Le Nuage d’inconnaissance des Chevaliers de la Table Ronde
Françoise Bonardel nous propose ici une lecture de la quête du Graal comme une « quête solitaire » , révélant que le véritable cheminement est avant tout un déplacement intérieur et spirituel. Ce parcours n’est pas qu’une vieille légende médiévale, mais au contraire il constitue une expérience encore actuelle de transformation profonde de l'être.
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« On apprend à discerner à travers l’errance, cette errance constitue une école de discernement » nous dit-elle, faisant sienne l’affirmation de Sylvain Tesson « le Graal c’est le mouvement ».

La dynamique du mouvement perpétuel
Contrairement aux sagesses d'Orient qui privilégient l'immobilité et la méditation intérieure, la quête occidentale chevaleresque se caractérise par une mise en mouvement permanente. Ce « tropisme chevaleresque », illustré par le vœu de mobilité de Perceval, fait de l'errance une école de discernement indispensable pour se confronter à son propre destin.


La poétique de l'inconnaissance
L'aventure, du latin advenire (ce qui advient), exige un véritable « lâcher-prise » où le chevalier accepte de ne savoir ni où il va, ni ce qu'il cherche. C’est précisément dans cet état de disponibilité et de « non-savoir » que l’imprévisible peut surgir et que le sacré se manifeste.
Cette conception du Graal bouscule radicalement nos habitudes modernes de programmation et de contrôle. En prônant « l'ennoblissement de l'aléatoire », Françoise Bonardel nous rappelle que la vie retrouve sa charge poétique et sa profondeur dès lors que nous acceptons de redevenir disponibles à l'événement inattendu. Une attitude qui rejoint sur de nombreux points la docte ignorance prônée par la célèbre abbesse du XIIème siècle, Hildegarde de Bingen…
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Voici la liste des exposés issu du séminaire intitulé "La quête du Graal : histoire, portée symbolique et actualité d’une vieille légende" donné à Vézelay par Françoise Bonardel dans le cadre de l’Association Convergences (6-8 décembre 2024)
1. Qu’est-ce que le Graal a à nous dire aujourd’hui ? (1/10)
2. La geste arthurienne, écrin de la matière de Bretagne (2/10)
3. L’esprit de la chevalerie, une rectitude intérieure (3/10)
4. Le Nuage d’inconnaissance des Chevaliers de la Table Ronde (4/10)
5. Chrétien de Troyes et le Conte du Graal, un pont entre celtisme et christianisme (Les récits fondateurs, partie 1) (5/10)
6. Graal et Alchimie : la guérison du roi Amfortas (les récits fondateurs partie 2) (6/10)
7. Quête du Graal et ésotérisme chrétien (7/10)
8. Le Parsifal de Richard Wagner : un Graal initiatique (8/10)
9. Le Graal, grand archétype de l’inconscient collectif (9/10)
10. Le Graal, une plénitude plus qu’une perfection (10/10)
Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
Alors, en guise de transition entre les 2 heures, je vous propose pose cette image que j'ai choisi qui sera d'ailleurs reproduite dans le petit livre sur le graal qui paraîtra fin février et qui comporte des illustrations et j'ai choisi celle-ci pour illustrer justement la quête solitaire.
Ce qui est représenté, c'est Galaad. Donc c'est un tableau de Arthur Hughes de 1870.
Oui, son cœur est vaillant et ses vertus ne souffrent pas la moindre tâche. Voyez l'idéal chevaleresque dans ces moindres détails. Mais l'image interpelle pour d'autres raisons. L'austérité du décor dans lequel Galaad chevauche de nuit semble-t-il est plus rocailleux et inhospitalier que la pire des forêts gastes, c'est-à-dire des forêts désolées traversées par les chevaliers en quête d'aventure. On imagine les éléments déchaînés et la terre elle-même paraît se soulever pour barrer le passage au cavalier et à sa monture qui semble à bout de force.
La poursuite de la quête se joue donc dans l'échange de regard entre Galaad et les anges messagers du Graal qui du haut des cieux lui montre la voix et le soutiennent dans son effort. Des anges dont la féminité diaphane est vaporeuse rappellent qu'ils sont dans les romans du Graal très proches des fées. Créatures évoluant dans le monde intermédiaire où se situe la quête.
Les unes et les autres interviennent dans les situations extrêmes comme celles ici représentées. Dans la nuit noire que traverse Galaad, il témoigne que la lumière du Graal n'a pas abandonné le chevalier prédestiné. Car est-il écrit dans la quête du Saint-Graal, il n'est personne qui ne soit en la garde des anges. Voilà, c'est le commentaire de cette image que vous retrouverez donc plus tard dans ce petit livre et qui je crois est une bonne cette image est d'une bonne illustration de la quête solitaire. Alors évidemment à la manière romantique et préraphaélite mais tout de même s'il y a quelque chose des textes médiévaux qui transparaît dans cette dans cette image. Alors poursuivons cette réflexion donc sur les errances chevaleresques. Ma seconde remarque puisque la première vient d'être faite, ma seconde remarque porte sur le caractère occidental de la quête du Graal et sur son absence dans l'Orient bouddhiste et taoïste. Hindouiste aussi bien sûr, au point qu'elle semble indissociable d'un contexte religieux monothéiste. Le Graal est donc en fait un objet prestigieux à travers lequel Dieu manifeste aux hommes sa présence sur terre par l'entremise du Saint-Esprit.