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Il est peu probable que Kodo Sawaki (1880-1965) approuverait la publication de ce livre, lui qui répétait « Mes paroles ne sont valables que pour un instant. », nous dit Roger Lipsey dans sa préface. Heureusement, tous ne l’ont pas écouté.

Il aimait s’exprimer par aphorismes qui portent plus aisément l’Esprit que les discours. Affranchi des instituions du zen, Kodo Sawaki était un moine errant. Il insistait sur la pratique de l’assise pure, shikantaza, méditation sans objet caractéristique des approches non-dualistes.

Les paroles de Kodo Sawaki bousculent à bon escient. Il cherche à mettre en évidence ce qui est là, l’essentiel, sans prendre de gants. Le respect n’est pas dans la forme.

« Ayant goûté aux joies et aux peines de l’existence, nous dit Roger Lipsey, il pouvait désormais transmettre des trésors d’intuition, d’encouragement et d’ironie. Le tout était formulé dans une langue truculente. »

Mais il sait aussi exprimer ce qui est avec une rare simplicité et une grande lucidité :

« Il nous plaît de penser que notre énergie vitale est la source exclusive de notre existence. En réalité, c’est la grande nature qui nous maintient en vie. Ta vie ne t’appartient pas en propre. Elle est universelle. Cette vie universelle est ton Soi. Elle est le corps humain authentique : celui qui emplit la totalité du cosmos. Pratiquer zazen, c’est exister de manière universelle. Tu vis ton propre Soi. Cela revient à manifester l’univers en soi et à s’en faire le témoin. Lorsque je m’assois pour pratiquer zazen, l’univers s’associe à ma pratique. »

Kodo Sawaki se montre intraitable avec l’ego et ne laisse passer aucune occasion de le terrasser.

« Tu crains d’aller en enfer ? N’aies pas peur ! C’est distrayant ! Les types ordinaires dans notre genre croient dur comme fer à l’image qu’ils se font d’eux-mêmes. Aujourd’hui, nous nous imaginons heureux. Demain, nous serons convaincus de notre misère… C’est ainsi que nous foutons notre vie en l’air. Se peut-il que notre « bonheur » et notre « malheur » ne soient que le fruit de notre imagination ?

Et si nos émotions étaient inconsistantes ? »

Inlassablement, il nous ramène à la seule matière à prendre en compte, nous-même, coupant net toute projection ou identification, cherchant à apprivoiser notre humanité plutôt que de la détruire. Le passage est étroit mais peu à peu, il le fait apparaître beaucoup plus vaste grâce à un engagement inconditionnel.

« Ce n’est que lorsque tu commenceras à te faire un sang d’encre, à te battre pour ta vie et à faire l’impossible pour ne pas te perdre de vue, que tu goûteras enfin la paix véritable. Le jour où la peur de perdre pied t’incitera à faire chaque pas de manière lucide, tu goûteras à la paix de l’esprit. » Mais, plus loin, il précise :

« Tu ne trouveras la véritable paix de l’esprit qu’en pratiquant au beau milieu de tes soucis et de ton agitation mentale. La grande paix de l’esprit associe la tranquillité et l’agitation mentale. » Par une inclusivité radicale, Kodo Sawaki fait tomber en poussière bien des préoccupations du pratiquant, par exemple à propos du satori, « une autre manière de dire que tu as échoué ». Vivre chaque instant pleinement, sans objectif, sans objet, sans attente, sans commentaire… en laissant la personne se dissoudre dans la pratique : « Bouddha c’est toi-même, si tu ne vis pas comme un Bouddha, qui le fera ? ».

Source: La Lettre du Crocodile

 

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