La danse sacrée, d'Elisabeth Zana
"Au commencement était la danse, et la danse était en Dieu, et la danse était Dieu nous dit Saint-Jean".... Apparue dès l'origine des temps, la danse accompagne l'existence humaine depuis sa création. Toutes les civilisations, qui nous ont précédés, ont utilisé cet art ancestral pour marquer le rythme des saisons, l'alternance du jour et de la nuit, du soleil et de la lune, décrire les mystères de la vie et de la mort.
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Le cosmos, lui-même, révèle dans sa complexité la danse sans début et sans fin du Créateur et de la création. De la ronde des planètes à la force centrifuge de la molécule d'A.D.N., composante de l'être humain, tout est rythme naturel, vécu, résonance.
La danse ne relierait-elle pas ainsi l'homme au cosmos? Dans cet entretien mené par Audrey Fella, Elisabeth Zana nous emmène sur les traces de cet art sacré "sans limite" à travers le temps et l'espace, tout en tentant de comprendre les rapports qu'il entretient avec l'homme et le cosmos, son lien indéfectible avec l'âme et son pouvoir divin.
Extrait de la vidéo
Bonjour Elisabeth Zana, vous êtes danseuse professionnelle, conférencière et auteure.
Vous avez enseigné la danse au conservatoire pendant plus de 10 ans à plus de 300 élèves.
Vos nombreux voyages vous ont permis de découvrir les danses de différentes traditions.
Forte de ces expériences, vous avez écrit un livre, Danse, prière de l'âme et héritage sacré, paru aux éditions Marco Pieter, dans lequel vous nous emmenez sur les traces de cet art sans limite, ancestral et sacré, à travers le temps et l'espace, tout en tentant de comprendre les rapports qu'il entretient avec l'homme, la nature et le cosmos, son lien indéfectible avec l'âme et son pouvoir divin.
Dans votre ouvrage, vous citez Saint Jean, « Au commencement était la danse, et la danse était en Dieu, et la danse était Dieu. » Pouvez-vous nous dire pour commencer, quelle est l'origine de la danse ?
C'est évidemment un vaste sujet, comme vous pouvez l'imaginer, mais je pense profondément que l'origine de la danse est cosmique, car dès les premiers temps de l'existence de l'homme, il a très très vite cherché à imiter les mouvements du cosmos, d'où cette relation immédiate entre le cosmos et l'homme.
Donc la danse du cosmos est arrivée très très vite comme étant la danse de l'homme.
Je pense que très très vite, il y a eu la notion des rythmes durs, des rythmes nocturnes, dont l'homme s'est très vite inspiré, pour essayer à un moment donné de retracer cette danse, et au fur et à mesure après de son évolution, il va à travers la danse pouvoir vraiment mettre en forme cette origine cosmique.
C'est la course de la lune, c'est la course du soleil, c'est la course des étoiles, c'est cette projection qui va permettre à l'homme au fur et à mesure de son évolution de retracer par la danse cette image du macrocosme.
Donc vous débutez votre réflexion sur les rapports qu'entretiennent la nature et la danse.
En quoi sont-elles inextricablement liées et quel exemple pouvez-vous nous donner ?
Je pense que l'univers qui est vraiment, on le sait, qui est un organisme vraiment régi avec toute une dynamique et tout cet ordre psychique très profond, a permis en fait très vite à l'homme de prendre conscience de la nature et de la danse de la nature.
Parce que finalement quand on regarde la nature tout danse, que ce soit les fleurs, que ce soit les arbres, tout danse.
Et l'animal naturellement.
Et j'ai pensé très vite que l'homme en fait s'est inspiré des élémentaux pour pouvoir retracer justement cette danse.
Et en même temps a pris conscience de cette danse symbolique des élémentaux, que ce soit les sylphes pour l'air.
C'est vraiment la première conscience du souffle.
C'est ce souffle sans lequel il n'y a pas de vie.
Et donc s'il n'y a pas de vie, il n'y a pas de danse.
Et c'est ce souffle aussi qui nous relie au divin, qui va donc relier l'homme dans sa danse au divin.
Et ça on le verra, je pense, au fur et à mesure.
Donc c'est vraiment la première danse, je pense, qui est vraiment cette danse aérienne.
Et puis à chaque élémental, en fait, va vraiment faire partie intégrante de la danse cosmique de l'homme.
Que ce soit ultérieurement avec le feu divin, le feu de la création.
Et que l'homme lui aussi va pouvoir, au fur et à mesure de son évolution, retracer, et on le verra aussi dans différentes civilisations, la danse de l'eau naturellement.
Donc vraiment, c'est toutes ces forces de la nature que l'homme, au fur et à mesure qu'il va évoluer, va arriver à retracer dans les rituels et à travers son corps.
Quelle est la loi, selon vous, qui régit la fleur, l'animal, l'homme et le cosmos ?
Pour moi, c'est une loi qui est vraiment cette loi entre le macrocosme et le microcosme.
Donc en fait, entre le haut et le bas.
Et c'est vraiment cette loi universelle.
Teilhard de Chardin a très bien écrit en disant qu'il y a une énergie divine émanant du créateur.
Et cette énergie pénètre et se trouve dans chaque cellule, dans chaque atome.
Et je pense que c'est ce qui unit, en fait, et qui permet justement cette danse de la nature.
Que ce soit les feuilles dont on a parlé tout à l'heure, les feuilles qui émergent dans la nature, ou les feuilles qui tombent au moment de l'automne.
Et je pense à ça parce qu'on est au printemps et qu'il y a donc justement cette énergie de renouveau absolument extraordinaire.
Et je pense que l'homme n'a pas pu ne pas être guidé, en fait, par cette découverte au fur et à mesure.
En même temps, cette découverte, elle est partie intégrante parce qu'elle arrive forcément par en haut.
Donc la nécessité pour l'homme et pour l'homme danseur, c'était en même temps de prendre conscience de cette énergie, en même temps de prendre conscience de la nécessité de s'ancrer dans le sol, tel l'arbre, si on fait le rapprochement avec la nature, justement.
Puisqu'en fait, l'homme devient un arbre et il a besoin absolument de s'ancrer pour pouvoir être prêt à recevoir, en même temps, les énergies qui viennent de l'au-delà.
Donc je pense que ce rapprochement, en fait, entre la fleur, l'animal, l'homme et le cosmos, c'est vraiment une interaction.
C'est vraiment, je pense, le terme qui convient.
C'est vraiment une interaction qui passe par cette incarnation.
Quels sont les rapports qu'entretiennent les énergies célestes et terrestres entre elles ?
Justement, il s'agit vraiment du plus petit au plus grand et du plus grand au plus petit.
J'ai vraiment imaginé, j'imagine ces énergies en constante relation et en constante échange.
Et c'est pour ça que tout à l'heure, on a parlé du souffle, on a parlé de l'air.
Et vraiment, c'est aussi ce qui me paraît très très important.
Oui, c'est vraiment cette notion d'échange, parce que je pense que les énergies du macrocosme vont permettre aux danseurs, entre autres, mais à l'homme, mais aux danseurs, puisque nous parlons de la danse, de s'ouvrir peu à peu à l'énergie spirituelle.
Et en s'ouvrant, le danseur va peu à peu prendre conscience, justement, de son existence, de sa place dans le cosmos, sa place peut-être, on va dire, la plus aboutie, mais en tous les cas, il est le seul être vertical.
Et c'est cette verticalité, en fait, qui lui permet d'intégrer dans l'évolution que ce soit tout ce qui vient d'en haut, et en même temps, tout ce qui vient d'en bas, et qu'il est absolument nécessaire de faire remonter.