Le Gnostique de Saint Clément d’Alexandrie. Opuscule inédit de Fénélon

C’est une pièce essentielle du dossier complexe de la querelle du quiétisme qui opposa, entre autres, Bossuet (1627-1704) et Fénélon (1651-1715). Le manuscrit du Gnostique, dit « manuscrit de Saint-Sulpice », échappa longtemps aux chercheurs, égarés par quelques fausses indications, jusqu’à ce que Paul Dudon (1859-1941) l’attribue à Fénélon. Il est aujourd’hui considéré comme le texte majeur de Fénélon sur le quiétisme, qu’il défend contre Bossuet. Le texte reste peu connu malgré sa publication en 1930 accompagné d’une longue et érudite introduction de Paul Dudon dans la collection des Etudes de Théologie Historique de l’Institut Catholique de Paris.

C’est cette édition de 1930 que les Editions Amici Librorum ont choisi de mettre à notre disposition en fac-similé. Bossuet réfuta Le Gnostique de saint Clément d’Alexandrie dans un texte intitulé la Tradition des nouveaux mystiques sans indiquer que Fénélon en était l’auteur.Fénélon s’intéresse à la gnose de saint Clément car elle introduit la possibilité d’une voie directe vers Dieu, sans les institutions religieuses.

« Ce gnostique, écrit-il, distingué du juste, paraît avoir une grande conformité avec l’homme spirituel de saint Paul ; avec l’homme à qui, selon saint Jean, l’onction enseigne toutes choses ; avec le contemplatif déiforme de saint Denys ; avec les solitaires de Cassien, qui étaient dans l’oraison continuelle et dans l’immobilité de l’âme ; avec les hommes sublimes, dont saint Augustin dits qu’ils sont instruits de Dieu seul ; avec l’âme passive et transformée du bien heureux Jean de la Croix ; avec le contemplatif de saint François de Sales, qui est toujours dans la sainte indifférence.

Chacun donne des noms différents ; mais le fond de la chose est le même, dans les anciens et dans les modernes. »
Fénélon et Madame Guyon (1648-1717), sa protégée, très présente dans le livre, s’inscrivent dans une tradition interne qui irrite les institutions religieuses car elle libère. C’est vrai dans le catholicisme, c’est vrai dans toutes les traditions et en tous les temps. D’où la valeur apparemment paradoxale de ce texte pour les temps présents.
« A-t-on oublié, dit Fénélon, que le Saint Esprit est en nous ? N’est-ce qu’une simple manière de parler ?... Il n’est donc question, suivant cette vérité de notre foi, que de l’écouter, de lui faire un profond silence, de faire tomber tout mouvement et toute parole propre, pour recevoir plus librement, dans le parfait équilibre, toutes les impulsions le plus délicates de cet esprit qui ne cesse de demander… L’unique obstacle vient de nos empressements, de nos préventions, de nos volontés déterminées, de nos désirs auxquels nous tenons, de nos répugnances, de nos secrets retranchements, des bornes que nous donnons à cet Esprit. »
« L’état passif » défendu par Fénélon est fait de lâcher-prise, de rappel de soi, de présence, d’abandon… Il s’agit bien de laisser la place de la conscience libre pour l’Esprit.

Source : La Lettre du Crocodile

Publié avec une introduction du Père Paul Dudon
Editions Amici Librorum

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