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Correspondance étonnante entre deux des plus grands écrivains du siècle, ce livre est un double témoignage de l'intensité intellectuelle et spirituelle de deux figures parmi les plus marquantes du Japon, mais aussi de l'esprit de queste du Japon traditionnel qui demeure présent dans ses avant-gardes.
Si Kawabata tend à l'abstraction pour baigner dans la plénitude de Rien, Mishima tend à la sensualité pour donner chair à l'indicible. Les deux démarches se rencontrent et finissent par ne faire qu'une malgré leurs différences ou leurs oppositions formelles parce qu'elles sont sans concession, sans limite, sans retenue.
Au-delà de la littérature, au-delà des mots, Kawabata et Mishima veulent toucher l'essence même de l'être comme l'a très bien précisé Diane de Margerie :
"Le sang, l'éclat et l'éros - tel fut l'univers de Mishima ; la blancheur spectrale, la pureté meurtrière, le temps orphelin - tel fut celui de Kawabata. Il n'empêche : une phrase, entre toutes, de Kawabata, laisse encore une fois deviner combien les deux écrivains sont proches : "Tout artiste qui aspire au vrai, au bien et au beau comme objet ultime de sa quête est fatalement hanté par le désir de forcer l'accès difficile du monde des démons, et cette pensée, qu'elle soit apparente ou dissimulée, hésite entre la peur et la prière."
C'est peut-être là, dans les enfers, que les deux écrivains se rencontrent le mieux et il n'est pas défendu de penser que, pudique et retenu, Kawabata a secrètement trouvé en Mishima un double allant à l'extrême et qui n'a pas manqué, parfois de le révéler à lui-même."
Nul doute que Mishima aura trouvé dans la précision, la sobriété et la perfection de l'écriture de Kawabata l'essence de la voie du sabre. Quant à Kawabata, qui aura vu na”tre l'écrivain Mishima, il aura ressenti chez Mishima, l'autre face, charnelle, de lui-même.