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Réflexions sur les Causeries initiatiques d’Edouard E. Plantagenet

Joël Gregogna s’est souvenu que l’important n’est pas ce que veut dire un texte mais ce qu’il peut dire. En prenant appui sur le texte remarquable d’Edouard Plantagenet, de son vrai nom Edouard Ignace Engel (1983 – 1943), il ne tente pas une exégèse mais veut éveiller au savoir par « une expression d’érudition portant sur la Franc-maçonnerie ».

Il fait le choix d’une « méthode de pensée en arborescence » que le lecteur est invité à prolonger et approfondir.

L’ouvrage commence par un questionnement sur la voie sur « ouvrir la voie » que l’on retrouve chez Plantagenet et que les rapports entre voie et Vérité ou vérités :

« Le caractère provisoire du concept amène-t-il à effectuer une différence entre la Vérité et les vérités, comme le laissent entendre un certain nombre de rites maçonniques ? Les secondes constitueraient alors autant de voies d’accès à la première. Le dialogue entre Jésus et Pilate nous en donne un exemple : « Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit : qu’est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs et il leur dit : je ne trouve aucun crime en lui. »

Pour le Franc-maçon, la Vérité apparaît peu à peu comme l’objet d’une recherche essentielle, qui constitue sa seule façon de sortir de l’enfermement, de l’angoisse existentielle, où son ego (orgueil, passions, acquis, etc.) et les contraintes extérieures le placent. Les voies sont innombrables, puisque chaque adepte possède la sienne. La Franc-maçonnerie traduit ce phénomène en déclarant qu’elle n’impose aucune limite à la recherche de la Vérité… Au bout, chacun découvre sa vérité. Il existe, en conséquence, un nombre infini de vérités. Chacune d’elles se révèle-t-elle alors le reflet d’une Vérité première ? C’est selon. »

Comme le remarque Jean-Bernard Lévy dans sa préface, Joël Gregogna évite les écueils de l’autoréférence et de l’oubli des contextes afin de rendre le texte de Plantagenet vivant, c’est-à-dire actuel. Il prend en compte diverses conceptions de la Franc-maçonnerie recherche différentes appellations de l’adepte, introduit à différentes spiritualités : spiritualité laïque, spiritualité de type métaphysique, métaphysique incluant la théologie, ontologie, humanisme… avant de poser la question : Quelle spiritualité pour la Franc-maçonnerie ? Le cheminement pluriel et riche qu’il propose le conduit aux pratiques spirituelles (cruellement absentes généralement de la Franc-maçonnerie) et à déterminer sept principes qui pourraient guider le travail maçonnique : La Franc-maçonnerie comme démarche initiatique – La Franc-maçonnerie comme art de vivre – la Franc-maçonnerie comme invitation à la pensée analogique – La théâtralisation maçonnique dans laquelle l’acteur est spectateur de lui-même – La Franc-maçonnerie comme point de rencontre – La nécessité d’une réflexion logique – une ouverture sur tous les savoirs.

Rigueur intellectuelle, éthique, imaginaire, poésie, histoire, symbolisme sens du sacré… Joël Gregogna nous parle d’une pleine vie initiatique telle que chacun, en son propre style, pourrait la mettre en œuvre. Au fil des pages, la méthode devient familière mais c’est surtout la beauté du cheminement qui apparaît peu à peu.

Ce gros volume, qui en appelle d’autres, cherche à ne rien laisser à l’extérieur du Temple, les joies comme les souffrances, les errements comme les lumières. Tout est matière pour celui qui connaît le maniement des outils.