Carlo Suares et la Kabbale

Carlo Suares (1892-1976) est un écrivain, peintre et cabaliste français. Porté sur la réflexion philosophique et religieuse, il étudia les textes sacrés et la Kabbale. "Il y a autant de Kabales que de Kabalistes. S'il est permis de les critiquer en bloc, on peut leur reprocher de s'appuyer sur le sens mythique des mots et de n'avoir pas découvert le sens ontologique des nombres" écrit-il dans "La Kabale des Kabales".

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58:11
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Pour l'auteur adepte de la guématrie qui consiste à additionner les nombres de chaque mot ou d'une série de mots et de les mettre en correspondance avec d'autres pour leur donner un sens sacré, le phénomène de la conscience consciente d'elle-même est le gage de la connaissance ontologique. 

Ainsi seule la perception correcte des éléments constitutifs de celle-ci est un guide vers la Connaissance et pose des valeurs de réalité concernant à la fois les individus et la société. Ainsi si l'on sait lire les textes bibliques extérieurement (dans le texte) et intérieurement (en vivant le texte), ils donnent lieu à l'ineffable soliloque de la conscience créatrice, aux prises avec un univers dont elle est obligée de constater la présence. Et de même que toute couleur du spectre est lumière, tout nombre, toute lettre de l'alphabet est être, du fait qu'ils sont consubstantiels à l'être dans son intégrité et son intégralité.

Carlo Suares s'inscrit ainsi dans la Tradition qui reconnaît que toute lettre est le réceptable d'une vie spirituelle, une voie vers le divin.

Marc Thivolet, qui l'a connu grâce à l'artiste Sima, témoigne.

Quel homme était Carlo Suares? Quelle réalité irrationnelle transcendante révéle-t-il à travers sa lecture de la Kabbale ? Réponse dans cette conférence vidéo de 58 minutes.

Extrait de la vidéo

Je suis expulsé d'Egypte. C'est avec ces mots que commence ma relation avec Carlos Suárez.

J'ai fait la connaissance de Carlos Suárez dans les circonstances suivantes.

Intéressé par les activités passées du Grand Jeu, le groupe de Roger Gilbert Lecomte et de René Domal, je m'étais rendu à la Galerie du Cirque où le peintre du Grand Jeu, Joseph Cima, exposé pour la première fois en France depuis 1937.

La directrice de la Galerie, surprise par ma présence, j'avais été le seul visiteur de la journée, me demanda mon nom et mon adresse qu'elle communiquait à Cima, lequel m'envoya un pneumatique.

On usait alors de ce procédé de communication pour me convier à le rencontrer.

Au cours de notre entretien, j'évoquais la participation de Carlos Suárez à la revue du Grand Jeu par la réponse qu'il fit à l'enquête de Domal concernant le pacte avec le diable.

Ce texte m'avait donné à penser que les attentes concernant la question posée avaient été déjouées par l'auteur de la lettre.

Quelques temps plus tard, Cima rencontra Carlos Suárez, ce dernier lui ayant demandé si parmi ses connaissances il en était qui pourrait être intéressé par son prochain livre sur le point de paraître.

Cima donna mon nom et mon adresse, je reçus le livre, on accusait réception et Carlos Suárez me téléphona.

Après les présentations d'usage, il me dit « Je suis expulsé d'Egypte ».

Lui qui avait voué sa vie à l'élucidation du mythe judéo-chrétien l'incarnait ainsi de façon dramatique.

C'était en 1956. L'Angleterre, la France et Israël avaient décidé de prendre par la force le contrôle du canal de Suez nationalisé récemment par Gamal Abdel Nasser.

Egypte, Mitzrayim en hébreu, est le dernier nom et aussi le dernier mot de la Genèse.

Après vient le livre de l'Exode. Exode que Carlos Suárez allait vivre seul et l'amener à transformer la terre d'exil en terre fertile.

Sentir un mythe vivre, palpité en une personne, est une épreuve troublante.

Mais peut-on parler de personne à propos de Carlos Suárez ?

Je serais bien en peine, après vingt ans de fréquentation assidue et trente-trois ans après sa disparition, de dire qui il était.

Aucun trait de caractère, de comportement ne permettait de le définir.

Sa présence était intense mais indéfinissable et tenait parfois de l'ouragan.

Elle tendait à ébranler le psychisme de ses interlocuteurs, particulièrement ceux qui faisaient preuve de bonne volonté.

Dans un de ses textes, il écrit « Certains événements de la psyché sont dus à des tempêtes, à des ouragans déchaînés par la violence du souffle de vie cosmique. » Si l'homme se caractérisait par son imprévisibilité, ses œuvres, elles, témoignent d'une grande persévérance.

Persévérance qui commence avec le cinquième évangile quatre cylindres, demeuré inédit à ce jour, « Sur un ordre de barbarie », sa première œuvre publiée en 1928, « La nouvelle création », 1929, « La procession enchaînée », 1934, jusqu'à la série des ouvrages proprement kabbalistiques.

De « Sur un ordre de barbarie », son premier ouvrage donc, j'extrais ce passage.

Alors ce fut en moi un choc brusque, une fugitive sensation d'avoir tout compris.

Mais quoi au juste ? Je ne le savais pas.

J'eus la certitude de savoir avant même que je me fusse fait une idée de la nature de ma connaissance.

Imprévue, déconcertante, apparaît sa réponse à l'enquête du grand jeu sur le pacte avec le diable.

Il dit « Votre enquête au sujet du pacte avec le diable est tout à fait intéressante pour moi, puisque ce pacte je l'ai fait.

Croire à une vie éternelle et refuser cette vie.

Se jeter tête baissée dans la annihilation sans même s'accrocher un instant au bord du gouffre, et cela non pas par une volonté de suicide, mais à cause d'une poussée vitale.

Le dénouement est dans un acte purement irrationnel.

Le résultat est que l'on meurt et qu'à l'instant de mourir on naît de nouveau.

Seul le pacte avec le diable fait obtenir ce à quoi, par excès de désir, on a dû renoncer. » Autant dire que les termes restrictifs, dualistes dans lesquels la question est posée, sont rejetés.

La fréquentation de Carlos Fares s'avérait toujours dangereuse, et parfois prendre place à ses côtés autour d'une table pour y partager un simple repas pouvait tenir du sacré.

Il était né à Alexandrie, d'une famille d'origine juive espagnole, qui s'était installée en Égypte après avoir longtemps vécu à Livourne.

La famille est allée d'exil en exil depuis 1492, date de l'expulsion des juifs d'Espagne.

Il faut noter ce qui est extraordinaire, c'est que son père n'a donné aux enfants aucune éducation religieuse, et que les révélations de Fares sur la Bible sont des révélations spontanées puisqu'il n'en connaissait pas les textes.

Il revendique son origine alexandrine, il avait écrit vers la fin de sa vie « Être alexandrin, c'est être trop profondément religieux pour être croyant, assez pour inventer le réel. » En fait, de l'esprit alexandrin, il marquait sinon la fin, tout au moins une quintessence qui n'apparaît pas dans l'histoire de la ville, car c'est à Alexandrie qu'eurent lieu les grandes déformations du message hébraïque, et ce à deux reprises, avec Philon le juif d'abord, puis avec Clément et Origen, avec le christianisme.

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