supplique destinée à son incarnation actuelle, Prière au XVIIème Karmapa :
" Pour désigner cette déité, le Karmapa utilise son nom sanskrit, Chakrasamvara, la quintessence de tous les bonheurs. La Reine de Diamant est son épouse mystique exprimant l'universelle, éblouissante vacuité de toute chose. Le mystérieux terme sanskrit bhaga des Bienheureux, proche de padma, lotus féminin, comporte aussi la notion d'éclair ; il est traduit ici par matrice, exprimant bien approximativement la source du Vide universel. A propos des déités féminines du Vajrayana, comme la Yogini de Diamant, la Laie adamantine, la Mère de tous les Boudhas, comment ne pas songer à la Grande Mère des origines, plus vivante que jamais et, pourquoi pas, à l'archaïque matriarcat ? Le Gujyasamaja Tantra, commenté par Chandrakirti, évoque l'élaboration du mandala, à partir de Vajradhara émanant du Vide, et " habitant le sein des Reines de Diamant ". Il absorbe dans son essence de diamant-foudre un nombre infini de Boudhas. Comme toutes les déités, il peut vivre en chacun de nous ; il suffit d'appeler les dieux dans notre corps subtil pour établir une relation intime avec eux. "
Après la terrible épreuve chinoise qui a conduit le boudhisme à s'étendre dans le monde entier, la présence puissante du XVIIème Karmapa ouvre pour beaucoup une nouvelle ère du boudhisme. " Le Tibet était la plus haute sommité, géographique et spirituelle, sur l'échine de la planète. Lorsqu'il fut presque anéanti, la tâche des maîtres du Véhicule de Diamant devint planétaire, grâce à une minuscule élite éclairée. "
" A notre époque désacralisée, ajoute Yvonne Caroutch, l'esprit du Karmapa, inconcevablement spacieux, échappe à toute analyse conceptuelle. Il ne peut être approché que dans une perspective sacrée, par la méditation profonde, la communion intime, la poésie, le paradoxe, la dévotion, le silence. "
La présence du Karmapa est un fait spirituel de la plus haute importance pour tous, boudhistes et non-boudhistes, ce livre aidera le lecteur non averti à comprendre pourquoi et comment.

Éditions Dervy

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net/