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Le végétarisme, une vue bouddhiste de Bodhipaksa

Dans une longue préface à l’ouvrage Matthieu Ricard insiste sur le fait qu’il n’existe « aucun argument éthique en faveur du carnisme ». Si l’être humain a vécu très longtemps de cueillette et de chasse, la consommation de viande était faible. Ce n’est que récemment dans l’évolution humaine que nous avons commencé à consommer massivement de la viande entraînant de très nombreux désordres. Il note que tuer, par la chasse, un animal sauvage, ne peut être comparé avec l’élevage domestique d’animaux afin de les tuer pour se nourrir.

Cela a radicalement changé notre rapport à l’animal : « Seules les cultures ayant domestiqué des animaux défendent la thèse de leur infériorité par rapport à l’homme, ce qui témoigne d’un malaise par rapport à l’acte de tuer un animal et implique une justification arbitraire qui permet d’accomplir cet acte. ».

Remarquons que des schémas argumentaires arbitraires semblables furent utilisés et le sont encore pour justifier l’esclavage des peuples noirs, entre autres, et la traite des femmes.

Plusieurs cultures prônent le végétarisme à des degrés divers, hindouisme, jaïnisme et bouddhisme notamment. L’essai de Bodhipaksa est vasé sur les préceptes de non-violence envers autrui. Matthieu Ricard rappelle que « Selon le bouddhisme, la « nature de bouddha » est présente en chaque être, même si elle est latente chez ceux qui n’ont pas les facultés intellectuelles de la rendre manifeste, ce qui est le cas des animaux. »

Bodhipaksa s’appuie sur des textes bouddhistes, d’ailleurs nuancés, qui incitent souvent sans poser d’interdit, privilégiant la compréhension et la compassion :

« Les pratiques bouddhiques de méditation, de rituel, et d’étude du Dharma (l’enseignement du Bouddha) sont entreprises dans le but de développer une plus grande attention et une plus grande bienveillance, menant de façon ultime à la sagesse et à la compassion. En outre, nos activités quotidiennes nous apportent d’infinies opportunités de pratiquer et de nous transformer. De cette manière, nous guidons et dirigeons la vie que nous créons, tant individuellement que collectivement. Avec un effort régulier, nous pouvons atteindre le moment de la vue pénétrante, de l’expérience directe des « choses telles qu’elles sont » ; à ce point, le processus de changement prend un élan continu.

Le végétarisme est un bon point de départ, car l’alimentation est une chose fondamentale dans notre vie. »

Bodhipaksa dresse tout d’abord un constat, sombre, de nos modes de vie actuels et particulièrement dans le domaine de l’alimentation avant de mettre en évidence les bénéfices d’un végétarisme raisonné dans une vision écologique systémique. Mais c’est par la pratique de la non-séparation et par le développement de l’empathie que le végétarisme, qui pose des problèmes plus complexes qu’il n’y paraît (que fait-on par exemple avec la douleur des insectes ou d’organismes vivants plus petits ?) peut trouver une place non dogmatique dans les conceptions des civilisations à venir. Le végétarisme ne peut être traité de manière isolé, il fait partie d’un art de vivre et il constitue une entrée privilégiée pour une démarche spirituelle globale.