L'Infini comme fil d'Ariane de la non-dualité occidentale 1/3

Un être limité peut-il penser l’Infini ? L’Infini, comme question philosophique, est l’une des plus vertigineuses qu’il ait été posé. Spécifique à la tradition occidentale, elle place l’homme, en tant qu’être pensant (le cogito cartésien comme socle de la conscience humaine) face à un champ de réflexions « où rien, de ce qu’il a sous les yeux, ne peut l’aider ». Et « qui n’a ni commencement, ni fin, et encore moins de milieu ». Un retour à la totalité, à l’unité, qui, paradoxalement, n’est ni étrangère, ni éloignée de l’homme : Saint Augustin qualifiait cette « puissance transcendante et infinie » comme ce qu’il y a de plus intime à lui-même.

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Après Anselme de Canterbury, Duns Scot (l’ontologisme), Fénelon (le quiétisme) ou Leibniz, Jean-Marc Vivenza tisse ici un pont, à l’instar de René Guénon, entre Orient et Occident : la question de l’Infini constituant ce lien, ce « fil d’Ariane », entre les voies non duelles qui unissent Orient et Occident.

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L’infini n’est pas l’indéterminé.

Intrinsèquement, la notion d’Infini dépasse l’entendement habituel. Elle nous oblige à interroger la nature du Principe précédant toute manifestation, tout phénomène : si le Principe est lui-même infini, il ne peut qu’englober l’intégralité du champ des possibles. Guénon insiste sur l’intégration de l’être et du non-être (le non-manifesté), constituant ainsi, dans un jeu de miroirs, l’achèvement de l’inachevé, l’inachèvement de l’achevé, l’intégration du rien dans la totalité, de la totalité dans le rien.

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Si le postulat de départ est d’ordre intellectuel, conceptuel, son accomplissement doit être concret, expérientiel.

De par sa tradition, l'Orient a toujours privilégié le travail sur le corps, la méditation : des voies pratiques et expérientielles. Comment concilier notre héritage occidental, marqué par de nombreuses disputes, scolastiques ou non ? (Rappelons que l’univocité développée par Duns Scot, XIVe, fut reprise par des penseurs contemporains tels que Gilles Deleuze ou Alain Badiou, ndlr).

Dans la communion silencieuse, l’oraison, « où le temps s’abolit dans le recueillement » nous-dit Jean-Marc Vivenza. Des instants où le flot des contingences suspend son cours et au cours lesquels l’Occident se fond en Shankara et Ramana Maharshi

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Premier entretien d’une série de trois :
L'Infini comme fil d'Ariane de la non-dualité occidentale (Métaphysiques d'Orient et d'Occident 1/3)
Détachement et Connaissance suprême (Métaphysiques d'Orient et d'Occident 2/3)
Les voies vers l’Eveil (Métaphysiques d'Orient et d'Occident 3/3)

Extrait de la vidéo

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur Bagliss TV. Aujourd'hui, nous sommes en compagnie de Jean-Marc Divenza avec qui nous allons consacrer trois entretiens autour d'une thématique très large, c'est-à-dire métaphysique orientale et métaphysique occidentale. Et comme c'est large, nous avons décidé de choisir trois axes pour initier ce dialogue entre Orient et Occident. Le premier axe sera celui de l'infini, le deuxième sera celui du détachement et enfin nous nous interrogerons sur les voies vers l'éveil.

Ces différents entretiens s'inspirent notamment de cet ouvrage publié par le Mercure d'Aufinois, Entretiens spirituels et écrits métaphysiques, écrit par Jean-Marc Divenza. Dans cet ouvrage, il retrace justement des moments marquants de son itinéraire de chercheur, aussi bien au niveau philosophique mais aussi chercheur d'absolu, on pourrait dire, où on voit que lui-même s'est intéressé à l'Orient et à l'Occident, d'où cette proposition de thématique.

Jean-Marc Divenza, bonjour. Donc, comme je viens de l'évoquer, on va parler de l'infini et si nous avons choisi cette thématique, c'est parce que justement quand j'ai parcouru votre ouvrage, j'étais très marquée par cette présence forte de l'infini, or justement quand on connaît un peu l'Orient, l'infini n'est pas aussi prédominant. Bien sûr, on en parle, dès l'instant qu'on parle de l'absolu, l'infini c'est une caractéristique de l'absolu, mais on ne va pas mettre autant l'accent là-dessus.

Donc, pourquoi l'infini a une telle place dans cet ouvrage ? Il a une place importante parce qu'il occupe cette place dans la pensée métaphysique occidentale. Pas n'importe quelle métaphysique, parce qu'une partie de la métaphysique l'ignore, mais je dirais que les penseurs qui ont eu ma sympathie et qui m'ont le plus intéressé au plan intellectuel, en allant solliciter chez moi des points de réflexion un peu plus exigeants, étaient souvent des penseurs qui se sont trouvés précisément dans la continuité de la pensée de l'infini, d'où mon intérêt pour cette problématique, dont le témoin le plus manifeste au XXème siècle, en période contemporaine, a été quelqu'un qui a joué un rôle à la fois dans les domaines initiatiques, un domaine de la tradition, puisqu'il s'agit de René Guénon, qui commence sa métaphysique par l'infini.

Retrouvant chez Guénon ce que j'avais déjà perçu chez D'Enscote, je me suis dit qu'il y avait sans doute quelque chose qui pouvait être l'objet d'une recherche plus précise, afin de voir quelles avaient été les étapes principales en Occident qui avaient porté une réflexion sur la question de l'infini. Alors vous avez raison de dire que c'est une notion qui échappe particulièrement aux penseurs orientaux qui, soit du côté de la tradition hindoue, sont portés plutôt sur l'Atman, le Brahman, c'est un des notions qui relèvent de l'absolu, du soi, ou du côté du bouddhisme sur la non-substance, la coproduction conditionnée.

En effet, l'infini ne s'y trouve pas. En Occident, tout au contraire, les penseurs, à mon sens, les plus pertinents sont ceux qui ont intégré cette notion pour la porter à son niveau d'exigence maximale, pour que dans la pensée puisse surgir une idée plus ou moins précise de ce à quoi correspond cette pensée de l'infini. La caractéristique décelée et mise à jour par les penseurs qui se sont tournés vers cette notion, c'est d'un coup découvrir qu'en théorie, dans la condition qui est la nôtre, déterminée, limitée, n'est pas possible que puisse en surgir une pensée qui est l'idée de l'infini.

Tout est borné, tout est limité, tout est tenu à des formes contraintes très très resserrées. Comment se peut-il que dans l'esprit surgisse une notion qui ne correspond à rien de ce que l'on a sous les yeux ? Cette première intuition assez géniale est apparue chez un certain nombre de penseurs qui ensuite, à travers l'histoire, vont constituer un courant qu'on appelle l'ontologisme dont les grands maîtres fondateurs, entre guillemets, ont pour nom en scènes de Canterbury, d'un Scott, pour la période médiévale, qui sont peut-être les premiers à vraiment théoriser la problématique.

En scènes de Canterbury, dans son ouvrage célèbre Prologion, il va en déduire que si l'homme est capable de la pensée de l'infini, c'est donc qu'il y a des pensées en lui qui ne lui appartiennent pas et qui lui sont dictées, envoyées par le ciel, on peut dire, par la transcendance, qui lui permettent d'aborder des notions que sa constitution physique, limitée, interdise en théorie. Un être limité ne peut pas penser l'infini, ce n'est pas possible.

Il n'a en lui que des idées séquencées, placées dans le cadre du contexte dans lequel il se trouve. Il n'a pas de raison de penser

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