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Trois cents ans de Franc-maçonnerie par la Grande Loge Nationale Française et la Loge Nationale

A l’occasion du 300ème anniversaire de la fondation, en 1717, de la Grande Loge de Londres et de Westminster, cet ouvrage de 700 pages, magnifiquement illustré par les enluminures de Jean-Luc Leguay, témoigne des multiples richesses de la Franc-maçonnerie depuis trois siècles. Si la Franc-maçonnerie existait bien antérieurement à cette date, l’année 1717 marque le début d’un développement qui n’a jamais été démenti. La Franc-maçonnerie aurait aussi bien pu disparaître, cependant, malgré de nombreuses vicissitudes, elle demeure florissante dans le monde.

Quelles sont les raisons de ce succès ? Quel est l’avenir de la Franc-maçonnerie ? Une vingtaine d’auteurs, tous spécialistes du sujet, apportent dans ce volume des éléments de réponse et aussi de questionnement : Jean-François Blondel, Gérard Charlassier, Alain Roger Coeffé, Roger Dachez, Jean-Louis Duquesnoy, Antoine Faivre, Bernard Girod, Christian Hervé, Norbert Hillaire, Yves Hivert Messeca, Jean-Pierre Laurant, Patrick Meneghetti, Pierre Meste, Bruno Pinchard, Remzi Senver, Thierry Thave, Philippe Thomas, Thierry Zarcone.

Le panoramique historique qu’ils proposent permet au lecteur, familier du sujet ou non, de prendre la mesure de la dimension historique de cette institution protéiforme, constamment enrichie par ses différences. Toutefois, la dimension initiatique n’est pas oubliée comme le signifie le sommaire. L’ouvrage propose en effet au lecteur sept grandes parties : Origines et racines de la franc-maçonnerie – Les emprunts de la Franc-maçonnerie – Le développement des rites – La règle unificatrice et la souveraineté des obédiences – Le fait initiatique et les penseurs de l’initiation – La maçonnerie au XXIème siècle – Perspectives maçonniques.

Une nouvelle fois, Roger Dachez écarte, c’est encore nécessaire, les tentations de revendiquer l’héritage des anciennes organisations de chantier ou de métier à l’œuvre au Moyen Âge comme des Compagnonnages. Antoine Faivre, Thierry Zarcone et Jean-Pierre Laurant évoquent les « emprunts » de la Franc-maçonnerie, terme plus juste sans doute que celui d’héritage, l’esprit des Lumières, l’illuminisme, l’hermétisme, le néo-platonisme, l’ésotérisme occidental en général.

Il faut saluer le travail distancié de Christian Hervé intitulé A la rencontre de Gilbert Durand, de Ricoeur, de Bergson et du fait initiatique. Ces auteurs permettent en effet de mieux saisir le processus initiatique en le libérant de l’approche historique qui fige toute dynamique. Il fait écho aux sept parties de l’ouvrage à travers sept « stations » : La question du besoin de sens, de l’humain et du Maçon – Les questions du verbe, de la parole et de son lieu – Les questions du mythe et du symbole – La question des états de conscience dans la démarche initiatique (Eliade, Gilson) – La question des rituels et de leurs lectures (Ricoeur) – Devenir une personne – Agir sur l’ordre de la création.

Sa conclusion pose à la fois tout l’intérêt et tout le problème de la Franc-maçonnerie : En ce sens, l’homme étant pour elle l’image de Dieu sur terre, la Franc-maçonnerie de tradition, par ses membres animés d’une vraie liberté personnelle et d’une volonté de vivre ensemble dans un univers apaisé, permet, par une démarche progressive, personnelle et partagée dans les symboles, d’engendrer une véritable transformation des êtres en une transcendance de la matérialité, digne d’une réalisation spirituelle qui seule, peut transformer le monde. Il s’agit de cette progressivité incluse dans les rituels maçonniques traditionnels, c’est-à-dire de cette action qui, venant du passé et tendant vers l’avenir – la Tradition – permet seule une conviction sur l’ordre du monde à construire par transmission, jusqu’à un avènement personnel et social qui transcende alors nos matérialités mêmes.

L’ouvrage se clôt sur des échanges entre Jean-François Variot, Olivier Badot, Jean Staune, Antoine Faivre, Bruno Pinchard, intitulés un peu pompeusement « Conversations entre initiés », sur trois questions d’importance : la question de la contingence (rapport au temps, rapport au transcendant, ou encore à l’essentiel), la question du « bain culturel ambiant d’où viennent les candidats à la Maçonnerie », enfin « la question de la croyance pour les Francs-maçons et celle de l’état de conscience des Maçons au cours de leur périple initiatique ». Au cours de ces échanges, Antoine Faivre tentera de rappeler à plusieurs reprises à la dimension initiatique de la Franc-maçonnerie.

Ouvrage de bibliothèque, ce livre réussi est une belle manière de célébrer ce 300ème anniversaire.