Johann Friedrich von Meyer, théosophe

 Exposé de 40 minutes retraçant la vie et l'oeuvre de Johann Friedrich von Meyer (1772-1849), l'un des ésotériciens allemands les plus brillants du XIXème siècle. Moins connue que Franz von Baader, la pensée de von Meyer est selon Jacques Fabry tout aussi riche et profonde; ses écrits moins denses, mais plus accessibles.

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Son oeuvre, dans laquelle s'épousent la théosophie et la philosophie de la nature, nous plonge ainsi dans les milieux alchimiste, maçonnique et rosicrucien allemands du XIXème, "où rayonnait le delta lumineux de l'esprit divin, entouré de ses deux colonnes que forment la Bible et la Nature". 

Extrait de la vidéo

Le théosophe de Francfort, Johann Friedrich von Maier, 1772-1849.

Bien connu à Francfort, le théosophe et théologien Maier a été, sauf évidemment dans les cercles très restreints de la germanistique, qui s'occupent de théosophie et d'hermétisme, très longtemps, et à mon avis bien sûr injustement oublié, jusqu'à ce que je lui consacre une volumineuse étude parue en librairie en 1989.

Ce n'est pas que sa pensée soit d'une extrême originalité, celle d'un théosophe l'est rarement puisqu'il se fait le porte-parole d'une tradition, mais il est l'un des plus brillants représentants de la pensée ésotérique chrétienne en Allemagne au XIXe siècle.

Dans le système théosophique de ce philosophe de la nature, la Bible et la nature précisément, constituent les deux colonnes d'un temple sur lequel trône le delta lumineux de l'Esprit divin.

Moins connu que Franz von Bader, il partage la même vision théosophique des choses, c'est bien sûr celle d'un Jacob Böhm ou d'un Louis-Claude de Saint-Martin.

Si la pensée de Bader est plus dense, il faut le reconnaître, mais obscure et d'un accès mal aisé, celle de Maier au contraire perd en densité ce qu'elle gagne en clarté et en élégance d'expression, car il a un style élégant.

L'un des rares universitaires à lui avoir consacré une étude le souligne à plusieurs reprises.

Celle-ci, qui ne porte d'ailleurs que sur les années de jeunesse, couvre la période qui va de 1790 à 1804.

A cette époque, le jeune esthète enclin au rationalisme a déjà publié deux ouvrages en latin qui lui valent un prix académique.

Ses études de droit terminées, il essaie de vivre de sa plume.

Son idole à l'époque, c'est Christoph Martin Wieland, qui a vécu longtemps aux côtés de Goethe à Weimar, comme on sait.

Wieland a qui Maier fait parvenir une bonne quantité de poèmes et d'essais, dont 17 seront publiés dans le Mercure de Wieland.

Ses travaux sont d'une belle facture, mais il y manque néanmoins la maturité qui fait les grandes œuvres.

Et quand il se sera détourné de Wieland, le jeune homme tentera sa chance auprès de Goethe, mais avec moins de succès encore, car Goethe trouvait le Tobias de Maier, qui est un long poème épique en sept chants, écrit en 1800, sur le modèle Goethe 1 de Hermann Enorauté, Goethe le trouvait médiocre.

Pourtant, ce n'était pas l'avis de Clemens Brentano, le romantique bien connu, qui appréciait grandement le talent de Maier.

A la même époque, ce dernier écrit plusieurs pièces de théâtre, mais il ne parvient pas non plus à s'imposer comme dramaturge.

Directeur du Théâtre de Francfort en 1803, il fait néanmoins jouer en première représentation le Mahomet et le Clavigo de Goethe, ainsi que La Mort de Wallenstein de Schiller.

Ses conceptions sur le théâtre sont d'ailleurs les mêmes que celles de Schiller, ou presque.

Il entend faire de la scène une institution au service de la morale, un spectacle où la catharsis si chère à Lessing puisse se produire.

Mais il abandonne le théâtre en 1804, à la suite d'un trigger ressemblant d'ailleurs, et dès ce moment, la page esthétique est définitivement tournée.

Il va désormais se tourner vers une voie qui nous intéresse beaucoup plus que le gracieux anachréontisme à la vilande auquel il sacrifiait dans sa jeunesse.

Vers 1801, il fait l'expérience d'une illumination qui va transformer sa vie.

Bien que de telles manifestations soient le plus souvent indicibles, Maier en donne une version très émouvante, écrite en 1806.

Lors d'une promenade dans les environs champêtres de Francfort, il assiste à un splendide coucher de soleil qu'il dépeint en poète et nous confie ceci.

Je cite « Je contemplais le spectacle de ce sourire vespéral de la nature.

C'est alors que mes yeux s'embuèrent et que les images se confondirent derrière le voile des larmes.

Alors mon âme vit, car mon corps était devenu aveugle.

Elle vit le père éternel, assis sur un trône au-dessus des montagnes.

Elle vit l'ange de la nature, et je vois la coupe pour distiller le baume suave dans le cœur des mortels, afin qu'ils oublient leurs blessures et adorent en ce lieu où l'immortelle santé et la vie éternelle imprègnent tout comme le parfum des douces senteurs du mois de mai.

Combien de temps je restais ainsi ?

Je ne saurais le dire. » Fin de citation.

C'est un très beau texte, au style soigné, qui n'est pas sans évoquer la description que fait Novalis de la fleur bleue au début de son roman Heinrich von Ofterdingen.

Commence alors une période de lente maturation spirituelle qui se traduit par un christianisme profond et authentique.

Maier renoue avec l'église luthérienne, mais il pense que toutes les confessions chrétiennes sont bonnes, défendant même la notion d'église intérieure, c'est-à-dire cette communauté invisible qui relie entre eux tous les vrais croyants.

Il hésite encore sur la voie à suivre, mais il en est une en tout cas qui ne suivra pas.

C'est celle des néologues de l'époque, ces théologiens qui veulent faire de la révélation un dogme rationalisé à l'extrême, quand seul le cœur, ou l'âme, comme on voudra, est en mesure de saisir le message ineffable du divin.

Quant à lui, il sait maintenant avec certitude, je le cite, que la doctrine du rachat par l'homme-dieu est le symbole inébranlable qui caractérise le christianisme et que, pour le croyant, la croix devient l'étoile qui brille jusque dans les profondeurs insondables de la vérité et de la magnificence de Dieu.

Sa tentative théâtrale de 1803 n'était guère qu'un épisode sans commune mesure avec ses préoccupations profondes.

C'est en 1805 qu'il rédige trois gros manuscrits qui resteront inédits et qui sont intitulés Kabbalah, Magicka et Théosophica, autrement dit Kabbal magique et théosophique.

Ces écrits parlent en réalité bien moins de Kabbal proprement dite que d'alchimie.

C'est à travers l'alchimie que Maier passe au crible toute la tradition hermétique car il considère que Akabbal et alchimie sont inséparables l'une de l'autre.

Le troisième volume est consacré à la Kabbal pratique.

Il indique les correspondances numériques qui conviennent à chacune des langues utilisées.

Maier envisage ici l'hébreu, le grec, le latin et l'allemand.

Il semble qu'il ait pris la Kabbal pratique très au sérieux.

Voici ce qu'écrit à ce sujet l'érudit Erwin Kleinstück qui est l'un de ses biographes.

Je le cite Maier voyait dans la signification universelle de la Kabbal toute la sagesse ésotérique des anciens juifs depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.

Un kabbaliste était pour lui un mystique et la Kabbal elle-même un enseignement secret des prêtres et des prophètes, la clé des secrets de la foi auxquels fait allusion le discours imagé de l'écriture sainte.

Du même coup, elle prenait à ses yeux l'importance d'un auxiliaire de choix dans son travail d'exégèse.

Un quatrième volume écrit en 1810 et intitulé La Kabbal des couleurs est orné de magnifiques dessins qui sont tous de la main de Maier.

Mais en réalité tous ces volumes mis à part la Kabbal numérique traitent de sujets très variés et prennent souvent l'allure d'un journal intime tout en ayant un fil conducteur constant la pensée alchimique.

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